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Société - Diaspora

Des chercheurs identifient l’un des premiers émigrés libanais au Brésil

Joseph Ibrahim Nehmé, comme beaucoup de natifs du Mont-Liban après lui, a quitté sa terre pour Rio de Janeiro, à la fin du XVIIIe siècle.

Des chercheurs identifient l’un des premiers émigrés libanais au Brésil

L’arbre généalogique où figure le nom de Joseph Ibrahim Nehmé, retrouvé à Deir el-Qamar. Photo DR

Les familles qui accueillent ou font leurs adieux à leurs proches, de nos jours, à l’aéroport, sont le reflet de milliers d’autres qui ont connu le déchirement de la séparation, ou la joie des retrouvailles, au cours des siècles passés. Une recherche inédite, conduite par plusieurs chercheurs, a permis de retrouver la trace de l’un des premiers Libanais (en ce temps-là natif du Mont-Liban) à avoir pris la mer, avant les grandes vagues d’émigration du XIXe puis du XXe siècles… ainsi que la trace de l’un des premiers à avoir pris le chemin du retour, pour revenir commercer avec son peuple encore sous le joug des Ottomans.

Il n’était pas facile de retrouver la trace d’un Libanais du XVIIIe siècle, Joseph Ibrahim Nehmé, originaire de Deir el-Qamar, alors capitale de l’émirat du Mont-Liban, arrivé à Rio de Janeiro, au Brésil, en 1795. Comment sait-on que cet homme a bien existé ? Son nom figure dans l’ouvrage d’un chercheur et écrivain brésilien d’origine syro-libanaise, João Abdalla Neto, mort en 2022. Neto mentionne dans son livre* une information parue dans le Journal officiel du Brésil, Gazeta do Rio de Janeiro, de 1820, rédigée dans les termes suivants : « M. Joseph Ibrahim était capitaine des Mamelouks (une sorte d’expédition à l’intérieur du Brésil colonial, à la recherche de richesses), chevalier de la Légion d’honneur. Né à Deir el-

Qamar, en Syrie, le 8 septembre 1776, il a obtenu de Sa Majesté le Roi Dom João VI la lettre de naturalisation du Royaume-Uni de Portugal, du Brésil et des Algarves », le 12 janvier 1820.

Les recherches à Deir el-Qamar

À partir de cette référence à ce Joseph Ibrahim, dont le nom de famille n’était pas précisé, la recherche a débuté à Deir el-Qamar pour retrouver sa trace en coopération avec le chercheur libano-brésilien Ramez Labaki. Son nom a été retrouvé dans un arbre généalogique qui remonte jusqu’à 1600, et qui est réalisé en 1913 par un certain Nehmé Bechara Nehmé, mentionné dans le document**. Dans cet arbre généalogique apparaît le nom de Joseph, fils d’Ibrahim, de la famille Nehmé, de Deir el-Qamar.

Dans le contexte historique de l’émirat du Mont-Liban (1516-1840), en tenant compte de la mobilité des habitants, les recherches sur le cadre familial de Joseph Ibrahim Nehmé ont commencé : il s’est avéré que l’homme avait émigré durant sa jeunesse, en 1795, en raison des troubles politiques.

Il arrive à Lisbonne, au Portugal, où il travaille pour la marine portugaise, dans un navire qui accostera plus tard au port de Rio de Janeiro, capitale de la colonie portugaise du Brésil. Joseph continue de travailler dans les navires portugais jusqu’à se hisser au rang de « capitaine d’une expédition d’exploration ». À Rio de Janeiro, il deviendra un riche commerçant et recevra diverses distinctions, et, en 1820, il sera naturalisé par le roi du Royaume-Uni de Portugal, du Brésil et des Algarves, deux ans avant l’indépendance du Brésil en 1822.

Joseph Ibrahim Nehmé est probablement l’un des premiers émigrés du Mont-Liban vers le Brésil, il y a 227 ans. Joseph décède à Rio de Janeiro vers 1840. En 1858 a été signé le traité brésilo-ottoman d’amitié, de commerce et de navigation, par l’empereur brésilien Dom Pedro II d’Alcântara (al-Qantara). Le flux des commerçants turcs, arabes, arméniens, grecs… vers le Brésil augmente à partir de cette date. La « grande émigration » des Libanais et Syriens vers ce pays débutera après les voyages de Dom Pedro II en 1871 en Égypte et 1876 au Mont-Liban, en Syrie, en Palestine et à nouveau en Égypte. Aujourd’hui, ils constituent une immense communauté engagée dans la société brésilienne, dans tous les domaines : culturel, artistique, politique…

Jacob Menassa, probablement l’un des premiers émigrés libanais à avoir fait le chemin du retour vers son pays natal, au début du XXe siècle. Photo Jacques Menassa

Et la vague du retour

Si l’histoire de l’émigration libanaise fascine, celle du retour des fils du pays n’est pas moins intéressante. L’un des premiers des « revenants » serait Jacob Ibrahim Menassa, né à Ghosta, Mont-Liban, en 1872. Ayant entendu parler du Brésil après la visite de Dom Pedro II à Nahr el-Kalb, en 1876, il émigre en Amazonie en 1895, à l’apogée du commerce du caoutchouc dans cette région.

Bientôt, Jacob ne se suffit plus de réussir dans le commerce : en 1900, il rentre dans son pays natal dans l’objectif de faire du commerce entre le Brésil et le Mont-Liban sous l’Empire ottoman. Sans le savoir, Jacob est l’un des premiers au Liban à avoir formé la communauté libano-brésilienne***, il y a 122 ans. Cette communauté est toujours aussi active au sein de la société libanaise, dans tous les domaines, symbole de cette amitié libano-brésilienne vieille de plusieurs siècles.

* João Abdalla Neto (2013). Limamo : Um herói brasileiro (en portugais). Editora Schoba, Brésil.

** Joseph Nehmé (2001) – Deir-el-Qamar. Capitale du Mont-Liban (en arabe).

*** Roberto Khatlab (2000). Brésil-Liban, une amitié que défie la distance (en arabe), Dar al-Farabi, Beyrouth.

Les familles qui accueillent ou font leurs adieux à leurs proches, de nos jours, à l’aéroport, sont le reflet de milliers d’autres qui ont connu le déchirement de la séparation, ou la joie des retrouvailles, au cours des siècles passés. Une recherche inédite, conduite par plusieurs chercheurs, a permis de retrouver la trace de l’un des premiers Libanais (en ce temps-là natif du...
commentaires (5)

J’éviterais d’utiliser le mot “joug” pour parler de l’administration ottomane à moins d’être prêt à ouvrir un débat socio-politique sur cette question.

Michael

04 h 46, le 22 décembre 2022

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Commentaires (5)

  • J’éviterais d’utiliser le mot “joug” pour parler de l’administration ottomane à moins d’être prêt à ouvrir un débat socio-politique sur cette question.

    Michael

    04 h 46, le 22 décembre 2022

  • intresting

    Jack Gardner

    14 h 37, le 21 décembre 2022

  • C'est très intéressant, car on nous a toujours raconté que le premier émigré libanais était un certain Tanios Bechaalani de Salima, qui aurait émigré aux Etats-Unis vers 1860...

    Georges MELKI

    10 h 41, le 21 décembre 2022

  • Intéressant . Bel article et bravo aux chercheurs

    LE FRANCOPHONE

    10 h 14, le 21 décembre 2022

  • "… il a obtenu de Sa Majesté le Roi Dom João VI la lettre de naturalisation …" - même à l’époque il fallait une "wasta"…

    Gros Gnon

    08 h 38, le 21 décembre 2022

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