Des habitants de Kherson chargent leurs appareils électroniques dans une station ferrovière, le 29 novembre dernier. Anna Voitenko/Reuters
« Nécessaire et inévitable. » C’est ainsi que Vladimir Poutine a justifié hier les bombardements qui ont ravagé, juste à l’arrivée de l’hiver, l’infrastructure énergétique ukrainienne, laissant des millions de civils dans le noir et le froid. Lors de leur première conversation téléphonique depuis la mi-septembre et malgré une série de revers militaires cinglants, le président russe a signifié rester droit dans ses bottes au chancelier allemand Olaf Scholz. « Il a été souligné que les forces armées russes ont longtemps évité les frappes de missiles de haute précision sur certaines cibles en Ukraine, mais de telles mesures sont devenues nécessaires et inévitables face aux attaques provocatrices de Kiev », a indiqué le Kremlin dans un communiqué, résumant les propos de Vladimir Poutine. Selon le président russe, Kiev est responsable des explosions qui ont détruit en partie le pont de Crimée et d’autres installations russes, et donc Moscou est dans son droit en bombardant les infrastructures énergétiques de l’Ukraine, quitte à laisser dans le froid et le noir la population civile.
Trois morts à Kherson
La dernière vague de frappes de missiles et de drones russes date du 23 novembre. Elle a plongé des millions d’Ukrainiens dans le noir et les a privés d’eau courante, parfois pendant plusieurs jours. Dans un bilan dressé jeudi, une semaine après les attaques, l’opérateur privé ukrainien DTEK avait estimé que la Russie avait « détruit 40 % du système énergétique ukrainien », ne laissant à la majorité des foyers ukrainiens que quelques heures d’électricité par jour. Les responsables ukrainiens ont dit lundi s’attendre à une nouvelle vague de bombardements russes prochainement.
Les combats continuent en outre de faire rage dans l’est de l’Ukraine, la ville de Bakhmout restant la principale cible de l’artillerie russe, tandis que les forces de Moscou restent sur la défensive dans les régions de Kherson et Zaporijjia (Sud), a déclaré hier l’état-major de l’armée ukrainienne. Trois personnes ont été tuées et sept autres blessées dans des bombardements russes sur la région de Kherson au cours des dernières 24 heures, a déclaré le gouverneur de la province, Iaroslav Ianouchevitch, sur la messagerie Telegram. La capitale régionale, libérée de l’occupation russe par les forces ukrainiennes à la mi-novembre, et d’autres parties de l’oblast de Kherson ont été pilonnées à 42 reprises, a-t-il dit. Dans son dernier point sur les opérations militaires, l’état-major ukrainien écrit que les forces russes cherchent à établir des positions défensives à l’est de la ville de Kherson et bombardent plusieurs villes au nord de l’agglomération. L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) espère par ailleurs conclure d’ici à la fin de l’année un accord avec la Russie et l’Ukraine en vue de créer une zone de protection de la centrale de Zaporijjia, située à plusieurs dizaines de kilomètres de la ville du même nom, a déclaré le directeur général de l’AIEA Rafael Grossi dans une interview à La Repubblica.
Plafond pétrolier ?
Lors de l’entretien téléphonique d’une heure entre les deux dirigeants, M. Scholz « a insisté auprès du président russe pour qu’une solution diplomatique soit trouvée le plus rapidement possible, ce qui implique le retrait des troupes russes », a indiqué la chancellerie allemande. Selon le communiqué du Kremlin, Vladimir Poutine a, à l’inverse, pointé la position « destructrice » de l’Occident, dont le soutien politique, financier et militaire occidental incite selon lui Kiev à rejeter « l’idée de toute négociation ». Sur le fond, MM. Scholz et Poutine n’ont donc pu que constater leur désaccord, le dernier ayant appelé son interlocuteur allemand « à revoir son approche ».
Un peu plus tôt, le Kremlin avait déjà balayé les conditions évoquées la veille par le président américain Joe Biden qui s’était dit « prêt » à discuter si le président russe cherchait « un moyen de mettre fin à la guerre » et retirait ses troupes. La Russie est ouverte à des pourparlers sur la guerre en Ukraine, mais le refus des États-Unis de reconnaître les régions annexées par la Russie entrave la recherche de tout éventuel compromis, a dé
claré hier le Kremlin. Le président russe avait décrété l’annexion fin septembre de quatre régions d’Ukraine, bien qu’il ne les contrôle pas, en plus de la Crimée annexée en 2014. Le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov, a souligné que Moscou rejetait « bien évidemment » l’idée d’un retrait. « L’opération militaire continue », a-t-il insisté.
Kiev rejette de son côté toute négociation avec Poutine sans respect de son intégrité territoriale, Crimée comprise. Militairement, l’armée russe a essuyé plusieurs défaites, ayant été obligée de se retirer du nord du pays en avril, puis d’une partie du Nord-Est en septembre et enfin d’une partie du Sud en novembre. Depuis octobre, les forces russes ont donc pris pour tactique de bombarder les installations fournissant électricité et chaleur au pays, alors même que l’hiver est en train de s’installer en Ukraine.
Pour accroître la pression sur la Russie, cible déjà d’une multitude de sanctions, les Occidentaux essayent de s’entendre sur un mécanisme de plafonnement des prix du pétrole russe. Si les sanctions adoptées depuis février ont largement isolé la Russie, son économie a jusqu’ici convenablement résisté, largement grâce aux revenus des hydrocarbures. Il s’agit pour les Américains comme les Européens d’essayer de priver Moscou de la manne qui lui sert à financer son offensive militaire. Un accord a été trouvé hier soir entre les 27 pays de l’Union européenne sur le plafonnement à 60 dollars par baril du prix du pétrole russe après le feu vert donné par Varsovie, qui réclamait initialement un prix plus bas. La mesure sera officialisée ce week-end.
Sources : agences


De quelles "attaques provocatrices de Kiev", parle donc Poutine? Jusqu'à plus ample informé. il semble que ce sont les troupes russes qui ont envahi l'Ukraine, et non j'inverse.
07 h 59, le 04 décembre 2022