Humeur

Le dessin de Ralph Doumit

Une saga faite d'énergie brute

Le dessin de Ralph Doumit


Le Petit Frère de Jean-Louis Tripp, Casterman, 2022, 344 p.

Après une première partie de carrière menée en solo, Jean-Louis Tripp a connu un succès considérable lorsqu’il s’est associé, autour du projet Magasin Général, avec Régis Loisel, auteur d’œuvres de fantaisie telles que La Quête de l’oiseau du temps ou une version en six volumes de Peter Pan. Magasin Général proposait, le long de neuf volumes, une plongée dans le quotidien d’une bourgade rurale du Québec des années 40. Pour mener le projet à bien, Tripp et Loisel ont mis en place un système de dessin à quatre mains, chacun s’occupant de l’étape qui lui tenait le plus à cœur. Les dessins préparatoires, les compositions, le story-board pour Régis Loisel. Le fignolage, la finalisation, les textures, les atmosphères pour Jean-Louis Tripp. Le résultat, hybride entre leurs deux manières, a marqué l’un comme l’autre.

Dans les projets personnels qu’il a menés ensuite, tels que le diptyque Extases, Jean-Louis Tripp est nourri par cette collaboration : bien que revenant à une esthétique qui lui est propre, on sent que sa fréquentation des mises en scènes de Loisel l’a durablement mené vers un goût pour les images amples et les compositions au dynamisme volontaire.

Il revient aujourd’hui avec un nouveau récit autobiographique : Le Petit Frère. Le sujet est plus intime. Jean-Louis Tripp raconte, sans filtres et avec une sincérité bouleversante, le décès de son petit frère Gilles, à l’âge de onze ans. Jean-Louis en avait dix-huit.

La scène se déroule alors que la famille passe des vacances nomades, se déplaçant en roulottes. Jean-Louis en conduit une, dans laquelle se trouve notamment son petit frère. Lors d’un échange entre les deux, Gilles, qui souhaite descendre, s’appuie sur le marchepied. C’est l’instant précis où une voiture, rapide, roulant trop à gauche, s’approche dangereusement de la roulotte et percute violemment l’enfant, avant de continuer sa route sans s’arrêter. Gille décèdera, à l’hôpital, quelques moments plus tard.

Le récit s’attarde sur chaque période qui a suivi le drame : l’annonce du décès, le deuil, le procès du chauffard, l’enterrement, la vie qui tente de reprendre le dessus. Jean-Louis Tripp fait le choix de donner de l’espace aux images, tant visuellement que narrativement, quitte à se priver de mots pendant de très longues scènes.

Le dessin de Jean-Louis Tripp est immersif. Excellent directeur d’acteurs, il nous plonge dans une réalité qu’on pourrait toucher du doigt. On le sent, Jean-Louis Tripp souhaite aller au bout de son travail de mémoire. Il se met notamment en scène, dans des interludes se déroulant au présent. Face à cet évènement qui a changé une famille dans son ensemble et tous les individus qui la composent, on voit l’auteur questionner sa mère, sa sœur et son frère pour combler les trous, pallier aux oublis ou défaire des nœuds. Entre la retenue que lui permet le recul et l’intensité des moments racontés, l’album fait s’entremêler, dans une démarche d’apaisement, les sentiments du passé et ceux du présent.

Le Petit Frère de Jean-Louis Tripp, Casterman, 2022, 344 p.Après une première partie de carrière menée en solo, Jean-Louis Tripp a connu un succès considérable lorsqu’il s’est associé, autour du projet Magasin Général, avec Régis Loisel, auteur d’œuvres de fantaisie telles que La Quête de l’oiseau du temps ou une version en six volumes de Peter Pan. Magasin Général...
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