La sélection iranienne de water-polo refusant de chanter l’hymne de la République islamique, en marge d’une rencontre des championnats asiatiques contre l’Inde, qui s’est déroulée à l’Assumption University de Samut Prakan, en Thaïlande, hier mercredi 9 novembre. Athit Perawongmetha/Reuters.
Les terrains changent, mais pas les actes. Au centre de toutes les attentions à mesure que se poursuit le mouvement de révolte dans les rues de Téhéran et d’ailleurs, les équipes nationales et autres athlètes iraniens sont de plus en plus nombreux à désobéir aux règles imposées par la République islamique.
En l’espace d’une semaine, pas moins de trois nouveaux actes d’insubordination ont été manifestés par des sportifs et sportives perses dans leurs disciplines respectives. Ce mercredi, lors d’une rencontre internationale contre l’Inde disputée en Thaïlande, les membres de la sélection nationale de
water-polo, de peignoirs noirs vêtus, sont restés bouche bée tout au long de « l’hymne de la République islamique ». Ils ont emboîté le pas à leurs homologues footballeurs qui s’étaient illustrés de la sorte quelques jours plus tôt.
Ciseaux retournés
Dimanche, l’équipe iranienne s’était en effet distinguée en remportant l’Emirates Intercontinental Beach Soccer Cup, à Dubaï, sur le score de 2-1 contre le Brésil, grâce à un but de Saïd Piramoon. Mais en guise de célébration, Piramoon s’est tourné vers les caméras en mimant une paire de ciseaux avec ses doigts avant de les passer au-dessus de sa tête comme pour se couper les cheveux.
Raccourcir sa chevelure est devenu un symbole de soutien aux protestations déclenchées par la mort de Mahsa Amini, la jeune Kurde iranienne arrêtée par la police des mœurs à cause du port « inapproprié » de son hijab et morte le 16 septembre pendant sa garde à vue.
De plus, lui et ses coéquipiers avaient déjà attiré l’attention du régime pour ne pas avoir entonné l’hymne national en amont de leurs rencontres précédentes, avant de réitérer en finale. En recevant la coupe, l’équipe est restée debout bras croisés. Un geste qui a poussé la télévision d’État à couper la retransmission en direct, selon les chaînes de télévision basées hors d’Iran.
Cette « célébration » de Piramoon a immédiatement provoqué une série de réactions sur les réseaux sociaux où le joueur a été salué pour son courage. « Ce match et cette victoire peuvent être oubliés, mais ce geste ne peut pas être oublié. L’honneur que vous avez montré est plus important que le championnat », a tweeté l’ancien joueur international iranien Mehrdad Pooladi.
« Une équipe nationale iranienne qui fait preuve d’honneur », a tweeté Ali Karimi, ancien footballeur iranien et star du Bayern Munich, fervent supporter des manifestants, en postant une vidéo du geste de Piramoon.
Mesures disciplinaires
Face à la défiance grandissante des équipes qui la représentent, la Fédération iranienne de football a déclaré qu’elle prendrait des mesures disciplinaires à l’encontre de ceux qui n’ont pas maintenu la politique hors du terrain. « Sur base des règlements de la République islamique d’Iran et de la Fédération internationale de football consistant à éviter tout comportement politique sur les terrains de sport, les personnes qui n’ont pas suivi l’éthique professionnelle et sportive doivent être traitées conformément à la réglementation », a-t-elle indiqué dans un communiqué.
Lundi, un média d’État iranien avait critiqué les Émirats arabes unis qui, selon lui, n’ont pris « aucune mesure » contre les spectateurs qui avaient scandé des slogans « hostiles à la République islamique » après le match. « Si ce pays ne réagit pas de manière appropriée, il devra accepter les conséquences de cette action hostile à l’Iran », a ajouté le journal.
Le sport est devenu un domaine extrêmement sensible depuis le début des manifestations. Lors de leur dernière apparition fin septembre, la Team Melli (surnom donné à l’équipe iranienne de football) avait également fait parler d’elle en se munissant de parkas noires au moment où était joué ce fameux hymne national que certains joueurs avaient tout de même entonné, non sans retenue.
Interdits de prendre publiquement la parole pendant les stages de l’équipe nationale, plusieurs joueurs, dont l’attaquant star Sardar Azmoun, avaient ensuite fini par s’exprimer sur leurs comptes Instagram en postant des messages dénonçant sans équivoque la répression des manifestations par les autorités. Ces dernières ne cesseront pas d’être sous les feux des projecteurs de sitôt, surtout à l’approche de la participation de l’Iran à la Coupe du monde de football au Qatar, qui débutera lundi 21 novembre courant contre l’Angleterre dans le groupe B.
Après l’escalade, le roller
Les autorités de la République islamique ne savent d’ailleurs plus où donner de la tête, car, outre ses poloïstes et ses footballeurs, ses athlètes féminines ôtent, les unes après les autres, le hijab qu’elles sont sommées de porter, y compris lors des compétitions internationales se déroulant en dehors de l’Iran.
Ainsi, près de trois semaines après l’insubordination de la championne d’escalade Elnaz Rekabi, qui était apparue cheveux au vent sur les murs des championnats du monde de Séoul, c’est au tour de la jeune Niloufar Mardani d’être apparue sans voile sur le podium du marathon de roller d’Istanbul où elle obtenu la première place dimanche dernier.
« Niloufar Mardani a participé sans autorisation à une compétition de roller sur piste en Turquie », a annoncé le ministère des Sports et de la Jeunesse cité mardi par l’agence Fars. « Cette athlète ne portait pas la tenue approuvée », a ajouté le ministère, qui précise que la sportive « n’était plus membre de l’équipe nationale depuis le mois dernier ».
Après avoir reçu son trophée, Niloufar Mardani a ouvert sa veste pour laisser apparaître un tee-shirt noir sur lequel était inscrit en persan « Iran » en lettres blanches. Comme Elnaz Rekabi, lors de son rapatriement à Téhéran, forcée de présenter ses excuses après son geste devant les caméras des médias iraniens, la jeune athlète ayant elle aussi dû publier une vidéo expliquant avoir été « forcée » de venir sur le podium sans son casque et donc de ne « pas avoir le temps » d’enfiler son hijab.
Mais personne n’est dupe. Malgré l’ampleur des intimidations et des représailles, l’agence de presse activiste Hrana a indiqué que 321 manifestants avaient été tués en marge d’affrontements avec les forces de l’ordre lundi dernier, les femmes iraniennes ne semblant pas prêtes de vouloir reculer.


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