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Sport - Ironman

Sam Laidlow entre dans l’histoire du triathlon

À seulement 23 ans, le jeune talent du triathlon franco-britannique a réussi l’exploit de se hisser sur la deuxième place du podium des championnats du monde d’Ironman, à Hawaï, à moins de deux minutes du vainqueur norvégien Gustav Iden. Le champion se confie à « L’Orient-Le Jour ».

Sam Laidlow entre dans l’histoire du triathlon

Sam Laidlow franchissant la ligne d’arrivée au bout de plus de 7 heures et 226 kilomètres d’efforts fournis lors des championnats du monde d’Ironman, où il est arrivé deuxième, qui se sont déroulés le premier week-end d’octobre à Hawaï. Photo DR

Sept heures 42 minutes et 24 secondes. C’est le temps qu’il aura fallu à Sam Laidlow pour parcourir l’équivalent de la distance Nord-Sud du Liban : 226 kilomètres à la nage, à vélo puis à pied sur les reliefs de l’île de Kailu-Kona, dans l’archipel de Hawaï, lors des championnats du monde d’Ironman qui se tenaient en ce premier week-end d’octobre.

Pour ceux qui ne sont pas encore familiers avec la discipline, c’est une course de surhommes, de forces de la nature, une discipline du triathlon qui commence par 3,8 kilomètres de natation dans l’océan Pacifique, se poursuit par 180 kms à vélo sur les reliefs entre Kailua-Kona et Hawi, puis se termine par un marathon, soit 42,195 kms. Un total de 226 bornes, plus long que la distance Tyr-Tripoli.

Édition de tous les records

Après l’impressionnante victoire de l’Américaine Chelsea Sodaro chez les femmes, l’édition des hommes réservait plus d’une surprise… Au terme d’une course épique, le Norvégien Gustav Iden finira par s’imposer en 7 h 40 min 24 sec, pulvérisant ainsi de plus de 10 minutes le record « historique » de l’Allemand Jan Frodeno sur l’épreuve, qui était de 7 h 51 min 13 sec. Mais le Norvégien n’est pas le seul à avoir créé la sensation à Hawaï : quatre athlètes battront l’ancienne performance, dix courront en moins de 8 heures, faisant passer le nombre d’athlètes ayant réussi à passer sous la barre mythique de quatre… à quatorze !

Notre héros Sam Laidlow entamera son épopée avec une partie natation qu’il trouvera « décevante », mais qui lui permettra tout de même de sortir de l’eau avec le groupe de tête. À vélo, parfaitement posé sur sa monture, jamais désuni, il adoptera comme à son habitude un style de pédalage très offensif et fera la course seul, largement en tête. Et c’est peu dire que l’athlète de 23 ans prenait cette partie de la course à son compte : il signe le meilleur temps de l’histoire sur le segment, en 4 h 04 min, avec une moyenne de plus de 45 km par heure. Son exploit à vélo lui assurera un peu plus de 6 minutes d’avance avant d’entamer les 42 kilomètres qui le séparent de la ligne d’arrivée.

Derrière, les deux Norvégiens (Gustav Iden et Kristian Blummenfelt) partent à la chasse au Laidlow… et, petit à petit, fondent sur le Français. Au semi-marathon, Sam est toujours en tête. Ce n’est qu’à 7 kilomètres de la ligne d’arrivée que Gustav Iden reprendra le Français, n’oubliant pas une tape amicale lorsqu’il le double, avant de s’envoler vers la victoire, et un record du marathon et de l’épreuve, en 7 h 40 min 24 sec.

Deuxième à l’arrivée, la performance de Sam n’en demeure pas moins historique : 7 h 42 min 24 sec, soit le meilleur temps jamais réalisé par un triathlète tricolore, secpnde performance de tous les temps. Après une course pareille… l’argent fait le bonheur !

Le jeune talent aura pris le temps nécessaire pour récupérer et réaliser sa performance, avant de se confier à L’Orient-Le Jour lors d’une rencontre rétrospective sur son exploit et sa carrière.

Les trois travaux de Sam : 3,8 kilomètres à la nage, 180 kilomètres à vélo, 42,195 kilomètres à pied. Photo DR

Du chemin a été fait depuis ton premier triathlon à l’âge de 4 ans. Qu’est-ce que ça te fais d’en être (déjà) arrivé là aujourd’hui ?

Au final, c’est tout ce que je m’imaginais. J’ai toujours été ce gamin qui rêve, et là, mes rêves se réalisent… C’est fou !

Là, je suis dans une phase où je commence à avoir de bons contrats et une bonne structure pour pouvoir atteindre les sommets. C’est une période hyperimportante… Quand j’étais petit, je pensais que le triathlon, c’était juste nager, faire du vélo et courir. Puis je me suis rendu compte qu’il faut être complet pour accomplir ce qu’on veut dans ce sport.

Je suis presque le patron d’une boîte en ce moment : mon père est devenu mon coach, ma mère ma secrétaire, ma copine m’aide de plus en plus. J’ai aussi un manager, un avocat qui m’aide à négocier les contrats, un médecin, un nutritionniste, un mécano… À côté de ça, je dois trouver le temps de m’entraîner. C’est vraiment compliqué, mais je ne me plains pas du tout, c’est un kiff absolu !

Tu es né en Angleterre de deux parents britanniques, vous êtes arrivés en France lorsque tu avais 3 ans. Pourquoi as-tu choisi de courir pour la France ?

Je me suis souvent posé souvent la question, mais ça s’est fait assez naturellement. Même si je me sens anglais de cœur, j’estime que la France m’a quand même plus donné et apporté. Ma personnalité s’est construite ici, et je pense que mes résultats sont en grande partie dus à toutes ces expériences sportives que j’ai commencé à avoir jeune, comme pouvoir aller rouler tout seul dans les Pyrénées, et la structure d’entraînement de mes parents qui m’a permis de rencontrer des sportifs du monde entier.

Depuis bientôt 5 ans, tu as choisi de retourner à Amélie-les-Bains chez ta famille, notamment pour t’entraîner avec ton père. Pourquoi ce choix ? Qu’est-ce que ça implique d’avoir son père comme entraîneur ?

Tout d’abord, pour avoir un impact sur la vie de mon petit frère. Quand je suis parti pour le lycée de Font-Romeu (un sport-étude dans les Pyrénées), j’avais 13 ans et mon frère Jake en avait 3, j’avais peur qu’on ne se connaisse pas…

Même si j’étais dans les meilleures structures au pôle France de Montpellier et que je bénéficiais des meilleures conditions pour m’entraîner, je ne prenais aucun plaisir. Un jour, j’étais sur la ligne de départ d’un Grand Prix et je me suis dit : « Mais qu’est-ce que je fais là ? » Alors, j’ai décidé de tout quitter, de rentrer chez mes parents, et j’ai demandé à mon père s’il pouvait m’entraîner.

On est passé par des périodes de doutes, moi sur les capacités d’entraîneur de mon père et peut-être, lui, parfois sur mes qualités d’athlète. Puis retourner vivre dans ma famille alors que j’étais presque un adulte a été assez compliqué. Mes parents me trouvaient insupportable, mon frère aussi.

Il nous aura fallu du temps pour que chacun s’accepte et s’adapte. Aujourd’hui, je suis fier qu’on ait réussi à surmonter ces épreuves, à garder notre famille intacte. Je pense que c’est une force, une chose que l’argent ne peut pas acheter… Aucun contrat ne vaudra le câlin que j’ai fait à mon père après la course.

Les coureurs norvégiens, par exemple (Gustav Iden et Kristian Blummenfelt), qui dominent le triathlon en ce moment, sont soutenus par des structures, l’État les finances... Et là, c’était beau de voir que mon père et moi, on les a (presque) battus en nous entraînant seuls, ce qui n’est jamais arrivé dans ce sport. Ça montre que quand les émotions rentrent en jeu, on peut vraiment tout atteindre. D’ailleurs, les deux coureurs norvégiens ont envoyé un message à mon père après la course pour nous féliciter.

Le sport, ce n’est pas juste enchaîner les victoires. Ce dont je me souviendrai toujours, ce seront ces moments que je partage avec mon père avant ou après une course. Parce que, au final, quand tu passes la ligne d’arrivée, c’est très fort, mais c’est éphémère. C’est aussi pour ça que je voulais faire ça avec lui… Et ça se passe plus que bien.

Le triathlon peut être beaucoup plus court (les distances olympiques 1,5 de natation, 40 à vélo, 10 à pied). Pourquoi le choix de longues distances telles que l’Ironman ?

J’ai commencé à baigner très jeune dans le triathlon : j’ai couru ma première course quand j’avais 4 ans ! Mes parents sont venus s’installer en France pour organiser des stages de triathlon dans un centre qu’ils ont créé. Donc, depuis tout petit, j’ai fréquenté des sportifs du monde entier qui venaient s’entraîner, et tous parlaient de Hawaï (la course des championnats du monde d’Ironman). C’est très vite devenu mon rêve. Quand on me demandait si je préférais gagner les Jeux olympiques ou Hawaï, les deux Graal pour un triathlète, pour moi, ça a toujours été Hawaï. Et puis, plus c’était long, plus j’aimais.

Puis, ce que j’aime bien dans l’Ironman, c’est que c’est une course honnête où le meilleur gagne, et ça, j’adore. Alors que parfois, dans la courte distance, ce n’est pas tellement le cas avec le drafting (quand on se place derrière un cycliste pour bénéficier de l’aspiration et ainsi réduire l’effort), où on a le droit de rouler en peloton ; du coup, ça se joue plus sur la course à pied. J’estime que l’Ironman ne demande pas forcément d’avoir des qualités génétiques, c’est un sport de maturité. Certes, j’ai pas 35 ans, mais je fais ce sport depuis 19 ans maintenant, donc j’ai quand même acquis une certaine expérience, et je trouve qu’avec assez d’expérience et de maturité, tu peux être le meilleur en Ironman.

Au Liban, la qualité de l’eau ne nous permet pas de nager, les routes sont réputées trop dangereuses pour y faire du vélo et la course à pied… question de motivation. Alors, autant te dire que faire un Ironman, même en voiture, c’est impensable.

Cela peut aussi rendre le challenge encore plus grand. Parce que, si tu es triathlète et que tu es libanais, tu sors quand même vite du lot. D’ailleurs, mon père est quasiment entraîneur national de Malte, et ils ont des conditions horribles... La natation, c’est plutôt bien, même s’il y a plein de méduses. Mais pour rouler et courir, il n’y a que deux routes avec énormément de voitures. Et malgré tout, les athlètes maltais sont bons ! Je trouve ça incroyable, et j’ai au contraire énormément de respect pour eux parce qu’ils sont dans des conditions vraiment dures. En tout cas, ils devraient voir ça comme un challenge, ça en motiverait plus d’un.

(Gaby Azar reste à ce jour le seul Libanais, lui qui est également canadien, à s’être essayé sur les routes des championnats du monde d’Ironman. Il a terminé 3e chez les 52-56 ans en 2016, NDLR).

Qu’est-ce qui se passe dans la tête d’un athlète qui parcourt une telle distance à la seule force de son corps, avant, pendant et après la course ?

Tout ce qui est endurance ne m’a jamais fait peur. J’ai toujours eu cette impression de pouvoir continuer aussi longtemps que je le veux, même si, au bout d’un certain temps, c’est très ennuyant, puis t’as faim, t’as soif.

Le plus dur, c’est de rester dans le moment présent. Plus la course est longue, plus il y a des hauts et des bas. Ce que j’essaie de me dire à chaque fois qu’il y a un bas, quand tu te dis : « Là, vraiment, c’est la fin », je pense toujours à cette sensation que j’aurai de m’être surpassé, quand j’aurai réussi à le surmonter, à ce niveau de dopamine. C’est ce que je me dis pendant les courses et dans la vie : à chaque moment de bas, plus le moment est horrible, plus, quand tu le surmontes, tu te sens encore mieux et fier de toi.

C’est à l’image de ce tatouage que j’ai dans le dos : « A smooth sea never made a skilled sailor » (« Une mer plate ne fait pas le talent d’un marin »).

Tu n’as que 23 ans, mais malgré ton âge, déjà un beau palmarès qui te permettait de rêver avant la course… Quelles étaient tes ambitions avant la course ?

J’avais déjà fait 8e aux championnats du monde alors que je venais d’avoir le Covid, donc je savais que faire mieux était possible. C’était ma 1re participation à Hawaï ; en étant le 2e plus jeune, je ne savais pas à quoi m’attendre, alors je m’étais dit que je n’avais rien à perdre. J’ai surpassé mes ambitions…

J’aime bien courir à l’avant, de manière agressive, c’est ce que j’ai dit avant la course et c’est exactement ce que j’ai fait. L’Ironman, c’est tellement particulier, dans le sens où il faut être dans un grand jour pour que tout aille bien. Et là, mise à part une mauvaise natation, quasiment tout s’est bien passé.

Si le marathon faisait 35 kilomètres et non pas 42, une miette sur les 226 parcourus, tu aurais été champion du monde… Qu’est-ce que tu t’es dit quand Iden t’a dépassé ?

Si le marathon faisait 35 kilomètres, j’aurais été champion du monde il y a quelques années, je pense (rires). J’ai souvent mené des Ironman jusqu’au 35e kilomètre, mais je suis un peu le roi de l’explosion autour du 35e. Donc, à Hawaï, tout le monde s’attendait à ce que j’explose, ce qui n’a pas été le cas. J’ai même fait un second semi-marathon une poignée de secondes plus rapide que mon premier. C’est juste que Gustav Iden courait à 18/19 km/h…

Quand il m’a dépassé, il y a eu ce moment où on se tape la main, dont tout le monde a parlé. C’est vrai que c’est un beau geste de fair-play. Mais c’était tellement instinctif, on n’y a même pas réfléchi. Déjà, c’est un bon ami, et en plus de ça, il y a tellement de respect entre les athlètes, on se soutient dans les sacrifices qu’on fait pour en arriver là.

Puis j’étais dans un état où j’avais juste envie de rallier la ligne d’arrivée. Donc, quand il m’a doublé et que j’ai vu qu’il était beaucoup plus frais, j’ai essayé une demi-seconde de l’accrocher avant que mon corps me dise « non ». Après le but, c’était de maintenir cette 2e place, de battre Blummenfelt, le favori de la course et champion olympique.

Ce que je n’arrive toujours pas à réaliser, c’est que j’ai battu le record de Jan Frodeno (triathlète allemand), quand il a gagné en 2019, avec plus de 8 minutes d’avance sur le 2e (l’Américain Timothy O’Donnell), qu’on estimait historique. Ça n’a pas suffi pour gagner, mais je suis aussi conscient de ma performance. C’était une édition folle…

Donc le fait que j’arrive 2e, ça me va très bien. Si j’avais déjà gagné, ça aurait été trop facile. C’est le rêve d’une vie, et j’ai encore envie de m’entraîner, j’ai envie que ça dure pour que, quand je gagne, ça soit encore plus fou !

Et le jour où tu gagneras, si c’était déjà l’année prochaine ?

Faire 2e de cette manière, ça a déjà changé ma vie. Mener la course pendant 7 h 20 min aussi jeune… Je m’entraîne pour l’instant moins que les coureurs norvégiens, les gens voient du potentiel et me soutiennent. Depuis cette 2e place, j’ai signé avec les plus belles marques du sport, je ne me rendais pas compte des sollicitations qui suivraient et de l’impact que ça aurait. Même mes parents commencent à voir la lumière au bout du tunnel, eux qui ont toujours tout investi pour moi, car c’est vraiment un projet familial.

Mais quand je gagnerai Hawaï, je souhaiterais avoir un impact plus important. Je trouve que le sport de haut niveau, c’est une vie égoïste. Tout tourne autour de moi et j’aimerais, une fois que j’aurai accompli ce que je voulais, pouvoir aider des gamins à grandir dans de meilleures conditions. J’estime avoir grandi dans des conditions idéales pour performer en triathlon, et j’aimerais que plus d’enfants aient les mêmes opportunités.

L’an prochain, je serai vraiment attendu, presque comme favori. On s’attend à ce que je gagne, et ça, c’est un tout autre scénario. Il y aura beaucoup plus de pression.

Après avoir « presque tout fait » à un si jeune âge, quels sont tes objectifs pour la suite ? Est-ce que tu vises quelque chose pour les JO de Paris 2024 en triathlon courte distance ?

Paris 2024, ça sera trop tôt... Simplement parce que les sélections ont déjà commencé. Donc, même si je gagne l’an prochain en octobre à Hawaï, ce sera trop tard. Et puis, j’ai pas du tout la prétention de dire que je peux gagner une médaille d’or aux Jeux. Je pense qu’il faut y consacrer au minimum 4 ans de préparation.

Plutôt que faire ça, j’aimerais être plus grand que le triathlon, et une fois que j’aurai réalisé mes rêves dans ce sport, essayer de toucher à d’autres domaines. Si ça doit rester dans le sport, pourquoi pas essayer le vélo en contre-la-montre.

Aussi, j’aimerais exploré le côté créatif que je tiens de ma mère qui était artiste. Pourquoi pas me lancer dans l’industrie de la mode, de la musique… ? Je n’en ai aucune idée, on verra bien ! À la fin de ma carrière, j’aimerais ne pas être juste vu comme un triathlète.


Sept heures 42 minutes et 24 secondes. C’est le temps qu’il aura fallu à Sam Laidlow pour parcourir l’équivalent de la distance Nord-Sud du Liban : 226 kilomètres à la nage, à vélo puis à pied sur les reliefs de l’île de Kailu-Kona, dans l’archipel de Hawaï, lors des championnats du monde d’Ironman qui se tenaient en ce premier week-end d’octobre. Pour ceux qui ne...

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