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Campus - Témoignage

Mon indignation nourrit ma furieuse volonté de vivre

Letitia a été lourdement blessée lors de la double explosion de Beyrouth le 4 août 2020. Presque vingt-sept mois plus tard, avec des mots bouleversants mais remplis d’espoir, et à sa manière, cette courageuse jeune fille revient sur cet épisode si difficile de sa vie.

Soudain, sans préavis ni aucune préparation, je me retrouve sur les trottoirs de Beyrouth, ensanglantée, à bout de souffle, anéantie. Mes pas laissent sur la chaussée des traces de sang pourpre. Je ne reconnais pas ma ville. Déchiquetée, déchirée, elle m’est étrangère. Un morceau de mon cœur est perdu, pulvérisé, emporté par la poussière de nitrate d’ammonium. Mon pays m’a volé mon enfance parsemée de rêves, de paillettes, de guirlandes et de pompons et m’a dépossédée du contrôle de mon corps. Le 4 août 2020 m’a privée d’un droit acquis à ma naissance : celui d’avoir une main gauche indemne et saine et d’en faire usage. À la place, il m’a laissé une plaie indélébile. Et comme si ce n’était pas assez, il s’est acharné sur moi et a mis à mort l’insouciance de mes années d’adolescence. Matin, midi et soir, je suis harcelée par cette plaie lancinante qui menace ma vie. Mon corps meurt lentement, défiguré par de multiples opérations et infections qui engagent mon pronostic vital. Antibiotiques, injections de toutes sortes, anesthésies, incisions, réparations, greffes, transplantations… Du lever au coucher, la médecine, chef d’orchestre de ma vie, impose sa cadence sur mon quotidien. Je suis pâle, tout comme les traits effarés de mon désespoir. Mais petit à petit, une lutte s’installe en moi, un combat existentiel entre mon cerveau et mon corps, le premier voulant se battre, le second voulant déserter, ne plus lutter. Je suis prête à tous les sacrifices pour survivre et retrouver l’usage de ma main meurtrie. C’est vrai que je suis privée de mes capacités physiques, mais personne ne peut m’enlever la force de mon esprit. Plus le temps passe et plus mon indignation contre cette injustice augmente, se développe et nourrit un feu, une flamme intérieure : ma furieuse envie de vivre. Cette flamme inextinguible me pousse à relever la tête, à défier le sort et renforce ma résilience. Je recherchais quelqu’un qui pourrait me sauver, me délivrer de la souffrance, alors que tout ce temps, j’étais moi-même ce héros que j’espérais trouver. Je suis la seule personne qui peut écrire une nouvelle page, un nouveau chapitre de ma vie. Le chemin vers la guérison est rude. Il semble parfois impossible même. J’ai appris qu’il faut accepter qu’il y a des choses hors de notre contrôle. Non seulement des détails du quotidien, mais également des choses vitales qui déterminent notre survie. Si ma main est sauvée ou si je la perds, pourrai-je vraiment vivre et ne pas uniquement exister ? La réponse est positive, dans les deux cas, car pouvoir se détacher de ce que nous ne pouvons pas contrôler nous permet de triompher. Et c’est cela qui nous rend invincible.

Mon message aux autres

À toi, je dis que je te comprends. Tu te sens incompris, tenu pour acquis, ignoré. Tu veux crier jusqu’à ce que le monde se taise. Tu prétends que tu vas bien pour ne pas être dérangé. Tu ressens une profonde colère à l’intérieur de toi. Tu te sens étranger dans ta propre communauté… Moi aussi. Le monde minimise ton traumatisme : « Hamdellah tu es vivant ! Ça aurait pu être pire », te dit-on. Mais c’est pire. Et même, c’est le pire.Le 4 août 2020, nous avons tout perdu.Sur les trottoirs de Beyrouth, se trouvent des morceaux de nos cœurs déchirés.Sur nos dos, nous tenons le poids lourd de ce crime. Vous, les autres, vous avez oublié, mais nous portons des cicatrices permanentes. Vous, vous rigolez, mais nous, derrière nos masques épais, nous sanglotons. Nous luttons contre nos démons comme des soldats qui vont à la guerre. Nous brisons toutes les barrières afin de continuer, afin de persévérer, afin d’avancer. L’explosion nous a anéantis ; ce n’est pas parce qu’on camoufle notre misère qu’elle n’existe pas. Ce n’est pas parce que vous avez décidé de l’ignorer qu’elle n’est pas vraie. Nous nous retrouvons seuls dans ce monde, vous ne nous comprenez pas, vous ne nous entendez pas. Mais la résilience que nous portons en nous est une graine d’espoir. Si nous voulons vaincre la noirceur brûlante de ce passé si proche. Nous pouvons le faire. Nous sommes invincibles. Notre flamme est inextinguible.

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Soudain, sans préavis ni aucune préparation, je me retrouve sur les trottoirs de Beyrouth, ensanglantée, à bout de souffle, anéantie. Mes pas laissent sur la chaussée des traces de sang pourpre. Je ne reconnais pas ma ville. Déchiquetée, déchirée, elle m’est étrangère. Un morceau de mon cœur est perdu, pulvérisé, emporté par la poussière de nitrate d’ammonium. Mon pays m’a volé mon enfance parsemée de rêves, de paillettes, de guirlandes et de pompons et m’a dépossédée du contrôle de mon corps. Le 4 août 2020 m’a privée d’un droit acquis à ma naissance : celui d’avoir une main gauche indemne et saine et d’en faire usage. À la place, il m’a laissé une plaie indélébile. Et comme si ce n’était pas assez, il s’est acharné sur moi et a mis à mort l’insouciance de mes années...
commentaires (4)

On s’attendait à un cataclysme après celui infligé au pays mais rien ni personne n’a trouvé bon de les combattre en se montrant solidaires des personnes touchées dans leur chair et leur dignité pour faire trembler ces barbares et les déloger, et d’exiger leur jugement coûte que coûte qui aurait mis du baume sur les blessures et le cœur des citoyens blessés et leurs familles. Mais voilà ils sont toujours cramponnés à leurs postes par la volonté d’un peuple comateux et exsangue et font en sorte que la vérité ne soit jamais révélée et continuent de vivre et d’exiger comme si de rien n’était. Je suis de tout cœur avec vous et prie pour votre rétablissement et votre guérison de tout le mal qu’ils vous ont infligé aussi bien physique que mental. Vous êtes un exemple du courage qui manque à nos compatriotes qui se voilent la face pour ne pas voir les actes de Barbie dont leur zaims sont coupables et continuent de les appuyer.

Sissi zayyat

14 h 17, le 29 octobre 2022

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Commentaires (4)

  • On s’attendait à un cataclysme après celui infligé au pays mais rien ni personne n’a trouvé bon de les combattre en se montrant solidaires des personnes touchées dans leur chair et leur dignité pour faire trembler ces barbares et les déloger, et d’exiger leur jugement coûte que coûte qui aurait mis du baume sur les blessures et le cœur des citoyens blessés et leurs familles. Mais voilà ils sont toujours cramponnés à leurs postes par la volonté d’un peuple comateux et exsangue et font en sorte que la vérité ne soit jamais révélée et continuent de vivre et d’exiger comme si de rien n’était. Je suis de tout cœur avec vous et prie pour votre rétablissement et votre guérison de tout le mal qu’ils vous ont infligé aussi bien physique que mental. Vous êtes un exemple du courage qui manque à nos compatriotes qui se voilent la face pour ne pas voir les actes de Barbie dont leur zaims sont coupables et continuent de les appuyer.

    Sissi zayyat

    14 h 17, le 29 octobre 2022

  • Je ne suis pas sûr "qu'il faut accepter", non, "il faut refuser" et prier avec tout le peuple libanais ordinaire, qui n'a pas de lien avec les politiques, au moins une fois par jour, afin que ceux qui ont fermés les yeux face au stockage des explosives périssent de la pire manière et dans la douleur. Les prières collectives sont efficaces. Dieu n'utilise pas une batte de Baseball mais le hasard.

    Céleste

    10 h 32, le 27 octobre 2022

  • Bravo Letitia et merci! Oui, tu es invincible et ta " flamme est inextinguible".

    Yves Prevost

    07 h 59, le 27 octobre 2022

  • Inspirante

    Robert Moumdjian

    04 h 26, le 27 octobre 2022

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