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Sport - Mondial

L’ire de l’émir

Le cheikh Tamim ben Hamad al-Thani est sorti de son silence mardi pour dénoncer une campagne de « calomnies sans précédent » contre l’organisation de la Coupe du monde de football au Qatar.

L’ire de l’émir

Des visiteurs se prenant en photo devant un panneau de la Coupe du monde 2022 à Doha. Jewel Samad/AFP

Désireux de se faire une place sur le grand échiquier de la géopolitique mondiale, le petit émirat a dépensé sans compter ses « gazo-dollars » au point d’en investir près de 200 milliards pour l’organisation du plus grand événement sportif de la planète.

Mais au cours des 12 années ayant suivi son attribution, ce Mondial 2022, qui se disputera sur son sol du 20 novembre au 18 décembre, n’a cessé d’être l’objet de controverses sur la question du respect des droits humains et sur son empreinte écologique, ou encore à propos de l’accueil des fan étrangers.

Fait rare, l’émir cheikh Tamim ben Hamad al-Thani a exprimé publiquement et sans ambages son mécontentement face à ces innombrables critiques. « Depuis que nous avons eu l’honneur d’accueillir la Coupe du monde, le Qatar a été la cible d’une campagne sans précédent qu’aucun autre pays hôte n’a subie », a-t-il déclaré lors d’un discours devant le Conseil législatif à Doha.

Depuis sa nomination en 2010, le premier pays arabe à organiser l’événement est constamment sous le feu des critiques à propos du traitement des travailleurs étrangers, des droits des LGBTQ (lesbiennes, gays, bisexuels, trans, queers) et des femmes, ou encore de l’utilisation de la climatisation dans ses huit stades, dont la construction a coûté 6,75 milliards de dollars.

Cette semaine, le gouvernement a fermement nié un rapport de l’organisation Human Rights Watch (HRW) accusant la police qatarie d’avoir détenu arbitrairement et maltraité des membres de la communauté LGBTQ.

Un grand test

« Au départ, nous avons traité ce sujet en toute bonne foi, et nous avons même considéré que certaines critiques étaient positives et utiles, nous aidant à développer des aspects qui devaient l’être », a concédé l’émir avant de s’indigner. « Mais il nous a vite semblé clair que la campagne persiste, s’étend, qu’il y a des calomnies et du deux poids, deux mesures, atteignant un niveau d’acharnement qui a amené beaucoup de gens à s’interroger, malheureusement, sur les véritables raisons et motivations de cette campagne », a-t-il fustigé.

Pour le petit émirat d’un peu moins de trois millions d’habitants, qui attend plus d’un million de supporters étrangers lors des 28 jours de compétition, cet événement est l’occasion de montrer « qui nous sommes non seulement la force de notre économie et de nos institutions, mais aussi notre identité », a martelé son dirigeant.

« C’est un grand test pour un pays de la taille du Qatar qui impressionne le monde entier par ce qu’il a déjà accompli », s’est-il félicité. Un test qui aura aussi des allures de choc culturel tant les Qataris sont peu habitués à voir des hordes de fans étrangers débarquer sur leur territoire.

En dépit des nombreuses promesses de « tolérance » formulées par les organisateurs, les doutes persistent autour de potentiels incidents liés à la consommation d’alcool et à l’affichage de l’homosexualité dans l’espace public, choses qui demeurent illégales dans ce pays très conservateur. Quant aux supporters, beaucoup se plaignent des prix élevés des hébergements au Qatar ou encore de la nécessité de devoir loger dans un des pays voisins avec qui l’émirat a conclu un partenariat pour mettre en place un système de navettes quotidiennes prévoyant les allers et venues de près de 160 avions par jour.

Mais cet État du Golfe est surtout pointé du doigt depuis les diverses révélations sur les constructions à marche forcée de ses huit stades futuristes, menées par des dizaines de milliers de travailleurs immigrés d’Asie, d’Afrique et du Moyen-Orient dans des conditions harassantes et pour des salaires très bas, documentés par des enquêtes de presse, des syndicats et des ONG.

« La meilleure Coupe du monde de tous les temps »

Des organisations de défense des droits humains, comme HRW et Amnesty International, ont appelé le Qatar et la FIFA à créer un fonds d’indemnisation pour les ouvriers victimes des chantiers du Mondial, doté de 440 millions de dollars, soit l’équivalent des dotations sportives promises aux 32 sélections alignées.

Le Qatar affirme toutefois avoir mené de nombreuses réformes ces dernières années, comme l’abolition du système néo-esclavagiste de la « kafala » (octroyant le droit à un employeur, notamment, de confisquer le passeport d’un travailleur étranger) ou la fixation d’un salaire mensuel minimum de 1 000 riyals qataris (soit l’équivalent de 220 dollars). Des efforts restent cependant à faire au niveau de leur mise en œuvre, a estimé le secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats Luca Visentini lors d’une visite cette semaine à Doha.

« La Coupe du monde a sans aucun doute été une opportunité pour accélérer le changement », a-t-il déclaré. « Ces réformes peuvent être un bon exemple pour d’autres pays accueillant de grands événements sportifs », a-t-il encore dit.

Le dirigeant de la FIFA Gianni Infantino a défendu le Qatar, où il réside depuis plusieurs années, en déclarant que la Coupe du monde serait « la meilleure de tous les temps, sur le terrain et en dehors ».

G. B. avec AFP

Désireux de se faire une place sur le grand échiquier de la géopolitique mondiale, le petit émirat a dépensé sans compter ses « gazo-dollars » au point d’en investir près de 200 milliards pour l’organisation du plus grand événement sportif de la planète. Mais au cours des 12 années ayant suivi son attribution, ce Mondial 2022, qui se disputera sur son sol du 20 novembre au 18 décembre, n’a cessé d’être l’objet de controverses sur la question du respect des droits humains et sur son empreinte écologique, ou encore à propos de l’accueil des fan étrangers.Fait rare, l’émir cheikh Tamim ben Hamad al-Thani a exprimé publiquement et sans ambages son mécontentement face à ces innombrables critiques. « Depuis que nous avons eu l’honneur d’accueillir la Coupe du monde, le Qatar a été la...
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