La milieu de terrain barcelonaise Alexia Putellas recevant son second Ballon d’or lundi au théâtre du Châtelet à Paris. Franck Fife/AFP
« Se maintenir au sommet est beaucoup plus difficile que d’y parvenir. » Couronnée pour la seconde fois consécutive au sommet du football mondial, Alexia Putellas a bien saisi l’ampleur de la page d’histoire qu’elle est en train d’écrire en devenant la première lauréate à conserver son trophée depuis sa création en 2018.
Déjà supportrice du Barça dans sa jeunesse, la joueuse catalane (28 ans) est devenue au fil des années une icône de son club de cœur. Gravissant un à un les échelons jusqu’à devenir l’une des meilleures joueuses du monde, la Catalane a tellement révolutionné le football féminin espagnol et européen ces dernières saisons que les jurés l’ont préférée à ses concurrentes, dont sa grande rivale, l’Anglaise de caractère Beth Mead, sacrée en juillet avec les Lionesses lors de l’Euro.
Des bleus aux jambes
Ce prix vient terminer en beauté une saison 2021-2022 au goût doux-amer. Après une défaite cuisante en finale de C1 contre Lyon (3-1), la Catalane a eu le malheur de subir une rupture du ligament croisé antérieur du genou gauche à quelques jours du coup d’envoi de l’Euro, cet été, alors que sa « Roja » faisait partie des favorites.
« Quand je me suis cassé le genou, j’ai cru que j’avais laissé passer ma chance mais au final, le jury a tenu compte que la période considérée courait sur toute la saison et je n’ai manqué qu’un seul mois, même si c’était un mois important », a déclaré Putellas après la remise de son prix. Mais « Alexia », comme il est écrit au dos de son maillot, n’est pas du genre à se laisser abattre, elle qui espère à nouveau briller lors du Mondial-2023 en Australie et en Nouvelle-Zélande.
Ce nouveau Ballon d’or sonne comme l’accomplissement d’un destin tout entier tourné vers le football. Petite, la jeune Alexia commence à jouer au football dans la cour du collège, avec les garçons. « Ma mère en avait marre de me voir rentrer avec des bleus plein les jambes, elle m’avait inscrite dans un club pour que j’arrête de jouer pendant les récréations », racontait-elle à l’été 2020.
Elle prend donc sa première licence dans un club d’une ville voisine, le CE Sabadell, où elle est rapidement repérée par le Barça, qui la recrute à seulement 12 ans. Après un passage à l’Espanyol Barcelone, puis Levante, elle revient au bercail en juillet 2012, deux mois après avoir perdu son père.
Conquis par son « pied gauche soyeux », le club catalan ne se manque pas : dès sa première saison, elle occupe un rôle central et remporte le championnat et la Coupe de la reine, dont elle sera élue meilleure joueuse en finale.
« Une rupture pour notre football »
Ses bonnes prestations lui ouvrent dès 2013 les portes de la sélection espagnole, qu’elle avait déjà menée vers l’or chez les jeunes. Elle participera aux Euros 2013 et 2017 et aux Mondiaux 2015 et 2019 en France, où l’Espagne chutera en 8es de finale.
Un titre international, voilà ce qui manque encore à Putellas, mais il faudra voir quel sera son statut en sélection à l’issue de sa convalescence. La milieu de terrain n’a d’ailleurs pas hésité à apporter son soutien à 15 autres internationales espagnoles entrées en rébellion contre le sélectionneur Jorge Vilda.
Quoi qu’il en soit, Putellas compte déjà les plus beaux trophées du football féminin de club, avec notamment un historique triplé Coupe-Championnat-Ligue des champions conquis avec le Barça en 2021.
Croulant sous les récompenses individuelles, elle avait également été désignée par l’UEFA meilleure joueuse de l’année deux années de suite, avant de décrocher ses deux Ballons d’or. Des distinctions qui marquent peut-être un point de bascule pour tout un pays, où des milliers de jeunes joueuses auront désormais une figure féminine à laquelle s’identifier.
« Cela représentera un tournant pour tout le pays », a clamé la milieu de terrain dans un entretien pour Vogue Espagne au moment de son premier Ballon d’or. Quelques mois plus tard, plus de 90 000 spectateurs ont afflué au Camp Nou, par deux fois, pour voir les Barcelonaises disputer la finale de la Ligue des champions... Deux records d’affluence historiques pour le football féminin.
Toujours blessée, « Alexia » ne reviendra pas sur les terrains avant 2023. En attendant, c’est sous les ors des plus prestigieuses récompenses que la reine distille ses apparitions.
G.B. avec AFP

