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Nos Lecteurs ont la Parole

« L’ombre passe mais la lumière demeure »

« Ce soir nous sommes septembre, et j’ai fermé ma chambre, le soleil n’y entrera plus, tu ne m’aimes plus. » C’est la chanson d’Hélène du film Des choses de la vie de Claude Sautet, avec Romy Schneider et Michel Piccoli, sorti en 1970. Une petite chanson qui est restée dans nos oreilles à cause de sa belle mélodie romantique mais aussi mélancolique.

Je me souviens très vaguement du film. Des scènes me viennent en tête comme des images lointaines, mais surtout la musique si tendre et inoubliable gravée dans ma mémoire. Voici que cela me chavire dans un monde appartenant au passé, avec un peu de chagrin et beaucoup de nostalgie. Le poète canadien Félix Leclerc avait raison en disant : « On souffle sur les braises et le passé renaît. »

Pour Marcel Proust dans son œuvre À la recherche du temps perdu, c’était l’arôme et le parfum de la tasse de thé qui l’ont transporté dans un passé révolu, mais pour moi ce film et surtout cette chanson me déplacent un peu dans un monde qui n’existe plus, un monde peut-être fictif pour ceux qui ne l’ont pas connu, et paradoxalement comme un paradis perdu pour ceux qui l’ont connu.

C’était la période où le Liban était un pays prospère, un pays vivifiant de culture, le joyau de la région, le phare du monde arabe, et même de tout le Moyen-Orient. C’était la période d’avant la guerre civile. Voilà que je me perds dans l’univers de ma mémoire, je m’enlise dans un passé desservi, mais un passé qui nous a définis.

Ces temps-là j’étais enfant et le monde me semblait être parfait. Des images de mon pays en forme de photos s’enchaînent dans ma tête, celle de la rue Hamra avec son embouteillage et sa splendeur, les souks féeriques de Beyrouth, la place des Canons monumentale, les belles plages ravissantes et aussi les montagnes si nobles et pittoresques.

Notre passé nous a définis, il nous appartient et cela nous enrichit. « De tous les besoins de l’âme humaine, il n’y en a pas de plus vital que le passé », a dit Simone Weil. Comme cela est vrai.

Parfois je me demande si nous ne sommes pas prisonniers ou bien captifs de notre passé. Peut-être. Le passé fait partie de nous en tant qu’êtres humains, mais en tant que Libanais, lorsque le présent c’est-à-dire notre quotidien est si pénible et funeste, par contre le passé si glorieux et illustre, naturellement l’attraction du passé devient plus forte. Cela aussi s’exacerbe pour ceux qui ont connu la période d’avant la guerre civile. Triste réalité. Déprimante juxtaposition. Mais il ne faut jamais oublier son passé car, comme avait dit Winston Churchill, « un pays qui oublie son passé n’a pas d’avenir ».

J’écris ce texte en me souvenant de mes voisins de mon quartier d’Achrafieh sûrement, et dûment de tous mes compatriotes qui ont vu la gloire du Liban mais regrettablement aujourd’hui ne voient autour d’eux que le dénuement et la misère.

J’écris à celui qui a travaillé toute sa vie et qui a économisé de l’argent en pensant avoir financièrement sécurisé sa retraite par ses épargnes, mais qui déplorablement maintenant vit sous le seuil de la pauvreté.

J’écris en ayant dans ma tête tous mes chers compatriotes du troisième âge – je m’incline devant leur âge et leur bravoure – qui ont connu le Liban durant sa gloire et qui ont vécu en glorieux, mais misérablement à cause de la maladresse, du vandalisme et du saccage de certains responsables politiques, leur propre gouvernement les a destitués de leur fortune et voici qu’ils survivent et persistent en pauvreté, attendant juste l’arrivée de la mort.

Un certain philosophe a dit : « L’ombre passe mais la lumière demeure. » Je veux tellement y croire.


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« Ce soir nous sommes septembre, et j’ai fermé ma chambre, le soleil n’y entrera plus, tu ne m’aimes plus. » C’est la chanson d’Hélène du film Des choses de la vie de Claude Sautet, avec Romy Schneider et Michel Piccoli, sorti en 1970. Une petite chanson qui est restée dans nos oreilles à cause de sa belle mélodie romantique mais aussi mélancolique.Je me souviens...

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