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Monde - Guerre en Ukraine

Poutine se dit prêt à user de « tous les moyens »

Le président russe mobilise la réserve ; Washington « prend au sérieux » sa menace nucléaire.

Poutine se dit prêt à user de « tous les moyens »

Des immeubles résidentiels détruits par des frappes russes à Kharkiv, le 21 septembre 2022. Sergey Bobok/AFP

Le président russe Vladimir Poutine a mobilisé mercredi des centaines de milliers de réservistes pour relancer son offensive en Ukraine et brandi la menace d’un recours à l’arme nucléaire que les États-Unis ont dit « prendre au sérieux ».

Dans une adresse à la nation, M. Poutine s’est dit prêt à utiliser « tous les moyens » dans son arsenal face à l’Occident qu’il a accusé de vouloir « détruire » la Russie. « Ce n’est pas du bluff », a-t-il assuré.

La Maison-Blanche a immédiatement dénoncé une « rhétorique irresponsable de la part d’une puissance nucléaire », indiquant qu’elle prenait cette menace « au sérieux ». Un porte-parole de la Maison-Blanche a annoncé de « sévères conséquences » si le président russe passait à l’acte. « Nous surveillons du mieux que nous le pouvons leur posture stratégique de manière à pouvoir changer la nôtre si besoin. Rien ne dit actuellement que ce soit nécessaire », a déclaré John Kirby, porte-parole du Conseil de sécurité nationale, dans une interview avec la chaîne ABC. Interrogé à propos de la mobilisation de réservistes annoncée par le président russe, John Kirby a assuré : « Nous nous y attendions. » « Cela montre incontestablement qu’il est à la peine » sur le plan militaire, a affirmé cet ancien amiral. Vladimir Poutine « a des problèmes de désertion, il force les blessés à retourner au combat, donc clairement il a un problème de recrutement », a encore indiqué le porte-parole.

La Chine, courtisée par la Russie, a semblé prendre certaines distances en appelant au cessez-le-feu et au respect de l’intégrité territoriale des États, une référence au projet d’annexion russe d’une partie de l’Ukraine.

La mobilisation de réservistes a été décrite en Europe comme un « aveu de faiblesse » de Moscou, dont l’armée a essuyé ces dernières semaines des revers face aux forces ukrainiennes.

Elle marque en tout cas une nouvelle escalade du conflit, au lendemain de l’annonce par la Russie de « référendums » visant à annexer quatre régions de l’est et du sud de l’Ukraine contrôlées en partie par Moscou.

Se gardant d’annoncer une mobilisation générale, redoutée par des millions de Russes, M. Poutine en a décrété mercredi une « partielle », mesure jugée « urgente et nécessaire ». Selon le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, 300 000 réservistes sont concernés dans un premier temps.

Signe de l’inquiétude de nombreux Russes, les sites des compagnies aériennes ont été pris d’assaut après l’allocution de M. Poutine et une pétition en ligne contre la mobilisation a recueilli plus de 230 000 signatures.

L’opposant emprisonné du Kremlin Alexeï Navalny a critiqué cette mesure, estimant qu’elle mènerait à « une énorme tragédie ».

Rhétorique dangereuse

Dans une interview à la chaîne allemande Bild TV, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a dit « ne pas croire » à l’utilisation d’armes nucléaires par Moscou. « Je ne crois pas que le monde laissera faire », a-t-il ajouté. « Demain, Poutine pourra dire : “Nous voulons une partie de la Pologne en plus de l’Ukraine, sinon nous utiliserons des armes nucléaires” », a-t-il poursuivi.

L’Occident doit « redoubler d’efforts pour soutenir l’Ukraine » face à la menace d’utilisation de l’arme nucléaire proférée par le président russe, a exhorté mercredi le chef de la diplomatie ukrainienne, Dmytro Kouleba, appelant à « plus de sanctions contre la Russie » et « plus d’armes pour l’Ukraine ».

Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a, lui, dénoncé la « rhétorique nucléaire dangereuse » de M. Poutine, ajoutant que l’Alliance atlantique continuerait de « soutenir l’Ukraine ».

Avec son allocution mercredi, le maître du Kremlin a aussi franchi un nouveau palier dans son discours contre l’Occident, l’accusant de vouloir « diviser et détruire » la Russie en armant l’Ukraine et de soumettre Moscou à un « chantage nucléaire ». Son ministre de la Défense, M. Choïgou, a, lui, carrément affirmé que la Russie ne combattait « pas tant l’Ukraine que l’Occident ».

Confronté à l’essoufflement de son offensive en Ukraine, qui entre bientôt dans son huitième mois,

M. Poutine tente de redresser la barre. Ses forces ont en effet été contraintes de reculer ces dernières semaines face à des contre-offensives ukrainiennes dans les régions de Kharkiv (Nord-Est) et Kherson (Sud), suscitant la stupéfaction à Moscou.

Si l’impact d’une mobilisation partielle ne devrait pas changer la donne dans l’immédiat, cette mesure marque une rupture avec l’approche du Kremlin qui s’efforçait jusque-là de préserver la population russe des retombées du conflit.

Plusieurs capitales occidentales ont estimé que cette mesure était un « aveu d’échec ». Elle montre le « désarroi » de M. Poutine, a estimé le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell.

Le chancelier allemand Olaf Scholz a qualifié d’« acte de désespoir » les récentes décisions du président russe. Vladimir « Poutine ne fait qu’empirer les choses. Il a depuis le début complètement sous-estimé la situation et la volonté de résistance des Ukrainiens (...) », a déclaré le chancelier lors d’une courte déclaration en marge de l’Assemblée générale de l’ONU à New York. « La Russie ne peut pas gagner cette guerre meurtrière », a-t-il martelé.

Même la Chine, dont Moscou cherche à se rapprocher, a appelé au « cessez-le-feu » et au respect « de l’intégrité territoriale de tous les pays », au lendemain de l’annonce des « référendums » d’annexion par Moscou.

Centrale nucléaire bombardée

Car avant même la mobilisation partielle, l’annonce mardi de « référendums » d’annexion dans les régions contrôlées par Moscou en Ukraine, du 23 au 27 septembre, avait signalé un durcissement. La doctrine militaire russe prévoit la possibilité de recourir à des frappes nucléaires si des territoires considérés comme russes par Moscou sont attaqués, ce qui pourrait être le cas avec les zones annexées.

Ces scrutins se dérouleront dans les régions de Donetsk et de Lougansk, qui forment le Donbass (Est), ainsi que dans les zones occupées de Kherson et de Zaporijjia, dans le Sud. Ces votes ont été critiqués par Kiev et ses alliés occidentaux, qui les ont qualifiés de « simulacres » de scrutins sans valeur juridique.

Sur le terrain, la mobilisation pourrait annoncer un redoublement de violence à l’aube du début du 8e mois de conflit. Les autorités ukrainiennes ont accusé la Russie d’avoir à nouveau bombardé mercredi le site de la centrale de Zaporijjia (sud de l’Ukraine), la plus grande d’Europe.

À Kharkiv (Nord-Est), deuxième ville d’Ukraine proche de la frontière russe, Svetlana, 63 ans, exhorte les Russes à ignorer l’ordre de mobilisation et à « enfin se réveiller ». Autour d’elle, des habitants déblaient les débris d’un immeuble touché dans la nuit par un missile. Galina, une voisine de 50 ans, s’emporte contre les Russes qui disent vouloir la « libérer ». « Vous voulez nous libérer de quoi ? lance-t-elle. De nos maisons ? De nos proches ? De nos amis ? »

Source : AFP


Le président russe Vladimir Poutine a mobilisé mercredi des centaines de milliers de réservistes pour relancer son offensive en Ukraine et brandi la menace d’un recours à l’arme nucléaire que les États-Unis ont dit « prendre au sérieux ».Dans une adresse à la nation, M. Poutine s’est dit prêt à utiliser « tous les moyens » dans son arsenal face à...

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Tout cela sent très mauvais. Le referendum organisé dans les zones occupées n'a, évidemment aucune valeur légale, mais il servira de prétexte à Poutine pour déclarer que ces territoires appartiennent à la Russie et, par conséquent que toute tentative de libération de la part de l'Ukraine est une agression contre la patrie russe et justifie l'emploi de "tous les moyens" y compris, en sous-entendu, nucléaires. Par ailleurs, pour l'usage interne, cela permet à Poutine de transformer son "opération militaire spéciale" en guerre défensive et, éventuellement, déclarer la mobilisation générale.

Yves Prevost

08 h 14, le 22 septembre 2022

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Commentaires (1)

  • Tout cela sent très mauvais. Le referendum organisé dans les zones occupées n'a, évidemment aucune valeur légale, mais il servira de prétexte à Poutine pour déclarer que ces territoires appartiennent à la Russie et, par conséquent que toute tentative de libération de la part de l'Ukraine est une agression contre la patrie russe et justifie l'emploi de "tous les moyens" y compris, en sous-entendu, nucléaires. Par ailleurs, pour l'usage interne, cela permet à Poutine de transformer son "opération militaire spéciale" en guerre défensive et, éventuellement, déclarer la mobilisation générale.

    Yves Prevost

    08 h 14, le 22 septembre 2022

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