Robert Lewandowski tentant de se frayer un chemin au milieu de la solide défense du Bayern Munich lors de la 2de journée de Ligue des champions. Kerstin Joensson/AFP
L’histoire était connue d’avance, mais Lewandowski n’a pas voulu l’écrire. De retour dans son ancien jardin sous d’autres couleurs, Robert Lewandowski avait l’occasion de s’inscrire dans la longue liste de ces « ex » qui jouent un mauvais tour à leurs anciens partenaires. Ces retrouvailles tant attendues ont tenu toutes leurs promesses, mais pas celles que l’on espérait.
Le chronomètre n’affiche que 17 minutes de jeu lorsque le nouveau numéro 9 du FC Barcelone se retrouve seul face aux buts bavarois. À l’aide de l’un de ces crochets dont il a le secret, Ousmane Dembélé transperce le milieu allemand et décale Gavi, le jeune prodige catalan, qui trouve le Polonais à l’entrée de la surface bavaroise d’une passe millimétrée. Lorsque le public de l’Allianz Arena s’aperçoit que son ancien protégé réussit son contrôle, il sait mieux que quiconque que
celui-ci n’aura aucun mal à propulser la balle dans les filets de Manuel Neuer. Comment oser imaginer le voir manquer un face-à-face dans une telle position ? L’idée a tout des plus farfelues alors que le cuir décolle légèrement du sol et que « Lewy » tend sa jambe pour ouvrir la marque. D’habitude chirurgical devant le but, il semble que cette fois-ci, le Polonais s’est montré plus pressé qu’à l’accoutumée au moment d’envoyer son coup du pied. Le poids de ses 344 réalisations et de ses 8 Bundesliga sous le maillot munichois n’y est certainement pas étranger. Celui de marquer face à un gardien qui le connaît par cœur, après l’avoir côtoyé quasiment tous les jours à l’entraînement huit années durant non plus. Quoi qu’il en soit, cette accumulation de petits quelques choses le pousse à forcer sa frappe qui, pour le plus grand bonheur du kop bavarois, passe quelques centimètres au-dessus de la barre de Neuer. Une anomalie parmi tant d’autres dans cette
seconde journée de Ligue des champions, que ne parvient pas à expliquer son ancien entraîneur. « C’est vrai que Robert ne nous avait pas habitués à rater le cadre dans ce genre de situation », concédera Julian Nagelsmann en conférence de presse. Un cruel manque d’efficacité que les Catalans paieront au prix fort. Malgré une nette domination dans le premier acte et pas moins de 18 tentatives, les hommes de Xavi Hernandez n’ont jamais réussi à tromper la vigilance du roc de la Nationalmannschaft, auteur de multiples parades décisives. Manuel Neuer, également bien aidé par son poteau sur une frappe de Pedri Lucas Hernandez, coupe au premier poteau un corner de Kimmich à la 50e minute. Sa joie sera de courte durée, puisque le latéral français aura le malheur de se déchirer les adducteurs à la toute dernière minute du temps additionnel de la rencontre après un duel avec le milieu ivoirien Franck Kessié. Une blessure qui le contraindra à regarder les matches de l’équipe de France de la semaine prochaine sur sa télévision.
Profitant d’un léger flottement barcelonais après l’ouverture du score, les sextuples vainqueurs de la coupe aux grandes oreilles doublent la mise 4 minutes plus tard grâce à l’accélération et la justesse de Sané (54e), le véritable roi de la soirée. « En première période, on n’a pas trouvé de solution. Mais en seconde, on a été plus agressif, se réjouit Nagelsmann. On a pris confiance en nous au fur et à mesure du match, et on a fait preuve de plus d’efficacité ce soir, et c’est pourquoi on a gagné. » Il est clair que le fait de rater à ce point la cible reste rarement impuni sur la scène européenne. Le Barça n’a pas échappé à la règle. Lewandowski, Pedri, Raphinha, Dembélé, Torres... tous ont buté sur Manuel Neuer avant de frôler ou de heurter son poteau droit. « C’est un résultat très frustrant, a logiquement soupiré Xavi. On repart avec le sentiment d’avoir été supérieurs à notre adversaire dans le jeu. Mais on ne peut pas se permettre de rater toutes ces opportunités en Champions League. »
Dans le sillage de ses précédentes sorties, le Bayern a concédé une grosse quantité d’occasions. Un scénario qui diffère très largement des précédents tête-à-tête, à sens unique, entre les deux équipes, qui s’étaient soldés par un humiliant 8-2 en faveur des Munichois en quarts de finale de l’édition 2020, et par deux 3-0 l’année suivante. Ayant déjà ramené trois points sur la pelouse de l’Inter Milan (2-0) il y a six jours, voilà le Bayern avec six points, le maximum possible, avant une double confrontation face aux modestes Tchèques de Plzen après la trêve internationale, alors que l’Inter et le Barça, tous deux avec trois points, s’affronteront à deux reprises.
Ce revers des joueurs de Xavi va obliger le Barça à batailler face à l’Inter après la trêve internationale pour éviter la désillusion de la saison passée et une élimination avant même les huitièmes de finale.
Une telle désillusion paraît tout de même peu probable, tant les Barcelonais se sont montrés conquérants à Munich. S’il a bien été la cible de quelques sifflets issus des tribunes, Lewandowski pourra se consoler en se remémorant les vifs applaudissements qu’il a reçus en début et fin de rencontre de la part d’une large partie des 75 000 spectateurs. Mais rien ne dit qu’il leur fera la faveur de rentrer aux vestiaires sans aucun but au compteur lors de la revanche du 26 octobre prochain.

