Robert Lewandowski sous le maillot barcelonais face au Viktoria Plzen, le 7 septembre dernier, lors de la première journée de la Ligue des Champions. Pau Barrena/AFP)
Il y aura comme un air de déjà-vu sur la pelouse munichoise. Hasard du tirage au sort des poules de la Ligue des Champions, celui que la presse et les fans allemands avaient fini par surnommer LewanGOALski refoulera, moins de deux mois après son transfert en Catalogne, une pelouse sur laquelle il aura remporté tous les trophées et battu presque tous les records possibles et imaginables. Bien que ce ne soit pas la première fois que le Polonais se rende à l’Allianz Arena dans la peau d’un adversaire (ce qui fut le cas lors de ses quatre saisons passées chez le rival du Borussia Dortmund), ces retrouvailles prématurées auront une saveur toute particulière, tant pour le joueur que pour un public l’ayant idolâtré durant huit années de bons et loyaux services rendus en Bavière. Et puisque le hasard fait toujours bien les choses, nombreux sont ceux qui ont la tentation de penser que celles-ci pourraient bien être hautes en couleur. « Seul le football peut écrire de telles histoires, s’était amusé le directeur sportif munichois Hasan Salihamidzic après le tirage au sort du 25 août dernier. On venait de plaisanter à propos de cela au bureau juste avant ! » Tombés dans le même groupe C, les deux mastodontes du football européen que sont le Bayern Munich et le FC Barcelone, 11 coupes aux grandes oreilles à eux deux, se retrouvent face à face pour la troisième année consécutive sur la scène continentale, en compagnie de l’Inter Milan et du Viktoria
Plzen. Des confrontations qui avaient été à sens unique : après l’humiliation 8-2 infligée par les Bavarois en quarts de finale de l’édition 2020, les Barcelonais avaient de nouveau été surclassés l’année suivante en s’inclinant à deux reprises sur le score de 0-3. Des rencontres au cours desquelles Lewandowski avait par trois fois inscrit son nom sur le tableau des buteurs.
Avant de s’attacher ses services cet été moyennant 45 millions d’euros, le FC Barcelone faisait partie de la très longue liste des équipes martyrisées par l’avant-centre polonais. Au cours de ses huit saisons passées sous la tunique munichoise, Lewandowski a réussi l’exploit d’être décisif 416 fois en 374 matchs. Un bilan, au bas mot honorable, composé de 344 buts auxquels il faut ajouter 72 passes décisives. Pour n’apporter qu’une statistique supplémentaire à ces chiffres faramineux (qui nécessiteraient pas loin d’une page entière), le désormais ancien numéro 9 du Bayern s’était aussi et surtout distingué en battant un record vieux de près de 50 ans. En trouvant le chemin des filets à 41 reprises en Bundesliga lors de la saison 2020-2021, il faisait ainsi tomber d’une unité le record réputé imbattable de Gerd Müller datant de 1972, le tout en 29 matchs.
« Je ne le sifflerai pas »
Des performances historiques que le public bavarois a sans nul doute en tête au moment de voir apparaître son ancien protégé sous les couleurs barcelonaises. « Il a tout gagné avec nous et a réalisé des performances immenses. Je ne le sifflerai pas. Les supporters ont une conscience et des sentiments. Ils évalueront la situation de la bonne manière », a assuré Salihamidzic dimanche midi sur la chaîne allemande Sport1.Reste à savoir comment réagiront les 75 000 spectateurs de l’Allianz Arena si le Polonais avait la bonne idée de marquer face à ses anciens coéquipiers. Un scénario loin d’être inenvisageable au regard de son début de saison tonitruant. À peine ses valises posées en Catalogne, « Lewy » empile déjà les buts avec une rapidité d’adaptation déconcertante, au point de déjà figurer au sommet du classement des meilleurs buteurs de Liga, avec six buts inscrits en cinq matchs de championnat. Celui qui aurait dû être le Ballon d’or 2020, si la FIFA n’avait pas eu la brillante idée de suspendre le concours à cause de la pandémie, n’a pas mis plus de temps pour se chauffer en C1. Contre les modestes tchèques du Viktoria Plzen (5-1), ce dernier s’est offert son premier triplé sous ses nouvelles couleurs. « Pour nous, c’est le meilleur numéro 9 d’Europe », avait alors réagi son entraîneur Xavi. Une acclimatation expresse qui l’érige déjà en leader offensif d’un Barça en pleine reconstruction, comme en témoignent les 153 millions d’euros dépensés cet été sur le marché des transferts pour renforcer son effectif de sept nouvelles recrues (Koundé, Raphinha, Kessié, Christensen, Alonso, Bellerin et donc Lewandowski).Ce choc au sommet, qui s’annonce bien plus serré que ses éditions précédentes, fait en tout cas la une de toute la presse sportive allemande qui ne parle que du retour du celui qui a porté le Bayern vers huit titres consécutifs en Bundesliga (entre 2015 et 2022) et un sacre en Ligue des champions en 2020. « On se réjouit totalement de ce duel, pas seulement à cause de Robert, mais parce que c’est toujours super de jouer contre le Barça », salive déjà son ancien acolyte Thomas Müller, rejoint par son entraîneur au Bayern, Julian Nagelsmann : « Je me réjouis de retrouver Robert. Pas comme adversaire, parce qu’il est très bon, mais comme homme », a-t-il glissé après le match contre l’Inter à Milan (remporté 2-0 par les Bavarois). Le Bayern, qui s’est lui aussi renforcé en recrutant, entre autres, un certain Sadio Mané, ne réussit pourtant pas son meilleur début de saison : après trois succès en ouverture, les Bavarois restent sur trois nuls de rang en championnat. « Pour la première fois cette saison, je suis énervé. Énervé par nous-mêmes. Quand tu es devant au score et que tu peux reprendre la première place, tu dois tout donner dans les dix dernières minutes », a râlé Thomas Müller après le nul arraché par Stuttgart samedi, déplorant « un manque d’intensité ». La première grande explication entre favoris de cette Ligue des champions 2022-2023 s’annonce d’ores et déjà palpitante. Munich s’embrase déjà : l’Allianz Arena attend le retour de son ancien roi.
G.B. avec AFP


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