Un bureau de vote, à Tunis, le 25 juillet 2022. Anis Mili/AFP
Les Tunisiens ont voté lundi sur une nouvelle Constitution très critiquée, qui renforce les pouvoirs du président Kaïs Saïed au risque pour le pays, berceau du printemps arabe, de revenir à un régime autoritaire.
La Tunisie, confrontée à de graves difficultés économiques, aiguisées par le Covid et la guerre en Ukraine dont elle dépend pour ses importations de blé, est aussi très polarisée depuis que le président s’est emparé de tous les pouvoirs il y a un an, arguant de l’ingouvernabilité du pays.
La participation est le principal enjeu du référendum, où le oui a de fortes chances de l’emporter, les grands partis d’opposition dont le mouvement d’inspiration islamiste Ennahda ayant appelé leurs électeurs à s’abstenir.
Lundi est jour férié et beaucoup de Tunisiens ont fait le pont. Un total de 13,6 % – exactement 1,213 million – des 9,3 millions d’inscrits avaient voté en fin d’après-midi, a indiqué Farouk Bouasker, président de l’autorité électorale (ISIE).
Lundi matin, l’affluence était supérieure à ce qui avait été escompté, selon les journalistes de l’AFP. « L’affluence a été croissante dans la matinée, mais a diminué pendant la période de sieste », a-t-il précisé, disant s’attendre « à une hausse notable surtout parmi les jeunes qui préfèrent venir en fin de journée ».
Les premiers résultats sont attendus « mardi dans l’après-midi », a dit un porte-parole de l’ISIE, Mansri Tlili.
Tout est catastrophique
« Nous avons un grand espoir dans le 25 juillet. La Tunisie va prospérer à partir d’aujourd’hui (lundi) », a dit Imed Hezzi, un serveur de 57 ans, montrant un doigt teinté à l’encre bleue, pour éviter toute fraude. Mongia Aouanallah, une retraitée de 62 ans, attend « une vie meilleure, pour que les enfants de nos enfants vivent mieux », car « tout est catastrophique ».
Après avoir voté, le président a appelé à approuver sa Constitution pour « établir une nouvelle République fondée sur la vraie liberté, la vraie justice et la dignité nationale ». Ennahda a dénoncé des déclarations pouvant orienter le vote, représentant « une fraude au référendum ».
Cette nouvelle Loi fondamentale controversée, imposée par le président Saïed, accorde de vastes pouvoirs au chef de l’État, en rupture avec le système parlementaire en place depuis 2014. Le président désigne le chef du gouvernement et les ministres, et peut les révoquer à sa guise. Il peut soumettre au Parlement des textes législatifs qui ont « la priorité ». Une seconde Chambre représentera les régions, en contrepoids à l’Assemblée des représentants (députés) actuelle.
L’opposition et de nombreuses ONG ont dénoncé une Constitution « taillée sur mesure » pour M. Saïed, et le risque de dérive autoritaire d’un président n’ayant de comptes à rendre à personne.
Sadok Belaïd, le juriste chargé par M. Saïed d’élaborer la nouvelle Constitution, a désavoué le texte final, estimant qu’il pourrait « ouvrir la voie à un régime dictatorial ».
Tous les pouvoirs
L’opposition a appelé au boycott du scrutin, invoquant un « processus illégal » et sans concertation.
Personnage complexe, le président Saïed exerce le pouvoir de manière de plus en plus solitaire depuis un an. Âgé de 64 ans, il considère sa refonte de la Constitution comme le prolongement de la « correction de cap » engagée le 25 juillet 2021 quand, arguant des blocages politico-économiques, il a limogé son Premier ministre et gelé le Parlement avant de le dissoudre en mars, mettant en péril la seule démocratie issue du printemps arabe.
Le nouveau texte « donne presque tous les pouvoirs au président et démantèle tous les systèmes et institutions pouvant le contrôler », a dit lundi Saïd Benarbia, directeur régional de la Commission internationale des juristes CIJ. Il lui donne « davantage de pouvoirs que la Constitution de 1959 », élaborée sous Habib Bourguiba, en supprimant la séparation des pouvoirs et « un pouvoir judiciaire subordonné à l’exécutif ». « Aucun des garde-fous qui pourraient protéger les Tunisiens de violations similaires au (régime) Ben Ali n’existe », selon M. Benarbia convaincu que la nouvelle Constitution « codifie l’autocratie ».
Pour l’analyste Youssef Cherif, des espaces de liberté restent garantis, mais la question d’un retour à un régime dictatorial similaire à celui de l’ex-autocrate de Zine el-Abidine ben Ali, pourrait se poser « dans l’après-Kaïs Saïed ».
Pour la majeure partie de la population, la priorité est ailleurs : une croissance poussive (autour de 3 %), un chômage élevé (près de 40 % des jeunes), une inflation galopante et l’augmentation du nombre de pauvres à 4 millions de personnes.
La Tunisie, au bord du défaut de paiement avec une dette supérieure à 100 % du PIB, négocie un nouveau prêt avec le FMI qui a de bonnes chances d’être accordé, mais exigera en retour des sacrifices (baisse des subventions aux produits de base, notamment), susceptibles de provoquer une grogne sociale.
Source : AFP


la plus grosse mascarade est d'appeler un peuple-n'importe lequel - a un referundum pour donner leur avis sur une nouvelle constitution. comme si il leur est donne de le comprendre, d'en demeler le vrai du faux, le bon pou le mauvais. DIEU QUELLE HYPOCRISIE.
09 h 28, le 26 juillet 2022