L’équipe de l’ordre de Malte entourant le directeur de la Fondation Bettencourt Schueller : (de g. à dr.) P. Jihad Younès, Patrick Jabre, Raphaël Debbané, Olivier Brault, Marwan Sehnaoui, Adel Ghandour, Paul Saghbini et Élias Ghadban.
C’est un nouveau visage de l’ordre de Malte Liban qu’est venu découvrir Olivier Brault, directeur général de la Fondation Bettencourt Schueller, accompagné de son épouse Caroline. En effet, après une première collaboration axée sur les domaines médical et social, c’est aujourd’hui le secteur agro-humanitaire lancé par l’ordre de Malte qui a su séduire la fondation.
Olivier Brault se remémore sa première visite au Liban, en 2018, lors de laquelle il avait découvert les différentes activités de l’ordre de Malte, notamment « les centres médico-sociaux, professionnellement organisés, prolongés par les unités médicales mobiles, cette offre de soins de très grande qualité elle-même parfaitement articulée avec le système du pays. L’ordre allait à la rencontre des populations là où le besoin s’en ressentait, animé par un esprit de service au-delà de toutes les frontières, contribuant très directement à la réussite de la vie commune d’un pays composé de tant de communautés », auxquelles s’était ajoutée une immense quantité de réfugiés syriens, déstabilisant beaucoup de villages en situation précaire et accroissant leur vulnérabilité, renforçant par là même considérablement les demandes adressées aux centres de l’ordre.
« Mais nous avons découvert aussi d’autres visages de l’ordre, poursuit M. Brault. Ses engagements sociaux, et en particulier l’attention aux personnes âgées et l’extraordinaire centre de Chabrouh où les personnes handicapées sont accueillies comme des hôtes ; ce sont des moments de vie extraordinaires. »
Un agriculteur, tout sourire, recevant ses plants.
L’intelligence au service du cœur
En 2020, la gigantesque et meurtrière explosion au port de Beyrouth choque le monde, et la Fondation Bettencourt Schueller réagit sur-le-champ en se mettant au service de son partenaire au Liban. « Mon idée était d’aider l’ordre de Malte à dispenser des soins, relate Olivier Brault, car je savais que ses forces sanitaires dans l’urgence avaient été remobilisées pour pouvoir venir en aide aux victimes. Mais l’ordre, déjà à l’œuvre, m’a proposé une troisième dimension, aux côtés du médical et du social : le programme agro-humanitaire, qui vise à soutenir les petits agriculteurs pour relancer une activité de production vivrière sous des filières à valeur ajoutée qui permettent de s’inscrire dans une vision durable dans le contexte de l’énorme dépréciation monétaire du pays. La finalité en est simplement d’assurer les besoins essentiels nécessaires à la vie, c’est-à-dire une alimentation saine, et de le faire d’une façon soutenable dans les conditions dramatiques que connaît le Liban. » En effet, la crise financière et politique a eu pour conséquence directe l’insécurité alimentaire, et aujourd’hui, environ 70 % des Libanais ne peuvent subvenir à leurs besoins alimentaires. « Ce projet nous a paru extrêmement intelligent, c’est de l’humanitaire intelligent. Et quand l’intelligence se met au service du cœur, comment ne pas y adhérer ? »
Durant son séjour au Liban, le directeur général de la Fondation Bettencourt Schueller a pu vérifier, lors des visites sur le terrain, notamment à Mejdlaya, au Liban-Nord, l’évolution du programme agro-humanitaire. « L’efficacité de l’action de l’ordre est remarquable : deux mois pour construire les centres, pour transformer un coin de terrain rendu disponible par des accords passés avec les congrégations religieuses, pour mettre en place les installations... C’est une première prouesse, cette rapidité d’exécution. La seconde, c’est de voir l’extrême attention professionnelle qui est mise dans la conception, la réalisation, le suivi des opérations à chacune des étapes. » En effet, tout a été étudié avec minutie, depuis le choix des plants et semences jusqu’à la récolte de produits frais, en passant par un suivi professionnel par des ingénieurs agronomes pour soutenir les petits agriculteurs, leur fournir l’expertise et les compétences nécessaires et les familiariser avec les meilleures pratiques et méthodes agricoles. Les agriculteurs sont par ailleurs sensibilisés au principe de solidarité envers leur communauté puisque chacun d’eux redistribuera 5 % de sa production aux familles les plus vulnérables soutenues par les centres médico-sociaux de l’ordre, donnant ainsi aux plus défavorisés accès à des produits nutritifs et abordables, et par conséquent à une alimentation saine et équilibrée, au cœur de la lutte contre la malnutrition en période de crise.
« Ce qui est très frappant quand on rencontre les agriculteurs, souligne Olivier Brault, c’est de voir que l’espoir renaît, et qu’ils comprennent qu’ils ont un partenaire qui est là pour eux et qui partage avec eux cette finalité essentielle de simplement pouvoir dignement exercer son métier, pour nourrir sa famille et contribuer au redressement de son pays. » Depuis le début de son programme agro-humanitaire, l’ordre de Malte a distribué à près de 5 000 agriculteurs plus de 10 millions de plants étalés sur 550 hectares dans le Nord, le Sud et la Békaa.
Olivier Brault découvrant le projet agro-humanitaire aux côtés de Marwan Sehnaoui, président de l’ordre de Malte Liban.
Une association visionnaire
Le séjour du représentant de la Fondation Bettencourt Schueller s’est ensuite articulé autour de visites témoignant de la restructuration de l’ordre de Malte, à travers notamment le centre médico-social de Aïn el-Remmaneh, agrandi et réhabilité pour répondre à une demande croissante, et la rencontre des équipes de l’association, dont le dynamisme et la motivation sont le véritable carburant de l’action de l’ordre. Ces rencontres ont permis à M. Brault de conclure que « l’ordre de Malte au Liban est une association fiable, solide, robuste, visionnaire, qui donne toutes les garanties qu’on peut souhaiter chez un partenaire lorsqu’on en est un donateur de loin. C’est absolument extraordinaire de mesurer le développement professionnel, la consolidation des méthodes que l’ordre de Malte a mises en place dans des délais incroyables, en se transformant profondément, prouvant sa capacité à assumer des projets d’une grande ampleur sans rien perdre de son esprit ».
C’est avec une grande émotion qu’Olivier Brault a clôturé sa visite au Liban par ces mots : « Le Liban me donne une leçon. J’ai vu à Beyrouth un peuple d’une extrême humilité, qui souffre plus qu’on peut l’imaginer quand on lit les journaux. Lire est une chose, et venir ici… ce n’est plus la tête qui parle, ce sont les yeux qui perçoivent directement les choses, les oreilles qui entendent les témoignages… Le peuple est dans un désarroi incroyable, il ne sait pas où il va, il ne sait pas comment il va faire face, la livre dégringole, les prix augmentent, il n’y a plus de travail, les jeunes partent… Et pourtant, le sourire est sur les visages, l’espérance n’a pas disparu. Je ressens une immense admiration pour ce peuple courageux. »


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