Jerome Powell, président de la Réserve fédérale américaine. Mandel Ngan/archives AFP
La Réserve fédérale américaine (Fed, banque centrale) espère encore pouvoir faire ralentir l’inflation sans provoquer de récession en procédant mercredi à une quatrième forte hausse de ses taux directeurs.
« Ils veulent essayer de réaliser ce qu’ils appellent un “atterrissage en douceur” en essayant d’éviter une récession », a commenté Julie Smith, professeure d’économie à l’université Lafayette d’Eaton, en Pennsylvanie. « La question est: peuvent-ils le faire ? C’est une question à laquelle il est difficile de répondre à ce stade », a-t-elle ajouté.
Les taux d’intérêt se trouvent actuellement dans une fourchette de 1,50 à 1,75 %. L’institution doit toutefois veiller à ce que ce ralentissement volontaire de l’activité économique ne soit pas trop fort, pour ne pas plomber, notamment, le marché du travail.
« Je pense qu’une légère récession », avec un chômage plus élevé que les 3,7 % prévus par la Fed pour 2022, « sera nécessaire pour briser cette spirale inflationniste », anticipe cependant l’ancien vice-président de la Fed Donald Kohn. « Mais l’incertitude est tellement énorme », a-t-il ajouté.
Quelle hausse ?
L’hypothèse d’une hausse de trois quarts de point (75 points de base), comme lors de la dernière réunion, mi-juin, semble faire l’unanimité. Il s’agissait alors du plus fort relèvement depuis 1994. « Je pense qu’ils augmenteront les taux de 75 points de base. Mais on peut toujours être surpris par la Fed », anticipe cependant Julie Smith.
Un des gouverneurs de l’institution, Christopher Waller, a récemment ouvert la porte à une hausse d’un point (100 points de base), ce qui serait du jamais-vu depuis les années 1980, lorsque l’ancien président de la Fed Paul Volcker se débattait contre une inflation à deux chiffres.
Les membres du comité monétaire « discuteront probablement » de cette hypothèse, selon Julie Smith, « simplement parce que les chiffres de l’inflation restent très mauvais aux États-Unis ».
Cependant, estime-t-elle, « les autres signes (...) indiquent que les augmentations de taux précédentes ont très probablement commencé à fonctionner, au moins pour ralentir la demande (sur) le marché du logement ».
Le marché immobilier, en effet, a fortement ralenti à cause des prix exorbitants des biens et des taux d’intérêt qui grimpent. Mais les salariés ont toujours l’embarras du choix parmi les milliers d’offres d’emploi qui ne trouvent pas preneurs. Et la consommation se maintient, bien que le montant des ventes soit gonflé par l’inflation.
Marge de manœuvre
« Les données économiques récentes soutiennent une hausse des taux de 75 points de base, bien qu’une augmentation des taux de 100 points de base puisse être envisagée », abonde Kathy Bostjancic, chef économiste pour Oxford Economics, dans une note.
La santé du marché du travail et de la consommation offre à la Fed « la marge de manœuvre nécessaire pour continuer à relever rapidement le taux directeur », estime-t-elle. Et les possibilités de réussir un « atterrissage en douceur » s’amenuisent « à mesure que les probabilités de récession augmentent », avertit encore l’économiste.
Y parvenir demandera « des compétences et de la chance », a récemment souligné la secrétaire au Trésor Janet Yellen, qui estime cependant que l’économie américaine est en suffisamment bonne santé pour échapper à la récession. Face aux prix de l’alimentation, des logements ou encore des voitures, qui ne cessent de grimper aux États-Unis, la Fed relève progressivement ses taux directeurs depuis le mois de mars.
Alors que l’inflation s’est encore accélérée en juin, atteignant 9,1 % sur un an, cela vise à rendre le crédit plus onéreux pour les ménages et entreprises afin de ralentir la consommation et, in fine, desserrer la pression sur les prix.
Source : AFP

