De gauche à droite : le roi Abdallah de Jordanie, le président américain Joe Biden et le prince héritier saoudien Mohammad ben Salmane lors du sommet de Djeddah, le 16 juillet 2022. Youssef Allan/AFP
Le Liban, qui n’a pas été convié au sommet américano-arabe tenu le week-end dernier à Djeddah, n’était pourtant pas totalement absent de la déclaration finale approuvée par les participants, notamment les pays du Conseil de coopération du Golfe, en plus de l’Égypte, l’Irak et la Jordanie. Si la présence du Liban officiel, de plus en plus marginalisé par la communauté internationale, n’était visiblement ni indispensable ni même souhaitée, la nécessité de continuer à soutenir ses institutions militaires et sécuritaires capables de réhabiliter un tant soit peu sa souveraineté est revenue comme un leitmotiv lors de ce sommet.
Placée sous le thème de « la sécurité conjointe et du développement », cette rencontre, survenue après une escale en Israël du président américain Joe Biden qui a tenu des propos virulents à l’encontre de l’Iran, ne pouvait tolérer un acteur comme le Liban qui gravite dans le giron iranien. À l’inverse des pays partenaires des États-Unis, comme la Jordanie, l’Égypte, voire l’Irak qui a su dans une large mesure maintenir son rôle d’équilibriste entre les deux axes iranien et occidental, le Liban officiel ne trouvait pas sa place au sein de cette assemblée. D’abord du fait que l’une des ambitions américaines était la possibilité d’envisager la création d’une « OTAN régionale » qui inclurait, outre les pays arabes, Israël, ce qui était impossible à conjuguer avec un Liban sous l’emprise du Hezbollah. Ensuite, parce que la question de la normalisation israélo-saoudienne était à l’ordre du jour, même si celle-ci n’a finalement pas abouti à une prise de position avancée notamment de la part de Riyad.
D’ailleurs, si le Liban devait être convié, note le politologue Karim Bitar, « il aurait fallu qu’il soit représenté par son ministre des Affaires étrangères (Abdallah Bou Habib) aux affiliations connues », à savoir le camp aouniste proche du Hezbollah. Protocolairement parlant, c’était au pays hôte, l’Arabie saoudite, que revenait la décision d’inviter les participants, même si les États-Unis ont probablement eu leur mot à dire. Une raison de plus pour ne pas convier un pays dont les relations avec le royaume sont tendues depuis des années. « Le Liban ne pouvait pas faire partie du lot pour qu’il ne soit pas mis dans l’embarras. Peut-être aussi dans l’intention de ne pas accorder une légitimité quelconque à l’équipe actuellement au pouvoir », décrypte Kassem Kassir, un expert des questions liées au Hezbollah. On apprenait d’ailleurs que c’est avec appréhension que le parti chiite attendait les résultats de ce sommet, dont les décisions et recommandations finales n’étaient en définitive pas aussi fermes qu’il le craignait. Ce fut le cas pour ce qui est d’une « alliance régionale » de type OTAN que le ministre saoudien des Affaires étrangères Fayçal ben Farhane a mise sur le compte des « rumeurs de presse », mais aussi en matière de normalisation avec Israël que Riyad a réduite à la simple ouverture de son espace aérien à « tous les transporteurs », y compris israéliens. Et d’assurer que cela n’est « en aucun cas un prélude à une quelconque étape » vers la normalisation. Pour rappel, le royaume n’a jamais adhéré aux accords d’Abraham négociés par les États-Unis en 2020, qui ont permis à l’État hébreu de normaliser ses relations avec Bahreïn et les Émirats arabes unis, assurant qu’il ne reconnaîtra Israël que dans le cadre d’un accord de paix avec les Palestiniens.
Soucieuses de ne pas susciter outre mesure le courroux de Téhéran et préférant faire prévaloir la diplomatie sur la confrontation, les monarchies du Golfe ainsi que l’Arabie saoudite ont choisi de tempérer leur propos à l’égard de la République islamique.
« La position contre l’Iran à l’issue de ce sommet était très équilibrée », commente Kassem Kassir.
Soutien à la souveraineté du Liban
Si les participants au sommet ont évité de désigner nommément le Hezbollah dans la clause du communiqué final relative au Liban, ils n’ont toutefois pas hésité à insister sur la souveraineté du pays, le monopole des armes par l’État libanais et le respect des résolutions internationales et de l’accord de Taëf. Dans un texte dont la paternité est attribuée à l’Arabie saoudite, qui aurait réussi par la suite à le faire avaliser par Washington, Joe Biden et le prince héritier saoudien Mohammad ben Salmane ont « affirmé leur soutien continu à la souveraineté, la sécurité et la stabilité du Liban, ainsi qu’à ses forces armées qui protègent ses frontières et résistent contre l’extrémisme violent et les groupes terroristes ». Le texte a par ailleurs salué les efforts d’aide à l’armée et aux Forces de sécurité intérieure fournis par les partenaires du Liban, une allusion aux dons régulièrement fournis par les États-Unis principalement, et plus récemment par le Qatar qui a versé à l’institution militaire la somme de 60 millions de dollars pour le versement de leurs salaires aux soldats. Autre fait à relever : l’appel lancé aux responsables libanais invités à respecter la Constitution et les délais pour ce qui est de l’élection présidentielle, prévue à partir du 31 août prochain. Une manière de rappeler que la communauté arabe et internationale ne tolérera pas de vide à la première magistrature.
Cette déclaration, qui n’a rien de particulièrement inédit dans le sens où elle ne fait que réitérer plusieurs autres prises de position exprimées par les monarchies du Golfe à différentes occasions, a toutefois l’avantage de rappeler que le Liban figure toujours parmi les préoccupations internationales et que ses moindres développements sont observés à la loupe. « Le Liban y est évoqué à travers les banalités des lieux communs d’usage. Rien de véritablement nouveau », estime M. Bitar. Des lieux communs que le Hezbollah a également relevés par le biais de son député Mohammad Raad, qui a évoqué, pour en minimiser l’importance, « une rhétorique qui ne sert pas à grand-chose ».
Pour Hassan Mneimné, chercheur au Washington Institute, cette déclaration est un léger signal positif à l’égard du Liban, mais à prendre à sa juste mesure. « Les États-Unis ont voulu soulever cette question pour essayer d’engranger une miniréalisation susceptible de couvrir l’échec de la visite du président Biden dans la région. Elle sert par ailleurs à contenter certains lobbyistes libanais à Washington », conclut le chercheur.




Le Liban est laissé pour compte . D’ailleurs à quoi servirait sa présence dans le cercles des « grands » puisqu’ils parlent, décident et planifient tout pour lui. ?
22 h 33, le 19 juillet 2022