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Sport - Alpinisme

Charles Dubouloz, virtuose de la montagne

L’escaladeur vient de réussir un périple engagé dans les Écrins, cinq mois après son exploit inédit aux Grandes Jorasses et à quelques mois d’une ascension inédite en Himalaya.

Charles Dubouloz, virtuose de la montagne

Pour s’entraîner à l’escalade, Charles Dubouloz gravit le rocher des Moillats qui surplombe le lac d’Annecy (France). Jeff Pachoud/AFP

Il grimpe avec ses tripes, mû par sa passion dévorante de la montagne, sur des faces raides et dangereuses, en jouant avec sa vie : Charles Dubouloz vient de réussir un périple engagé dans le massif des Écrins (Alpes françaises), cinq mois après son exploit inédit aux Grandes Jorasses (dans le massif alpin du Mont-Blanc) et à quelques mois d’une ascension inédite en Himalaya.

À 33 ans, Dubouloz est devenu un virtuose du grand alpinisme, celui qui se pratique à l’état pur, poussé à l’extrême pour accéder aux sommets par ses propres moyens : « C’est la ‘‘dépouille’’ la plus totale, on part le plus léger possible, on pèse chaque mousqueton », raconte celui qui s’est révélé au grand public en janvier. Le guide de haute montagne avait alors gravi en six jours la mythique et dangereuse face nord des Grandes Jorasses, seul et en hiver, ce qu’aucun autre alpiniste n’avait réussi avant lui. Cette fois, il s’est lancé dans un massif qu’il découvrait, celui des Écrins, enchaînant sans pause dix ascensions engagées en 13 jours, seul puis en cordée, après une intense et longue préparation.

Prendre de la hauteur

Près de chez lui, à Annecy, il a enquillé des sorties à vélo de plus de six heures par jour, du ski de randonnée, de la course à pied, du parapente et, bien sûr, de l’escalade, comme au rocher des Moillats auquel il adhère avec une facilité déconcertante.

« En alpinisme, il faut être bon nulle part et moyen dans toutes les situations. Ce n’est pas un sport à part entière, c’est plutôt une pratique qui regroupe plein de choses », soutient Charles Dubouloz, qui s’entraîne quotidiennement à « malmener » son corps. « J’ai conscience que je me défonce la santé autant qu’un gars qui se met trois cuites par semaine, honnêtement, je pense ! Les ‘‘doses’’ qu’on se met en permanence... On est sans arrêt en train de stresser notre corps, ne serait-ce que nos articulations, les gelures. Après, on essaie d’être dans un équilibre », souligne celui qui aime par-dessus tout être là-haut, au sommet de la montagne. « Et j’aime monter vite, me mettre une grosse décharge, j’adore la sensation que ça procure, assure-t-il. Et si on philosophe un peu plus, avec la montagne tu prends de la hauteur, il y a un vrai côté gratifiant. Sur une grande voie magnifique avec vachement de vide, tu as une dimension géniale unique. »

Dubouloz, toujours joyeux et accro à la cuisine d’un de ses compagnons d’entraînement, le chef doublement étoilé Jean Sulpice, a fait doucement ses classes dans la grande cour de l’alpinisme. En 2021, il a réussi l’ascension de la face nord des Petits Drus (massif du Mont-Blanc) avant d’ouvrir une nouvelle voie en duo avec Benjamin Védrines sur la face nord du Chamlang (7 319 m, au Népal) et d’être adoubé par ses pairs après sa performance dans les Grandes Jorasses, une prouesse qui lui permet aujourd’hui de ne faire que des projets en montagne.

Le danger omniprésent

« J’ai été hyper fier et flatté de mettre l’alpinisme, et l’alpinisme technique, sur le devant de la scène (...). Il ne faut pas se mentir, c’est pas du tout désagréable quand tous les gens te disent que c’est super ce que tu fais ! Mais il ne faut pas que ça devienne un moteur. Mes envies d’aller en montagne naissent de mes tripes. Je joue quand même avec ma vie, je n’ai pas envie de ne pas rentrer juste pour plaire à untel », confie le montagnard, qui compose constamment avec la peur. « La notion de danger est omniprésente. Tu ne peux pas faire de la montagne sans prendre de risques. Les gelures, je ne peux rien y faire, et si je vais à 7 000 m, j’accepte ça. Je ne suis pas un trompe-la-mort, mais le danger fait partie de la pratique, ce qui la rend aussi très belle et noble », relève l’alpiniste qui a perdu des amis en montagne. « Tu te dis : ‘‘Il a flingué sa vie juste pour sa passion de la montagne. Est-ce que ça en vaut la peine ?’’ Je n’ai pas spécialement de réponse, mais aujourd’hui, mon envie est tellement forte que j’y vais quand même », poursuit Charles Dubouloz.

Le grimpeur sait qu’à un moment il faudra dire stop à cette manière très engagée de pratiquer la montagne. Il se donne encore deux à trois ans de projets fabuleux. Il l’a même écrit dans un cahier pour se souvenir de cette résolution le moment venu. D’ici là, il s’attaquera en cordée cet automne à une face nord et raide complètement vierge au Jannu (7 710 m, au Népal). « Pour des gens créatifs, il reste plein de choses à faire », glisse-t-il.

Sabine COLPART/AFP

Il grimpe avec ses tripes, mû par sa passion dévorante de la montagne, sur des faces raides et dangereuses, en jouant avec sa vie : Charles Dubouloz vient de réussir un périple engagé dans le massif des Écrins (Alpes françaises), cinq mois après son exploit inédit aux Grandes Jorasses (dans le massif alpin du Mont-Blanc) et à quelques mois d’une ascension inédite en Himalaya.À 33 ans, Dubouloz est devenu un virtuose du grand alpinisme, celui qui se pratique à l’état pur, poussé à l’extrême pour accéder aux sommets par ses propres moyens : « C’est la ‘‘dépouille’’ la plus totale, on part le plus léger possible, on pèse chaque mousqueton », raconte celui qui s’est révélé au grand public en janvier. Le guide de haute montagne avait alors gravi en six jours la mythique et...
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