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Culture - Disparition

Peter Brook, le géant qui a changé à jamais la face du théâtre

Décédé samedi à l'âge de 97 ans, Peter Brook était avec Constantin Stanislavski le metteur en scène le plus influent du XXe siècle et à qui l'on doit le théâtre tel qu'on le connaît aujourd'hui.

Peter Brook, le géant qui a changé à jamais la face du théâtre

Peter Brook sur scène à Paris, le 31 août 2015. Bertrand Guay/AFP

Peter Brook n'est plus. Le maître aux yeux bleus d'acier, né en Grande-Bretagne dont il avait la nationalité bien qu'il ait mené une grande partie de sa carrière en France, a réinventé l'art de la scène en dépassant les formes traditionnelles et en revenant aux fondamentaux: un acteur face à son public.

Souvent comparé à Stanislavski (1863-1938) qui avait révolutionné le jeu d'acteur, Peter Brook est le théoricien de "l'espace vide", une sorte de bible pour le monde du théâtre, parue pour la première fois en 1968. "Je peux prendre n'importe quel espace vide et l'appeler une scène. Quelqu'un traverse cet espace vide pendant que quelqu'un d'autre l'observe, et c'est suffisant pour que l'acte théâtral soit amorcé": ces célèbres premières lignes deviendront un "manifeste" pour un théâtre alternatif et expérimental.

Sa pièce la plus connue est Le Mahabharata, épopée de neuf heures de la mythologie hindoue (1985), adaptée au cinéma en 1989. Il l'a créée en France, où il s'est installé dès le début des années 70 et où il fonde le "Centre international de recherche théâtrale", dans un théâtre à l'italienne sur le point d'être démoli, le Théâtre des Bouffes du Nord.

Libérer l'imagination

Né à Londres le 21 mars 1925, ce fils d'immigrés lituaniens juifs signe sa première mise en scène à 17 ans. S'il rêve de cinéma, il se dirige rapidement vers le théâtre. A 20 ans, diplômé d'Oxford, il est déjà metteur en scène professionnel et, deux ans plus tard, ses productions à Stratford-upon-Avon, ville natale de Shakespeare, déchaînent les passions. A 30 ans, il dirige déjà de gros succès à Broadway.

Pour la Royal Shakespeare Company (RSC), il met en scène de nombreux textes du "Barde", qui est pour lui "le filtre par lequel passe l'expérience de la vie". Son Marat/Sade fascine Londres et New York et lui vaut un Tony Award en 1966. Mais à la fin des années 60, après 40 succès théâtraux dans lesquels il a dirigé les plus grands, de Laurence Olivier à Orson Welles, Brook affirme avoir "épuisé les possibilités du théâtre conventionnel" et entre dans une période expérimentale.

Pour beaucoup, sa surprenante production de Songe d'une nuit d'été (1970) pour la RSC dans un gymnase en forme de cube blanc a été un tournant. Elle pousse l'actrice Helen Mirren à abandonner ses débuts de carrière grand public pour rejoindre sa compagnie naissante à Paris où, dès le départ, il aspire à travailler avec des acteurs de différentes cultures.

En quête incessante d'authenticité, il part en Afrique, en Iran ou aux États-Unis et y mène des travaux expérimentaux axés sur le "déconditionnement" de l'acteur et le rapport au spectateur. Il rapporte de ses voyages des spectacles d'anthologie tels que Les Iks (1975), La Conférence des oiseaux (1979) ou Le Mahabharata. Au fil des créations, (Timon d'Athènes (1974), Mesure pour Mesure (1978), La Cerisaie (1981), La Tempête (1990), L'Homme qui (1993), Hamlet (2000) ou 11 and 12 (2009), il se forge un style de plus en plus pur, et dépouillé.

Rester créatif

En 1997, lorsqu'il triomphe au Royaume-Uni avec Oh les beaux jours de Samuel Beckett, les critiques le saluent comme "le meilleur metteur en scène que Londres n'a pas". Après une aventure de plus de 35 ans aux Bouffes du Nord, Peter Brook quitte la direction du théâtre en 2010, à 85 ans, tout en continuant d'y monter des mises en scène.

"Toute ma vie, la seule chose qui a compté, et c'est pour cela que je travaille dans le théâtre, c'est ce qui vit directement dans le présent", dit-il alors.

Le charismatique metteur en scène a été ébranlé en 2015 par le décès de son épouse, la comédienne Natasha Parry. "On tente de négocier avec le destin en lui disant: +Ramenez-la juste pour 30 secondes..."

Outre des pièces de théâtre, il a mis en scène plusieurs opéras comme "La Flûte enchantée" et réalisé une douzaine de films dont "Moderato Cantabile" (1960) et "Sa majesté des mouches" (1963), tous deux adaptés de romans. Outre sa fidèle collaboratrice Marie-Hélène Estienne, il laisse derrière lui deux enfants, le réalisateur Simon Brook et la metteure en scène de théâtre Irina Brook dont la première pièce, Une bête sur la lune, de Kalinoski, présentée à Beyrouth en 1999, reste un moment lumineux dans les annales des œuvres dramaturgique étrangères importées au pays du Cèdre, avant d'y retourner en 2019 avec son Don Juan et les clowns.


Peter Brook n'est plus. Le maître aux yeux bleus d'acier, né en Grande-Bretagne dont il avait la nationalité bien qu'il ait mené une grande partie de sa carrière en France, a réinventé l'art de la scène en dépassant les formes traditionnelles et en revenant aux fondamentaux: un acteur face à son public. Souvent comparé à Stanislavski (1863-1938) qui avait révolutionné le jeu...

commentaires (2)

Bonjour OLJ correction : Dom Juan et les Clowns ( que j’ai produit au MONNOT) est de sa fille Irina Brooks

Josyane Boulos

16 h 29, le 03 juillet 2022

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Commentaires (2)

  • Bonjour OLJ correction : Dom Juan et les Clowns ( que j’ai produit au MONNOT) est de sa fille Irina Brooks

    Josyane Boulos

    16 h 29, le 03 juillet 2022

  • 97 ans... la jeunesse dans le coeur et dans l'âme. Il ferme les yeux sur terre pour lever les rideaux au paradis...

    Wlek Sanferlou

    14 h 28, le 03 juillet 2022

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