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Lifestyle - Expositions

La richesse de la mode africaine célébrée au musée V&A de Londres

Au Fashion Institute of Technology de New York, Dior dialogue avec Balenciaga jusqu’au 6 novembre.

La richesse de la mode africaine célébrée au musée V&A de Londres

L’exposition « Dior-Balenciaga : les rois de la couture et leurs héritages » au musée du Fashion Institute of Technology de New York fait dialoguer les créations des deux couturiers phares du XXe siècle. Timothy A. Clary/AFP

Le musée londonien V&A célèbre à partir de samedi la mode africaine, dans sa première grande exposition consacrée à l’infinie créativité des stylistes du continent noir. « Nous voulions célébrer l’incroyable scène de la mode africaine aujourd’hui », explique Elizabeth Murray, qui a participé à la conception de l’exposition. « Évidemment, c’est impossible de résumer un continent de la mode, donc le but de l’exposition est vraiment de donner un aperçu du glamour et de la politique de la scène de la mode (africaine) », poursuit-elle.

Créé en 1852, à une époque où le Royaume-Uni étendait son empire, le V&A Museum est dédié à l’art et au design. Mais, fait remarquer la conservatrice Christine Checinska, « la créativité africaine a été grandement exclue ou mal représentée en raison de la division historique entre les musées d’art et d’ethnographie qui résulte de nos racines coloniales et de principes racistes ancrés ». Ces dernières années, les mouvements antiracistes, dont Black Lives Matter, ont poussé le Royaume-Uni à réfléchir sur le rapport à son passé colonial, des collections de ses musées aux statues et monuments. « Africa Fashion » est la plus vaste exposition jamais consacrée à la mode africaine au Royaume-Uni. Elle s’ouvre avec l’ère de l’indépendance, des années de libération et de grandes transformations politiques, sociales et culturelles.

Le styliste marocain Artsi Ifrach posant près de la pièce qu’il a spécialement créée pour l’exposition « Africa Fashion », un trench-coat typique de la garde-robe britannique et transformé en une burqa dorée et surdimensionnée. Carlos Jasso/AFP

Vêtement politique

S’habiller peut être un acte politique, à l’exemple du Premier ministre du Ghana Kwame Nkrumah qui, en 1957, s’affiche en pagne en kenté, tissu traditionnel coloré et épais. Juste après avoir annoncé l’indépendance du pays, il délaisse ainsi le costume européen dans un geste symbolique. Aujourd’hui encore, le choix de porter telle couleur ou tel motif revêt des significations précises.

Aso oke, ankara, bogolan... un large éventail de tissus est produit sur le continent africain avec des matériaux et des techniques très divers. Comme l’a dit un jour le sculpteur El Anatsui, en écho à l’artiste Sonya Clark : « Le tissu est à l’Africain ce que les monuments sont aux Occidentaux. » Des étoffes qui sont réinventées au goût du jour à l’image de l’adire, un tissu teint à l’indigo traditionnellement produit dans le sud-ouest du Nigeria et aujourd’hui popularisé par des marques telles que Maki Oh, Lagos Space Programme et Orange Culture.

Sur deux niveaux se côtoient les créations de stylistes emblématiques du milieu du XXe siècle, dont le Nigérien Alphadi, le Malien Chris Seydou ou la Nigériane Shade Thomas-Fahm, aux côtés de créateurs contemporains comme la Nigériane Bubu Ogisi, dont la marque Iamisigo met à l’honneur tissus et techniques issus du continent. L’esthétique minimaliste des marques Katush, basée au Kenya, ou Moshions au Rwanda, contredit les présupposés d’une mode africaine qui déborderait de couleurs et de motifs.

Dans ce catalogue très éclectique, « il y a un lien qui relie tout cela, c’est la passion de la culture », dit le styliste marocain Artsi Ifrach. « L’idée est de provoquer les souvenirs des gens (...) de leur faire ressentir quelque chose », ajoute le créateur. Pari réussi avec la pièce qu’il a spécialement réalisée pour l’exposition, conçue à partir d’un trench-coat typique de la garde-robe britannique et transformé en une burqa dorée et surdimensionnée.

« Africa Fashion », qui sera inaugurée samedi au musée V&A de Londres, est la plus vaste exposition jamais consacrée à la mode africaine au Royaume-Uni. Carlos Jasso/AFP

Couturiers phares

Un dialogue de maîtres, deux styles qui se chevauchent parfois et voulaient laisser derrière eux les ravages de la Seconde Guerre mondiale (1939-1945) : dans sa nouvelle exposition, le musée du Fashion Institute of Technology (MFIT) de New York fait dialoguer Dior et Balenciaga, couturiers phares du XXe siècle.

Christian Dior (1905-1957), né en Normandie, et Cristobal Balenciaga (1895-1972), originaire du Pays basque espagnol, n’avaient probablement guère de contacts entre eux, même s’ils avaient le même âge – 42 ans – quand ils ont lancé leur première collection, et même si ces deux Parisiens d’adoption ont participé l’un et l’autre à la relance française d’après-guerre. Mais « ils parlaient la même langue, vivaient à la même époque et avaient pratiquement la même clientèle », ils devaient donc s’assurer « qu’ils créaient des vêtements qui allaient plaire » à une population aisée en France et surtout aux États-Unis, explique Patricia Mears, commissaire de l’exposition « Dior-Balenciaga : les rois de la couture et leurs héritages », ouverte début juin et qui demeurera au MFIT jusqu’au 6 novembre. La clientèle avait « faim de beauté, de luxe, et avait besoin d’oublier le traumatisme » de la guerre, assure Mme Mears, qui est également directrice adjointe du musée de cette prestigieuse université de la mode.

À travers une soixantaine de tenues, scrutées dans leur forme et dans leur excellence, l’exposition revisite le travail des deux monstres sacrés. « Mon objectif n’est pas seulement de montrer le travail de ces deux créateurs, mais de les juxtaposer et de poser des questions : quelles sont les différences et les similitudes ? » explique Patricia Mears. Au premier coup d’œil, difficile de distinguer qui a dessiné cette robe ou ce costume. Les pièces sont donc exposées en duo, côte à côte, pour mettre au jour similarités et différences. Ainsi, les deux robes de soirée qui ouvrent l’exposition ont la même couleur beige, une texture identique en soie et un corsage ajusté qui se termine par une jupe volumineuse. Dior y parvient avec une sorte de corset et obtient le volume avec plusieurs couches de tissu en dessous. Balenciaga, que Dior appelait « notre maître à tous », joue avec les fronces pour donner la forme désirée. Quand la première pièce pèse cinq kilos, celle du créateur basque n’en pèse qu’un. Le travail de Dior était axé sur la sensualité et la finition, mais il a aussi modernisé les formes corsetées de la Belle Époque (années 1870 à 1914, à la veille de la Première Guerre mondiale de 1914-1918).

Pour illustrer l’impact des deux maîtres Dior et Balenciaga, l’exposition présente aussi des créations d’autres couturiers qu’ils ont inspirés ou des directeurs artistiques successifs des maisons qu’ils ont fondées : de Saint Laurent à Galliano en passant par Givenchy et Cardin, et de Maria Grazia Chiuri à Nicolas Ghesquière. Timothy A. Clary/AFP

Balenciaga, né dans un modeste village de pêcheurs du Pays basque, était, lui, tout simplement considéré comme le plus grand couturier du monde. « Quand vous commencez à entraîner votre œil, vous commencez à trouver des indices subtils comme plus de structure chez Dior ou plus de fluidité par moments dans le travail de Balenciaga », explique la commissaire de l’exposition. Pour illustrer l’impact des deux maîtres, un tiers de l’exposition présente des créations d’autres couturiers qu’ils ont inspirés ou des directeurs artistiques successifs des maisons qu’ils ont fondées comme Yves Saint Laurent (1957-1960), John Galliano (1996-2011) et Maria Grazia Chiuri (depuis 2016) chez Dior, ou Nicolas Ghesquière (1997-2012) chez Balenciaga.

Source : AFP


Le musée londonien V&A célèbre à partir de samedi la mode africaine, dans sa première grande exposition consacrée à l’infinie créativité des stylistes du continent noir. « Nous voulions célébrer l’incroyable scène de la mode africaine aujourd’hui », explique Elizabeth Murray, qui a participé à la conception de l’exposition. « Évidemment, c’est...

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