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Politique - Portrait

Ramy Finge, le discret bourreau de travail de Tripoli

Le nouveau député s’était fait connaître durant le mouvement de contestation dans sa ville.

Ramy Finge, le discret bourreau de travail de Tripoli

Le député fraîchement élu de Tripoli Ramy Finge. Photo fournie par Ramy Finge

À l’issue du décompte des voix, après les élections du 15 mai, plusieurs candidats de l’opposition qui avaient été sous les feux de la rampe pendant la campagne ont décroché un siège au Parlement. Ramy Finge, qui a obtenu un siège sunnite dans la circonscription Liban-Nord II, faisait partie des candidats du mouvement de contestation élus, mais, contrairement à d’autres, il n’était pas connu avant le scrutin – du moins pas en dehors de Tripoli.

Parce que dans sa ville, Ramy Finge est considéré comme un acteur-clé de la société civile et du mouvement de contestation du 17 octobre 2019. « Le 17 octobre, nous avons surmonté les divisions entre quartiers et communautés religieuses, jusqu’à devenir une seule famille libanaise, ce qui nous manquait pendant la guerre civile », explique-t-il à L’Orient Today.

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Comme beaucoup d’autres membres du nouveau Parlement, Ramy Finge, qui est né en 1965, a grandi pendant la guerre civile. « C’était une expérience affreuse », se souvient-il. C’est à cette période que son engagement dans la société civile a démarré. Il s’est porté volontaire auprès de la Croix-Rouge et s’est impliqué dans la société civile locale. Toutefois, précise-t-il, il n’a jamais « intégré un parti politique ou été partisan d’un leader », ayant « toujours été indépendant ». C’est cela qui l’a « rapproché de ceux qui, dans d’autres régions, menaient les mêmes luttes que (lui), indépendamment de leur origine religieuse », à une époque où « les dirigeants politiques sectaires approfondissaient les clivages. » Ramy Finge organise régulièrement des concerts de Noël interconfessionnels à Tripoli.

Des études de dentiste

Après avoir décroché son diplôme de dentiste de l’Université libanaise en 1992, Ramy Finge poursuit ses études en France, à l’Université de Montpellier. Son diplôme d’orthodontie en poche, il retourne au Liban en 1995. Il ouvre alors un cabinet dentaire à Tripoli et continue d’être actif dans la société civile par le biais de la Croix-Rouge et de projets des Nations unies, tout en œuvrant à réconcilier les quartiers autrefois en guerre de Bab el-Tabbané et de Jabal Mohsen et à fournir une aide aux réfugiés syriens dans la Békaa.

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« Il a la réputation d’être non seulement actif dans la société civile, mais il tend aussi la main aux plus démunis de la société tripolitaine », explique Jean-Baptiste Allegrini, doctorant en sciences politiques à la University College London. Lui a rencontré Ramy Finge pour la première fois en 2018 alors qu’il effectuait des recherches sur la gouvernance locale et la dynamique du clientélisme à Tripoli. Le dentiste l’a aidé à se familiariser avec plusieurs cercles de la société tripolitaine.

La « Cuisine de la révolution »

Le Dr Finge était très actif dans le mouvement de contestation à Tripoli – il a notamment lancé une soupe populaire appelée « Cuisine de la révolution ». Un engagement qui lui a valu des ennuis avec les autorités. En février 2021, après avoir distribué de la nourriture lors d’une manifestation sur la place al-Nour à Tripoli, il est convoqué par les Forces de sécurité intérieure (FSI). « Je leur ai dit que j’avais une autorisation écrite de l’armée, raconte Ramy Finge. Ils ont pu s’assurer que tout était conforme à la loi. » Il pense qu’il s’agissait d’une forme de pression de la part des groupes politiques de Tripoli : « C’était peut-être pour intimider les révolutionnaires. Mais cette stratégie n’a pas fonctionné et ne fonctionnera jamais. »

L’incident lui a cependant conféré une certaine notoriété qui lui a servi lorsqu’il s’est présenté aux élections législatives. « Je pense que la révolution lui a probablement conféré un statut qu’il n’avait pas auparavant », estime Jean-Baptiste Allegrini.

Pour Ramy Finge, présenter sa candidature au Parlement était une étape naturelle de son activisme antiestablishment lors de la thaoura (révolution) du 17 octobre. Il avait trouvé un terrain d’entente avec Camille Mourani (Bloc national) qui dirigeait la liste qu’il a rejointe.

L’absence du courant du Futur

Ramy Finge n’est pas le seul nouveau venu aux élections à Tripoli, où l’absence du courant du Futur de Saad Hariri – du moins à titre officiel, puisque d’anciens membres haririens ont présenté une liste malgré le boycott du parti – a ouvert la porte aux nouvelles figures et a entraîné des changements importants dans le Parlement. Un seul député sortant – Mohammad Kabbara, qui s’était auparavant rallié au courant du Futur – a été réélu à Tripoli.

Jean-Baptiste Allegrini pense que le retrait de Hariri a créé un espace pour des candidats comme Ramy Finge, sachant que sa liste, soutenue par le Bloc national, a pu profiter de cette ouverture parce qu’elle était plus organisée et plus sérieuse en termes de programme que beaucoup d’autres. Il ajoute que la colère et le mécontentement à Tripoli contre la classe politique ont rendu cette victoire possible, en plus de la réputation de Finge. Le score du nouveau député est tout à fait honorable, comparable à celui de Kabbara (5 009 voix contre 5 023), observe-t-il encore.

Racha Bissar, une habitante de Tripoli, affirme connaître Ramy Finge depuis des années – il était même son dentiste lorsqu’elle était enfant. Elle a voté pour lui parce que, dit-elle, « je sais que c’est quelqu’un de bien et propre... Je sentais que je pouvais voter pour lui en toute conscience ». Bien qu’elle ait personnellement confiance en M. Finge, Racha Bissar tempère : « J’aurais aimé que sa liste ait un plan plus clair ou une feuille de route pour sortir le pays de la crise. Je pense qu’il manque d’expérience politique, mais j’espère qu’il pourra apprendre sur le tas, auprès de députés indépendants plus expérimentés. »

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Ramy Finge précise que ses priorités au Parlement comprennent l’octroi de prérogatives plus vastes aux autorités locales « dans les secteurs financier et bureaucratique », ainsi que l’élimination du confessionnalisme et la mise en œuvre de l’article 95 de la Constitution, ajouté après l’accord de Taëf, qui mettrait fin aux quotas et à la répartition confessionnelle dans les postes politiques et les services publics.

Seule coalition avec les députés de la contestation

Le député affirme vouloir restituer l’argent des déposants, mais il se dit contre l’idée de la mise en garantie des actifs de l’État sous la forme d’un fonds souverain. « Bien sûr, notre souci est d’empêcher la vente des dépôts ou de l’or de l’État, dit-il. Nous voulons les conserver car ils sont ce qui reste des infrastructures du pays. »

Aux rumeurs sur une coalition avec Achraf Rifi, un autre député fraîchement élu, qui fut ministre et chef des Forces de sécurité intérieure, il répond qu’il fait résolument partie du groupe des 13 députés affiliés au mouvement de contestation au Parlement : « Nous nous ressemblons et nous travaillons ensemble. »

Quant aux photos qui ont circulé sur les réseaux sociaux le montrant lors d’une réunion avec les députés Rifi, Kabbara et Ihab Matar (un autre élu sur une liste appuyée par le Jamaa islamiya), le Dr Finge explique que les députés élus avaient tous répondu à une invitation à prendre part à la prière du vendredi dans une mosquée locale.

Quant à savoir où le nouvel élu se situera politiquement dans le nouveau Parlement, Jean-Baptiste Allegrini dit l’imaginer « plutôt progressiste ». « Je ne sais pas à quel point il est partisan d’un État laïc. Et je ne suis pas sûr qu’il souhaite un État totalement laïc, mais je pense qu’il est beaucoup plus progressiste que de nombreux autres députés », dit-il.

(Cet article a été originellement publié an anglais sur le site de L’Orient Today le 14 juin 2022).


À l’issue du décompte des voix, après les élections du 15 mai, plusieurs candidats de l’opposition qui avaient été sous les feux de la rampe pendant la campagne ont décroché un siège au Parlement. Ramy Finge, qui a obtenu un siège sunnite dans la circonscription Liban-Nord II, faisait partie des candidats du mouvement de contestation élus, mais, contrairement à d’autres, il...

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Belle figure issue du mouvement du 17 octobre.

Michel Trad

00 h 58, le 23 juin 2022

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Commentaires (1)

  • Belle figure issue du mouvement du 17 octobre.

    Michel Trad

    00 h 58, le 23 juin 2022

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