Le président turc Recep Tayyip Erdogan. Photo d’archives AFP
La mesure était discutée dans le pays depuis plusieurs mois, après que le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a exprimé fin 2021 sa volonté de changer le nom officiel du pays internationalement reconnu en anglais (Turkey) par le nom turc, « Türkiye ». Jeudi, l’Organisation des Nations unies a officialisé le changement de nom, ayant pris effet immédiatement après la réception, mercredi, au siège de l’ONU à New York d’un courriel d’Ankara. « Le processus que nous avons entamé sous la direction de notre président Recep Tayyip Erdogan pour accroître la valeur de marque de notre pays touche à sa fin. Avec la lettre que j’ai envoyée aujourd’hui au secrétaire général de l’ONU, nous enregistrons le nom de notre pays en langues étrangères à l’ONU sous le nom de “Türkiye” », avait déclaré mardi sur son compte Twitter le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Cavusoglu.
Dès décembre dernier, le reis turc avait poussé pour l’adoption officielle à l’international du nom « Türkiye », déclarant à l’époque qu’il était « la meilleure représentation et expression de la culture, de la civilisation et des valeurs du peuple turc ».
À un an de la commémoration du centenaire de la République de Turquie, proclamée le 29 octobre 1923, Recep Tayyip Erdogan cherche à revendiquer l’héritage de Mustafa Kemal Atatürk, son fondateur. « Le changement de nom de l’Empire ottoman à la Turquie s’est produit lors de l’occupation de la capitale ottomane par les Alliés après la Première Guerre mondiale, observe Mustafa Aksakal, professeur d’histoire à l’université Georgetown de Washington. Alors qu’Istanbul était occupée, Mustafa Kemal Pacha, un héros de la Première Guerre mondiale, a organisé un mouvement de résistance et a choisi Ankara comme centre. C’est à Ankara qu’il a établi un nouveau Parlement et un nouveau gouvernement en avril 1920, la Grande Assemblée nationale, qui existe encore aujourd’hui. »
Au-delà de l’argument historique, le président turc voit dans le changement de nom du pays à l’international un moyen de redorer le prestige et l’image de la Turquie, et par la même occasion la sienne. Alors que la crise économique et l’inflation sont au cœur des débats dans le pays, certains observateurs suggèrent que les élections générales prévues en juin 2023 menacent de coûter la réélection du leader au pouvoir depuis près de 20 ans. « Il s’agit d’une tentative de montrer au public turc et aux Turcs vivant en Allemagne et dans d’autres pays d’Europe occidentale qu’Erdogan a le pouvoir d’affirmer sa volonté au-delà des frontières politiques du pays, poursuit Mustafa Aksakal. S’il peut sembler idiot à certains, le changement de nom place Erdogan dans le rôle du protecteur et de la sauvegarde du respect international dont jouit le pays ». Fin décembre, le reis avait alors déclaré que « Türkiye est accepté comme une marque ombrelle pour notre pays dans les lieux nationaux et internationaux », avant de demander à ce que les produits exportés portent le label « Made in Türkiye ».
Une troisième raison, suggérée par le radiodiffuseur public TRT, qui s’est empressé de procéder au changement de nom, relèverait de la fierté… Le pouvoir turc aurait souhaité changer d’image à cause de la double signification du nom du pays en langue anglaise, « Turkey », désignant également la dinde. « Dans de nombreuses langues, l’oiseau porte le nom d’un lieu d’origine, souvent Inde ou Indien ou de l’Inde (en turc, en français, par exemple), note Mustafa Aksakal. Dans la langue anglaise, il se trouve que c’est Turkey. Cette confusion provient du fait que l’oiseau est originaire du Nouveau Monde et que, par conséquent, lorsqu’il a commencé à apparaître dans d’autres parties du monde au XVIe siècle, les vendeurs/acheteurs ont cherché à le faire remonter à des origines plus familières. »



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22 h 09, le 04 juin 2022