Critiques littéraires Dictionnaire

Franceschi et « l’âme corse »

Patrice Franceschi, baroudeur, marin, écrivain, est avant tout corse. Il signe aujourd’hui un Dictionnaire amoureux consacré à son île, plus littéraire qu’historique et politique, une invitation à prendre le maquis en sa compagnie.

Franceschi et « l’âme corse »

D.R.

Dictionnaire amoureux de la Corse de Patrice Franceschi, Plon, 2022, 540 p.

Dès l’abord, profitant de la totale liberté, fond et forme, volume, ton, que laisse à ses auteurs la belle collection des éditons Plon « Dictionnaire amoureux », Patrice Franceschi prévient : qu’on ne cherche pas ici de politique, d’économie, de commerce, de tourisme (ou alors pour s’en plaindre), et peu d’histoire, somme toute. Notre baroudeur leur a préféré la poésie, la nature, les hommes, surtout ceux de sa famille, originaire de Pancheraccia, en basse-montagne, entre Aléria et Corte. Un petit village somnolent, comme il y en a tant d’autres en Corse, et un peu partout en Méditerranée, Liban y compris. Avec ses ancêtres révérés, ses anciens respectés, ses jeunes partis, hélas, ailleurs. Sur « le continent », comme disent les Corses, cette France avec laquelle, depuis la vente de leur île par les Génois à la monarchie finissante, en 1768, ils entretiennent des rapports complexes, ambigus, clivés. Encore un point commun avec le Liban, la diaspora corse est une des plus anciennes, des plus nombreuses (proportionnellement à la population demeurée au pays, soit 300 000 habitants), des plus dynamiques au monde. L’île a donné à la France quelques grands patriotes, dont le plus illustre de tous, Napoléon Bonaparte, né français à un an près, en 1769, mais aussi des assassins tueurs d’un préfet de la République, que les séparatistes tentent de faire passer pour des martyrs de la cause indépendantiste. Franceschi esquive ce sujet qui fâche, mais on se doute de quel côté son cœur penche : n’a-t-il pas recopié, dans l’une de ses entrées, la liste de tous les morts pour la France des deux guerres mondiales, dans les quatre villages autour du sien ?

Il aime bien les listes d’ailleurs, que ce soient celles d’ex-voto, des blagues de Dumè, le Toto local, des écrivains corses et non corses qui ont écrit sur la Corse, ou encore de tous les vins du terroir. Notre homme est un épicurien gentiment chauvin, qui célèbre aussi bien la charcuterie, coppa et lunzu (« la meilleure du monde », bien sûr), que les polyphonies (avec le groupe historique I Muvrini, « Les Mouflons », des frères Bernardini), ou encore la fameuse « langue » corse. En fait, force est de reconnaître qu’il s’agit à l’origine d’un dialecte hérité du latin, comme l’italien et le français (obligatoire depuis 1852 dans l’île, laquelle est une région de la République comme toutes les autres, avec ses deux départements), composé à 90% de toscan. La ville de Gênes, on l’a dit, a dominé et possédé l’île durant des siècles. L’histoire est imparable, n’en déplaise aux idéologues et démagogues d’aujourd’hui, qui ont investi le pouvoir local.

Parmi ses grands hommes, Patrice Franceschi célèbre bizarrement Pascal Paoli, un patriote certes, mais dont toute la carrière fut un échec absolu, et qui finit par passer aux Anglais, par haine de la Révolution française et de Bonaparte. Logiquement, Tino Rossi, bien oublié aujourd’hui, mais qui fut l’immortel interprète de Petit Papa Noël, la chanson la plus vendue au monde. Le philosophe romain Sénèque, exilé en Corse, de 41 à 49 après Jésus-Christ, par l’empereur Claude, sans doute à Aléria. Ou encore Jean-Baptiste Ferracci, combattant antifasciste qui, dès 1938 et pressentant l’horreur à venir, a déclaré : « la Corse s’est donnée à la France. » Une noble façon de célébrer ce lien indissoluble, pour la grande majorité du peuple corse. Patrice Franceschi lui appartient, et il a tenté, dans son Dictionnaire amoureux, d’en exprimer l’âme. Mission accomplie.

Dictionnaire amoureux de la Corse de Patrice Franceschi, Plon, 2022, 540 p.Dès l’abord, profitant de la totale liberté, fond et forme, volume, ton, que laisse à ses auteurs la belle collection des éditons Plon « Dictionnaire amoureux », Patrice Franceschi prévient : qu’on ne cherche pas ici de politique, d’économie, de commerce, de tourisme (ou alors pour s’en plaindre), et...
commentaires (1)

Dictionnaire pas encore lu, alors je m'abstiendrai de tout jugement sur l'ouvrage. Sur l'auteur, il aurait pu vivre une vie de "fils de" puisqu'il est le fils du général de corps d'armée Michel FRANCESCHI, bien connu dans les armées françaises à l'époque où il était en service actif, et encore maintenant au regard de ses prises de position contre les nationalistes. Patrice FRANCESCHI a vécu sa propre vie, a prouvé ses mérites éminents par ses propres actions. Se faire un nom, comme son père l'a fait, est difficile. Se faire un prénom, avec un ancêtre direct si prestigieux, est encore plus dur. Et pourtant, il l'a fait. Ce dictionnaire n'est pas un premier livre. Il fait suite à une trentaine d'ouvrages qui l'ont précédé. La lecture de l'article ne surprend pas. Les prises de position de l'auteur comme de sa famille sont connues. Il reste que, dans ce monde aseptisé où nous vivons, c'est l'un des derniers aventuriers de qualité qui restent à la France. Un de ceux que l'on achète pas. Une raison de plus pour acquérir et parcourir son "Dictionnaire". Car celui-là nous avons le droit de l'acheter...

CODANI Didier

15 h 46, le 02 juin 2022

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Commentaires (1)

  • Dictionnaire pas encore lu, alors je m'abstiendrai de tout jugement sur l'ouvrage. Sur l'auteur, il aurait pu vivre une vie de "fils de" puisqu'il est le fils du général de corps d'armée Michel FRANCESCHI, bien connu dans les armées françaises à l'époque où il était en service actif, et encore maintenant au regard de ses prises de position contre les nationalistes. Patrice FRANCESCHI a vécu sa propre vie, a prouvé ses mérites éminents par ses propres actions. Se faire un nom, comme son père l'a fait, est difficile. Se faire un prénom, avec un ancêtre direct si prestigieux, est encore plus dur. Et pourtant, il l'a fait. Ce dictionnaire n'est pas un premier livre. Il fait suite à une trentaine d'ouvrages qui l'ont précédé. La lecture de l'article ne surprend pas. Les prises de position de l'auteur comme de sa famille sont connues. Il reste que, dans ce monde aseptisé où nous vivons, c'est l'un des derniers aventuriers de qualité qui restent à la France. Un de ceux que l'on achète pas. Une raison de plus pour acquérir et parcourir son "Dictionnaire". Car celui-là nous avons le droit de l'acheter...

    CODANI Didier

    15 h 46, le 02 juin 2022

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