Édito Édito

Exclusions


On a beaucoup commenté les résultats des élections de 2022 qui ont déjoué les pronostics et qui, somme toute, ont permis un meilleur équilibre au sein du Législatif, avec notamment l'arrivée d'une poignée de braves révolutionnaires qui auront réussi à surmonter les désunions pour pénétrer démocratiquement au Parlement dont ils avaient vainement tenté de forcer les portes au prix de blessures graves causées par les gardiens mêmes de ce « temple de la démocratie » – encore impunis à ce jour.

Toutefois, trois phénomènes préoccupants méritent qu'on s'y attarde :

D'abord, la mise à l'écart d'une bonne partie de notre jeunesse, bannie des urnes sous prétexte qu'elle n'a pas atteint l'âge requis (21 ans) alors que la majorité légale est fixée depuis longtemps à 18 ans. En privant ces jeunes de leur droit civique le plus élémentaire, on les infantilise, on les marginalise, on les encourage à l'exil puisqu'ils ne se considèrent pas comme des citoyens à part entière à cause d'une loi électorale bancale dont le mode de scrutin mène d'ailleurs à des injustices déraisonnables qu'il faudra abolir au plus vite.

La deuxième exclusion est celle qui touche la femme libanaise, toujours sous-représentée au Parlement. Huit élues seulement face à 120 mâles, un véritable scandale qui place le Liban aux alentours du 180e rang sur 192 dans le classement mondial de la représentation féminine dans les Parlements nationaux – alors que la France vient de nommer une femme d'origine libanaise, Rima Abdul Malak, à la tête du ministère de la Culture ! Toutes les campagnes dans les médias, tous les appels à adopter un quota féminin à l'instar des démocraties civilisées n'auront donc servi à rien : déjà privée du droit d'octroyer la nationalité à ses enfants, souvent malmenée par les tribunaux religieux en cas de divorce, quasiment absente du dernier gouvernement, la femme libanaise n'a décidément pas voix au chapitre politique...

La troisième exclusion est celle de 58,96% du corps électoral. Il s'agit là d'abstentionnistes déçus, écœurés, et surtout déplumés, incapables d'assurer leurs frais de transport à cause de la crise provoquée – ironie du sort ! – par la plupart des candidats en lice. Une classe politique boudée et sanctionnée ainsi par la majorité de l'électorat a-t-elle vraiment la légitimité nécessaire pour représenter le peuple ?

Ces trois constats devraient donner mauvaise conscience à notre Chambre des députés, déjà plombée par la présence en son sein de quelques élus infréquentables. On ne bâtit pas une nation sur les dépouilles de ses exclus.

On a beaucoup commenté les résultats des élections de 2022 qui ont déjoué les pronostics et qui, somme toute, ont permis un meilleur équilibre au sein du Législatif, avec notamment l'arrivée d'une poignée de braves révolutionnaires qui auront réussi à surmonter les désunions pour pénétrer démocratiquement au Parlement dont ils avaient vainement tenté de forcer les portes au prix...
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