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Politique - Législatives 2022 - témoignages

Entre désillusion et volonté de changement, paroles d'électeurs libanais au Moyen-Orient

Les expatriés contactés par L'Orient-Le Jour témoignent d'une bonne organisation du scrutin qui se déroule ce vendredi en Iran et dans neuf pays arabes.

Entre désillusion et volonté de changement, paroles d'électeurs libanais au Moyen-Orient

Une Libanaise expatriée en Arabie saoudite montre son pouce imbibé d'encre après avoir voté à Riyad, le 6 mai 2022 dans le cadre des législatives libanaises. Photo Fayez Nureldine / AFP

Pour la deuxième fois dans l'histoire du Liban, les expatriés ont la possibilité de voter pour renouveler les 128 députés du Parlement. Une occasion pour ces Libanais d'exprimer éventuellement leur ras-le-bol, alors que leur pays est engagé depuis 2019 dans un effondrement économique et financier inédit. L'Orient-Le Jour a contacté, vendredi, plusieurs électeurs libanais établis au Koweït, à Oman, au Qatar, en Irak ou encore en Egypte et qui votent aujourd'hui. Trois ans après le début d'un soulèvement populaire contre la classe dirigeante, la volonté de changement est toujours là. Mais elle cohabite désormais avec une désillusion qui s'exprimera probablement dans les urnes.

A Oman, où la communauté libanaise est de 4.000 personnes environ, Bachir Chehab, directeur général de l’entreprise française JCDecaux, spécialisée dans l’affichage publicitaire, vote pour la première fois. Cela fait 16 ans qu’il est expatrié, il  réside à Oman depuis trois ans. D'emblée, il salue l'"organisation exceptionnelle" du scrutin.

"C'est dommage !"

Bachir Chehab a constaté la présence de délégués des partis politiques au pouvoir, principalement des Forces libanaises de Samir Geagea et du Courant patriotique libre de Gebran Bassil. "Les aounistes arboraient un T-shirt orange. Les FL un pin’s. Il n’y avait personne de la thaoura ou de l’opposition, ou du moins d’après nos observations", constate-t-il.


Dans son entourage, une grande partie d’adeptes du changement est déçue de constater l’incapacité de la thaoura, la révolte populaire du 17 octobre 2019, de s’unifier autour d’un projet commun. De fait, l'opposition s'est présentée en rangs divisés pour ce scrutin crucial. "C’est dommage ! Il y a trop de listes de la thaoura", lance-t-il. Pour Bachir Chehab, trois options se présentaient à lui. "Soit je ne votais pas, soit je votais blanc, soit je votais contre les partis politiques au pouvoir", résume-t-il.

"Il est temps de sanctionner"

"C'est la première fois que je vote aux législatives", confie, sous couvert d'anonymat, un Libanais installé au Koweït, employé dans une entreprise spécialisée dans l'immobilier de bureaux. "Le vote est très bien organisé et j'ai pu voter très tranquillement", dit-il. A la question de savoir pourquoi il a décidé de rompre avec son habitude de boycotter les élections législatives, ce Libanais qui a quitté le pays du Cèdre répond : "J'ai été forcé d'émigrer en 1982. Aujourd'hui, le Liban que nous avions bâti est détruit. Il est temps de sanctionner ceux qui en sont responsables".

Cette volonté du changement se fait également ressentir chez Razan, 23 ans, établie à Doha. "Je veux pouvoir rentrer chez moi, c’est au Liban que je veux construire ma vie", dit-elle. C’est pour cette raison qu'elle explique avoir choisi la liste "Baabda le changement" dans la circonscription du Mont-Liban III. "J'ai décidé de voter dans l'espoir d'un avenir meilleur pour moi, mes parents et la nation libanaise. C'est notre seul et unique espoir après qu'ils (les responsables au pouvoir, ndlr) aient mis toutes leurs forces pour faire échouer la révolution", affirme la jeune femme.

"Nickel et sans aucune infraction"

Sur place, Razan a également constaté une organisation "nickel et sans aucune infraction" dans une école où elle s’est rendue pour glisser son bulletin dans l'urne. Selon Razan, les plus jeunes étaient toutefois perdus quant à l’option du vote préférentiel prévu par la loi électorale.

Egalement à Doha, Karine Riachi et son époux Hazem Idriss, un couple se revendiquant écologiste, a eu la surprise de constater en matinée la présence de la candidate Najat Saliba, membre d’une liste de la contestation populaire dans le Chouf. "J’ai été agréablement surprise. C’était très bien organisé. L’affluence n’était pas encore très forte quand j'ai voté, et nos petits problèmes de passeports ont rapidement été réglés par l’ambassadrice" Farah Berry, fille du président du Parlement Nabih Berry.

Devant le bureau de vote, les électeurs Karine Riachi et son époux Hazem Idriss entourent la candidate écologiste du Chouf, Najat Saliba. Photo envoyée par Karine Riachi

"Lorsque nous voyons ce qui se passe au Liban, la pénurie de médicaments, l’explosion du 4 août 2020, l’effondrement du secteur éducatif, la baisse du niveau de vie de nos parents, nous ne pouvons qu’œuvrer pour le changement et voter en conséquence", estime Karine.

L'édito d'Elie Fayad

Voter... même en se bouchant le nez

A Riyad, où vote Nancy Azar, dentiste expatriée du Kesrouan, la volonté de changement est également présente. "Je vote pour un espoir de changement au Liban, afin que nous puissions y retourner et travailler décemment". "J’ai toujours pensé que je serai la dernière à quitter le Liban. Et me voilà, en Arabie saoudite, à la recherche d’un emploi, à cause de l’effondrement du secteur médical", regrette-t-elle.

Oula, directrice d’école et originaire de Tripoli, vit à Djeddah. "J’ai voté pour les nouvelles figures, celles qui paraissent honnêtes", confie-t-elle. "C'est ma responsabilité en tant que citoyenne libanaise et parce que je suis lassée par ces vieux politiciens corrompus", peste cette femme de 51 ans. "Nous étions les pionniers dans tous les domaines. Aujourd'hui, nous sommes malheureusement devenus un pays handicapé". 

Au Caire, l'organisation du vote semblait plus chaotique. Mira, qui réside en Egypte depuis deux ans, raconte avoir attendu deux heures. En 2018, elle avait voté à Beyrouth II en faveur d'une liste de candidats issus de l'opposition. Cette année, elle envisage de faire de même. "Je déciderai une fois dans l’isoloir, mais pour le moment, je penche davantage pour la liste Beyrouth le changement", explique cette femme de 31 ans.

Vote contre le Hezbollah

A Erbil, dans le Kurdistan irakien, Lama* a beaucoup hésité avant de glisser son bulletin, et explique avoir finalement "voté utile", c'est à dire "contre le Hezbollah". "J’ai voté car je ne veux plus que le Hezbollah ait la mainmise sur le Liban. Pour que de nouveaux présidents de la République, du Parlement et du Conseil soient élus ou nommés", explique-t-elle. La jeune femme de 24 ans est électrice dans la circonscription Békaa I, à Zahlé. Elle explique qu'elle aurait préféré voter pour des candidats issus de la thaoura, mais la multitude des listes l’a "contrainte" à mettre un bulletin pour la liste Zahlé la souveraineté, soutenue par les Forces Libanaise.

Les quelque 30.929 Libanais établis en Iran, Oman, Arabie saoudite, Qatar, Bahreïn, Koweït, Syrie, Jordanie, Irak et Egypte, où le vendredi est jour chômé, ont été appelés à se rendre aux urnes dès 5h30 ce matin, heure de Beyrouth. Le vote se poursuivra dimanche dans 48 autres pays, où 194.348 émigrés sont inscrits sur les listes d'électeurs.

Au Liban, le scrutin sera divisé en deux étapes : une première, le 12 mai, pour les délégués et employés des bureaux de vote, et enfin le dimanche 15 mai. Les candidats de l'opposition espèrent que la diaspora votera pour le changement de la classe politique. En 2018, seuls 6% des électeurs étrangers avaient choisi des candidats indépendants, selon un récent rapport du groupe de réflexion l'Initiative de réforme arabe, basé à Paris.


*Le prénom de la personne a été changé à sa demande


Pour la deuxième fois dans l'histoire du Liban, les expatriés ont la possibilité de voter pour renouveler les 128 députés du Parlement. Une occasion pour ces Libanais d'exprimer éventuellement leur ras-le-bol, alors que leur pays est engagé depuis 2019 dans un effondrement économique et financier inédit. L'Orient-Le Jour a contacté, vendredi, plusieurs électeurs libanais établis au...

commentaires (4)

ce que j'ai retenu emanant d'une citoyenne expatriee:"J’ai voté pour les nouvelles figures, celles qui paraissent honnêtes" Oui car les nouvelles tetes ont eu du mal a se faire connaitre surtout parce que trop bcp trop nombreuses, parce qu'elles manquent de moyens logistiquo/"financiers, parce que la loi electorale "custom made" rend la formation de leurs listes super difficiles vs celles des mafias deja entrainees a ce faire.

Gaby SIOUFI

09 h 39, le 07 mai 2022

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Commentaires (4)

  • ce que j'ai retenu emanant d'une citoyenne expatriee:"J’ai voté pour les nouvelles figures, celles qui paraissent honnêtes" Oui car les nouvelles tetes ont eu du mal a se faire connaitre surtout parce que trop bcp trop nombreuses, parce qu'elles manquent de moyens logistiquo/"financiers, parce que la loi electorale "custom made" rend la formation de leurs listes super difficiles vs celles des mafias deja entrainees a ce faire.

    Gaby SIOUFI

    09 h 39, le 07 mai 2022

  • Je me reconnais en « Lama » et j’encourage tous les citoyens libanais à voter utile, pour les seuls qui veulent et qui peuvent faire face au parti jaune.

    Citoyen libanais

    08 h 15, le 07 mai 2022

  • "pestifère cette femme de 51 ans". Hmm, sans doute peste-t-elle, peut-être même qu'elle vocifère, mais à moins qu'elle ne soit en train de répandre la peste, elle ne "pestifère" pas.

    Nagi Nahas

    01 h 34, le 07 mai 2022

    • Merci pour votre commentaire. L'erreur a été corrigée.

      L'Orient-Le Jour

      11 h 20, le 07 mai 2022

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