Une école détruite par le bombardement russe sur Kharkiv, le 23 mars 2022. Sergey Bobok/AFP
L’OTAN a annoncé hier qu’elle allait fournir à l’Ukraine des équipements de protection contre des attaques chimiques, biologiques et nucléaires et protéger ses forces déployées sur le flanc oriental contre ces menaces, après un sommet extraordinaire de ses dirigeants au cours duquel le président ukrainien a demandé « une aide militaire sans restriction » face à l’invasion russe.
Les Alliés sont « préoccupés » par la possibilité de l’utilisation de telles armes en Ukraine après l’invasion russe et « sont convenus de fournir des équipements pour aider l’Ukraine à se protéger contre les menaces chimiques, biologiques, radiologiques et nucléaires », a expliqué le secrétaire général de l’Alliance atlantique Jens Stoltenberg. « Nous améliorons également l’état de préparation des forces alliées » dans ces domaines, a-t-il ajouté.
Les dirigeants de l’OTAN ont également approuvé la création de quatre nouveaux groupements tactiques en Roumanie, en Hongrie, en Bulgarie et en Slovaquie, et le renforcement des quatre déjà constitués en Pologne et dans les trois pays baltes.
Plus de 100 000 militaires américains sont actuellement présents en Europe et plus de 40 000 soldats sont sous commandement direct de l’OTAN dans la partie orientale de l’Alliance. « C’est du jamais-vu », a déclaré M. Stoltenberg, dont le mandat a été prolongé d’un an jusqu’au 30 septembre 2023 en raison de la guerre en Ukraine.
Sanctions sur l’or russe
Dans un premier message vidéo hier aux dirigeants de l’OTAN, le président ukrainien les avait exhortés à fournir à l’Ukraine « une aide militaire sans restriction ». Les États-Unis « ont entamé des consultations (avec leurs alliés) pour fournir des missiles antinavire à l’Ukraine », a indiqué hier une haute responsable américaine, soulignant toutefois que ce scénario présentait des « défis techniques ».
La Suède et l’Allemagne ont annoncé pour leur part la livraison à l’Ukraine de respectivement 5 000 et 2 000 nouvelles armes antichars. Les forces ukrainiennes ont déjà reçu 1 000 armes antichars et 500 lance-missiles sol-air de type Stinger pris dans les réserves de la Bundeswehr, l’armée allemande.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a lui aussi averti, dans un message vidéo aux dirigeants du G7 qui se sont retrouvés également à Bruxelles hier, d’un « risque bien réel » d’utilisation d’armes chimiques en Ukraine par les forces russes.
Les pays du G7 ont assuré hier qu’ils « ne ménageraient pas leurs efforts » pour que le président russe Vladimir Poutine et ses soutiens, parmi lesquels le président de la Biélorussie Alexandre Loukachenko, « rendent des comptes » pour l’invasion de l’Ukraine. « Dans ce but, nous continuerons à travailler ensemble, avec nos alliés et partenaires du monde entier », ont assuré ces pays dans une déclaration commune. « La population russe doit savoir que nous n’avons aucun grief à son égard », ajoute le G7 à l’issue d’une réunion tenue à Bruxelles.
Sur le front économique, les pays du G7 et de l’Union européenne vont sanctionner toute transaction impliquant les réserves d’or de la Russie, pour éviter que Moscou ne contourne ainsi les mesures d’isolement financières prises par les Occidentaux, a annoncé hier la Maison-Blanche. « Nous voulons fermer toute possibilité pour la Russie d’utiliser son or pour soutenir sa devise », le rouble, a expliqué un haut responsable américain lors d’un échange avec la presse, soulignant que Moscou disposait d’un stock d’or « considérable », et que le métal précieux représentait quelque 20 % des réserves totales de la Russie. Washington a aussi annoncé jeudi de nouvelles sanctions financières contre la Russie, visant le monde politique, des oligarques et l’industrie de défense.
Ces mesures, qui impliquent en particulier un gel des avoirs aux États-Unis, concernent 328 députés de la Douma et l’institution elle-même ainsi que 48 « grandes entreprises publiques » du secteur de la défense, selon un communiqué de la Maison-Blanche. La Douma « continue de soutenir l’invasion de Poutine, d’étouffer la libre circulation de l’information et de porter atteinte aux droits fondamentaux des citoyens russes », a déclaré la secrétaire américaine au Trésor Janet Yellen dans un communiqué, exhortant « les proches de Poutine à cesser et à condamner cette guerre ».
Le gouvernement britannique avait lui déjà annoncé une nouvelle série de sanctions visant 59 personnalités et entreprises russes et six entités biélorusses.
Seconde résolution de l’ONU
Sur un autre plan, une seconde résolution « historique » mais qui reste non contraignante : l’Assemblée générale de l’ONU a adopté jeudi à une écrasante majorité de 140 voix un nouveau texte qui « exige » de la Russie un arrêt « immédiat » de la guerre en Ukraine commencée il y a un mois. Lors d’un vote de cette Assemblée au siège des Nations unies à New York, 140 pays ont voté pour, 38 se sont abstenus et cinq ont voté contre, dont la Russie, la Syrie et la Corée du Nord.
Par ailleurs, le secrétaire d’État américain Antony Blinken a accusé la Russie d’avoir « commis des crimes de guerre en Ukraine ». « Nous avons vu de nombreux rapports crédibles d’attaques aveugles et d’attaques visant délibérément des civils, ainsi que d’autres atrocités », a-t-il déclaré dans un communiqué, en soulignant qu’il reviendra aux tribunaux de déterminer les responsabilités.
Sur le terrain, au moins quatre personnes sont mortes, dont deux enfants, et six autres ont été blessées dans des frappes russes sur la ville de Roubijné, près de Lougansk, dans l’est de l’Ukraine, a indiqué le gouverneur de la région, Serguiï Gaïdaï. Le gouverneur a ajouté que le bilan risquait de « s’avérer bien supérieur ». « L’aviation russe a commencé à larguer des bombes au phosphore sur Roubijné », a-t-il accusé.
Dans son message à l’OTAN, le président ukrainien a relayé ces accusations : « Ce matin (...) il y a eu des bombes russes au phosphore. Des adultes ont été tués et des enfants ont été tués à nouveau. »
Les Ukrainiens accusent aussi les Russes de « déporter » des habitants de la ville assiégée de Marioupol vers la Russie. « Les habitants qui ont survécu aux bombardements russes et aux tirs d’artillerie sont à présent déportés de force vers la Russie », a tweeté le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kouleba, parlant de 6 000 habitants emmenés vers des « camps de filtration russes ».
En outre, au moins six civils ont été tués et 15 autres blessés jeudi dans un bombardement russe à Kharkiv, deuxième ville du pays (Nord-Est), selon le gouverneur régional Oleg Syniegoubov.
Le président du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) Peter Maurer a déclaré hier, depuis Moscou, avoir discuté avec ses interlocuteurs russes de la nécessité de protéger les civils dans le conflit.
Échanges de prisonniers
Les États-Unis ont annoncé hier être prêts « à accueillir jusqu’à 100 000 Ukrainiens et autres personnes fuyant l’agression de la Russie » et débloquer « plus de 1 milliard de dollars en financements supplémentaires » pour l’aide humanitaire en Ukraine et pour faire face aux « impacts graves » du conflit dans le monde, tels que l’augmentation de l’insécurité alimentaire.
Selon Washington, l’offensive de l’armée russe piétine notamment dans les environs de la capitale Kiev. « Les Ukrainiens ont réussi à repousser les Russes à 55 km à l’est et au nord-est de Kiev », déclarait mercredi un haut responsable du Pentagone ayant requis l’anonymat. Des dizaines de personnes ont fui hier les combats autour de Kiev dans une zone que l’Ukraine affirme avoir reprise à la Russie. D’intenses échanges d’artillerie lourde pouvaient être entendus depuis la banlieue d’Irpin, au nord-ouest de la capitale, et l’on pouvait voir des colonnes de fumée s’élever dans le ciel. Le maire de Kiev, Vitali Klitschko, avait affirmé mercredi que « la presque totalité d’Irpin était déjà sous contrôle des soldats ukrainiens ».
Russes et Ukrainiens ont par ailleurs procédé jeudi à des échanges de prisonniers, selon la vice-Première ministre ukrainienne Iryna Verechtchouk sur Facebook.
« En échange de dix occupants capturés, nous avons récupéré dix de nos militaires », a-t-elle écrit, affirmant qu’il s’agissait du « premier véritable échange de prisonniers de guerre » avec la Russie depuis le début de son offensive en Ukraine.
Source : AFP

