Pour la troisième fois cette semaine, les prix des carburants ont augmenté au Liban. Photo João Sousa.
Tous les carburants ont affiché des prix en nette hausse hier au Liban, pour la troisième fois en une semaine, en raison d’une envolée des cours mondiaux du pétrole résultant de l’invasion russe de l’Ukraine. Publiés par le ministère de l’Énergie et de l’Eau, les prix des 20 litres d’essence 95 et 98 octane ont ainsi connu une hausse respective de 22 000 et 23 000 livres libanaises, atteignant 463 000 et 473 000 livres le bidon. Le prix du diesel (utilisé pour les véhicules) a, lui, bondi de 29 000 livres pour atteindre 489 000 livres. Quant à la bonbonne de gaz, elle se vend à 311 000 livres, soit une hausse de 9 000 livres. Le week-end dernier, de longues files d’attente s’étaient formées aux stations-service, les automobilistes craignant cette hausse tarifaire. Certaines stations avaient d’ailleurs refusé de vendre leur carburant en attendant les nouveaux tarifs. Les prix des carburants sont définis suivant un savant mélange dont seul le Liban en crise depuis plus de deux ans connaît le secret. D’un côté, la Banque du Liban assure 85 % du prix total des importations, selon le taux dollar/livre de sa plate-forme de change Sayrafa qu’elle a fixé hier à « 20 900 livres le dollar, contre 20 200 » précédemment, selon le porte-parole du syndicat des propriétaires de stations-service, Georges Brax. De l’autre, les importateurs assurent les 15 % restants en se basant sur le taux dollar/livre du marché parallèle, fixé hier à « 21 457 livres le dollar, contre 20 707 livres » lors de la précédente tarification.
Le représentant des distributeurs de carburant, Fadi Abou Chakra, a, lui, assuré à l’Agence nationale d’information (ANI, officielle) que « les navires transportant du carburant ont commencé à arriver, ce qui rassure le marché libanais », en ajoutant que « nous assisterons la semaine prochaine à une baisse des prix de l’essence et du diesel, si les taux de change de la plate-forme Sayrafa et du marché parallèle restent identiques à ceux d’aujourd’hui (hier) ». Un certain brin d’optimisme donc qui n’apaise toutefois en rien les difficultés des Libanais, dont le pouvoir d’achat s’est effondré au rythme de la dépréciation de la monnaie nationale (près de 90 %). Au vu de cette hausse des prix, le président du syndicat des propriétaires d’usines de remplissage de gaz domestique, Antoine Yammine, a appelé hier à une grève la semaine prochaine, ainsi qu’à « la fermeture des usines jusqu’à ce que notre voix soit entendue ». Il a dénoncé dans la foulée « le manque de responsabilité du ministère de l’Énergie et de la direction générale du pétrole », estimant que les variations « aléatoires » du taux dollar/livre ne sont plus tenables pour les usines de remplissage de gaz.


En limitant les retraits en livres alors que tout les paiements sont exigés en livres en liquide est le meilleur moyen qu’ont trouvé la BDL et les banques pour forcer les gens qui ont encore quelques dollars fresh à la maison à les sortir de sous les matelas et les remettre en circulation…
07 h 52, le 12 mars 2022