Le siège d’Électricité du Liban a été dévasté par la double explosion au port de Beyrouth, le 4 août 2020. Photo João Sousa
Dans une déclaration publiée à l’issue de sa réunion d’hier, le syndicat des employés d’Électricité du Liban (EDL) a appelé les effectifs du fournisseur public à se joindre à un sit-in de trois jours, d’aujourd’hui à vendredi inclus, pour contester le plan de réforme du secteur préparé par le ministre de l’Énergie et de l’Eau Walid Fayad.
Vendredi dernier, le Conseil des ministres avait donné son « accord de principe » à ce projet, sur fond de déliquescence des infrastructures du secteur qui ne livrent que quelques heures par jour de courant. Selon le syndicat, ce plan « donne la priorité » aux prestataires de services privés employés par EDL depuis 2012 et qui se partagent depuis les opérations de maintenance du réseau et de collecte des factures sur tout le territoire, tout en « ignorant les injustices salariales et contractuelles auxquelles sont confrontés les travailleurs », a-t-il indiqué dans son communiqué rapporté par l’Agence nationale d’information.
De même, le syndicat a exprimé son « refus catégorique de tout ce qui figure dans le plan concernant la prolongation des contrats » de ces prestataires. Il a également critiqué les « avances » qui leur sont allouées, et le « pouvoir et le contrôle exceptionnels sur la distribution » qui leur sont accordés dans ce plan, notamment « l’impression des factures et la possibilité d’annuler leur valeur monétaire, l’installation de compteurs intelligents sans en référer à EDL, l’emploi d’inspecteurs et l’émission d’amendes ».
Ces contrats de services ont toujours été dénoncés par les employés d’EDL, qui les considèrent comme un moyen détourné de refuser l’intégration à la fonction publique de plusieurs travailleurs journaliers employés pendant des années par l’office et dont une importante partie a été réaffectée auprès de ces prestataires. Cette opposition avait d’ailleurs été à l’origine de vagues de contestations organisées par les journaliers dès la conclusion des contrats en 2012, avec un pic de mobilisation en 2014.
De surcroît, le syndicat a exprimé hier des « soupçons » de conflit d’intérêts entre le prestataire BUS (groupe Butec), qui entretient et exploite le réseau de distribution d’électricité dans le nord du Mont-Liban et celui du Liban-Nord, et la société International Finance Services, affiliée à la Banque mondiale. Enfin, le syndicat a exigé que les employés d’EDL se voient offrir des salaires « fixés selon le même mécanisme » et égaux à ceux offerts aux employés des prestataires, ainsi qu’une couverture d’assurance et des prestations de retraite « complètes ».
Parmi les autres prestataires, National Electricity Utility Company (Debbas) et Mrad for Trading, Industry and Contracting (arrivé en 2018) se partagent le sud du pays, tandis que KVA (Arabian Construction Company et Khatib & Alami) a récupéré Beyrouth et la Békaa. Certaines zones, comme la région de Zahlé (gérée par l’ancienne concession Électricité de Zahlé), ne sont, quant à elles, pas concernées par ce partage.

