Le président français Emmanuel Macron était à Moscou le 7 février courant pour rencontrer son homologue russe et discuter de la crise ukrainienne. Files/ Sputnik/AFP
Le président français Emmanuel Macron, qui multiplie les consultations sur l’Ukraine, devrait une nouvelle fois repousser la question de sa candidature, à moins de deux semaines de la clôture des inscriptions le 4 mars, une échéance qui inquiète plusieurs de ses concurrents.
Le chef de l’État avait lié l’officialisation de sa candidature à deux conditions : dépasser le « pic épidémique » et tourner la page d’une « situation internationale éminemment à risques ». Or, si le reflux du Covid-19 en France est bien entamé, les tensions autour de la crise ukrainienne sont en hausse de jour en jour.
Dimanche, Emmanuel Macron s’est à nouveau entretenu par téléphone avec son homologue russe Vladimir Poutine, mais aussi avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky, le président américain Joe Biden et le chancelier allemand Olaf Scholz, sur les moyens d’éviter une guerre majeure en Europe. Selon son entourage, le chef de l’État français est très attaché à l’idée de prouver qu’il préside « jusqu’au dernier quart d’heure ». Sa déclaration de candidature devrait dès lors être repoussée à la semaine du 28 février.
Une attitude qui fait grincer des dents ses opposants. « J’attends qu’Emmanuel Macron arrête de se cacher et annonce sa candidature », a réagi Jordan Bardella, le président du parti d’extrême droite Rassemblement national (RN), sur la chaîne d’info en continu BFMTV.
Mobilisation générale
Reste que le chef de l’État semble récolter les fruits de son activité internationale : il recueille 39 % de satisfaits dans un sondage de l’IFOP paru dimanche dans Le Journal du Dimanche, deux points de plus en un mois.
Le Conseil constitutionnel a fixé au vendredi 4 mars la date butoir pour présenter ses 500 parrainages et se déclarer formellement candidat. Si Emmanuel Macron, la candidate du parti Les Républicains (droite) Valérie Pécresse ou la socialiste Anne Hidalgo ont déjà leurs 500 parrainages, d’autres se disent ouvertement inquiets.
« On lance une mobilisation générale aujourd’hui, tous les élus du Rassemblement national (extrême droite) sont appelés à passer des coups de fil toute la journée », a déclaré hier l’eurodéputé du Rassemblement national Thierry Mariani sur Public Sénat. Dimanche, la leader du parti Marine Le Pen, candidate pour la troisième fois à la présidentielle, avait dénoncé une « situation qui, démocratiquement est terrifiante », tandis que son rival à l’extrême droite Éric Zemmour a assuré qu’il était « très possible » qu’il n’obtienne pas les 500 parrainages. Au dernier comptage jeudi, il n’en avait recueilli que 291 et a annulé un déplacement pour se consacrer à la tâche.
Macron en tête
De l’autre côté de l’échiquier politique, l’ancienne ministre de la Justice Christiane Taubira (seulement 86 signatures) a elle aussi pointé un « dispositif administratif » qui, selon elle, provoque une « interrogation démocratique ». Cette figure populaire à gauche affirme disposer de « plus de 600 promesses de parrainage » mais dont la plupart n’ont pas été concrétisées.
La question des parrainages, antienne de chaque élection présidentielle bien qu’aucun candidat bien placé dans les sondages n’ait jamais échoué à les recueillir, concerne également le candidat de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon, qui n’a pour l’instant que 370 paraphes malgré ses 10 % d’intentions de vote. Il a toutefois reçu le parrainage inattendu du président de l’Association des maires +++de France, David Lisnard, maire de Cannes (Sud) et soutien affiché de Valérie Pécresse, « par souci civique » et « pour que les démagogues ne jouent pas les victimes ».
Le centriste François Bayrou, proche allié d’Emmanuel Macron, a mis en garde hier sur France 2 contre « un tsunami démocratique si ces candidats ne pouvaient pas se présenter ». Il a annoncé que le collectif « Notre Démocratie », une banque de parrainages pour aider les candidats qui font plus de 10 % d’intentions de vote, a réuni environ 80 élus.
Tous les sondages placent le président sortant nettement en tête du premier tour, qui se tiendra le 10 avril, et vainqueur au second (24 avril) quel que soit l’adversaire.
Paul AUBRIAT/AFP

