Kamila Valieva est la nouvelle sensation du patinage artistique. Depuis son arrivée sur le circuit seniors en 2021, l’adolescente russe enchaîne les succès et, dans son programme libre durant l’épreuve par équipe lundi dernier, elle est même devenue la première femme à réussir des quadruples sauts aux Jeux olympiques. Wang Zhao/AFP
La patineuse russe Kamila Valieva, qui avait ébloui le monde lundi dernier en remportant à 15 ans l’épreuve par équipe des Jeux olympiques 2022 de Pékin, refait parler d’elle trois jours plus tard, mais cette fois pour une possible affaire de dopage.
Dans la nuit de mercredi à jeudi en Chine, la presse russe a rapporté que la patineuse aurait fait l’objet d’un contrôle antidopage positif avant le début des JO d’hiver. Officiellement, c’est-à-dire selon le Comité international olympique (CIO), on ne parle que du report de la cérémonie de médailles de l’épreuve par équipe, prévue mardi dernier, pour des raisons « juridiques », et tout le reste n’est que « spéculation », selon Mark Adams, le porte-parole du CIO, interrogé hier jeudi lors du point presse quotidien.
Pourtant, selon le journal Kommersant, le report de cette cérémonie serait lié à un contrôle antidopage positif concernant Kamila Valieva, ce qui pourrait priver du titre la Russie, qui participe aux Jeux sous pavillon neutre pour un retentissant scandale de dopage durant les JO 2014 de Sotchi. Lundi dernier, les Russes s’étaient imposés devant les États-Unis et le Japon, le Canada prenant la quatrième place. Le quotidien russe précise que la substance identifiée serait la trimétazidine, utilisée pour soulager les angines de poitrine et interdite par l’Agence mondiale antidopage (AMA) depuis 2014. Selon le quotidien RBC, autre média russe, le contrôle aurait été réalisé en décembre. Toutefois, Mark Adams a martelé qu’il n’avait « aucun commentaire à faire » sur « une situation qui a toutes sortes d’implications » et a qualifié de « spéculation totale » les informations selon lesquelles il s’agissait d’une affaire de dopage. La Fédération internationale de patinage (ISU) a, de son côté, rappelé dans un communiqué qu’elle « ne pouvait pas dévoiler des informations relatives à une possible violation de la réglementation antidopage ».
Kamila Valieva, favorite de l’épreuve individuelle qui débute le 15 février, est pourtant la nouvelle sensation du patinage artistique. Depuis son arrivée sur le circuit seniors en 2021, l’adolescente, entraînée par la réputée et sévère Eteri Tutberidze, enchaîne les succès en Grand Prix et a survolé les championnats d’Europe à Tallinn – capitale de l’Estonie – le mois dernier. Durant l’épreuve par équipe lundi dernier, elle est même devenue la première femme à réussir des quadruples sauts aux JO, durant son programme libre.
Le TAS pas encore saisi
Hier, le Kremlin s’est insurgé contre ces accusations par l’intermédiaire de son porte-parole Dmitri Peskov. « Le scandale n’éclate pas aux Jeux olympiques, mais autour des Jeux olympiques, parmi ceux qui n’ont pas les bonnes informations, comme toujours, a affirmé M. Peskov. Nous ne nous joindrons pas à tous ceux qui hurlent avec la meute. La seule source est, et doit être, le CIO. Nous souhaitons à nos athlètes, dont Valieva, seulement des médailles d’or. »
Contacté hier matin à Pékin par la presse internationale présente aux Jeux, le Tribunal arbitral du sport (TAS), dont la chambre antidopage valide les décisions en matière de sanctions antidopage, a indiqué qu’il n’avait « pas encore été saisi pour ce cas ». L’International Testing Agency (ITA), compétente pour procéder à des contrôles sur les sites des épreuves des JO, a de son côté publié un communiqué pour expliquer qu’elle n’avait pour l’heure aucune annonce à faire. « L’ITA est consciente des différents articles qui circulent concernant le report de la cérémonie de remise des médailles pour l’épreuve de patinage artistique par équipe aux Jeux olympiques d’hiver 2022 de Pékin. Toute annonce liée à ces événements serait toujours publiée sur le site internet de l’ITA et ne ferait l’objet d’aucun autre commentaire. Aucune annonce de ce type n’a été publiée à ce stade », a indiqué l’instance.
Reste qu’il semble y avoir un problème, et que si le problème devait être Valieva, la Russie pourrait encore être montrée du doigt alors qu’elle est embourbée depuis 2014 dans un vaste scandale de dopage et de tricheries à répétition remontant jusqu’au plus haut sommet de l’État. Cela lui a valu en 2020 une exclusion pour deux ans des grandes compétitions internationales, et s’il y avait bien une affaire Valieva, cela pourrait encore nuire à son image.
Emmanuel PIONNIER/AFP

