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Nos Lecteurs ont la Parole

La stratégie de défense, entre slogan et réalité

De quoi s’agit-il dans la stratégie de défense pour le Liban, brandie en toute occasion en tant que justification, vérité absolue dans la manipulation démagogique ? Il s’agit de déterminer l’abécédaire du problème.

1. Moral de l’armée. Il est absolument interdit à tout patriote de mettre en doute le moral de l’armée nationale, de le proclamer et le diffuser en tant que propagande, même si l’armée est au-dessous des défis ! Le proclamer, c’est dire aux fauteurs de troubles internes et à l’ennemi extérieur : notre armée nationale est incapable ! Cette accoutumance à la libanaise ne construit ni État, ni souveraineté, ni patrie. Elle démoralise l’armée la plus puissante au monde ! La publication en cours de l’histoire de l’armée libanaise, et toutes les données historiques, confirment le défaut de fondement de l’allégation politicienne. On devrait à l’avenir poursuivre en justice en vertu du code pénal toute atteinte au moral de l’armée.

2. Les violations israéliennes. Rapporter à tout bout de champ les survols aériens de l’ennemi pour couvrir tout ce qui en a découlé avec la présence armée palestinienne, occulter les exigences de l’accord d’armistice de 1948, l’importance des résolutions internationales sur le Liban, surtout avec Ghassan Tuéni, puis l’action diplomatique admirable de Hervé de Charette, la résistance nationale contre l’occupation de la capitale et du Liban-Sud… ce n’est plus du patriotisme, mais de la surenchère. Des collaborateurs, cela existe partout dans le monde. Heureusement que la surenchère au Parlement contre le président Bachir Gemayel avait débouché sur la démission du député ! « Il en est qui ne considèrent pas Israël comme ennemi », disait quelqu’un au cours d’une rencontre dite de dialogue. La surenchère allait être ouverte, si on ne lui avait pas immédiatement répliqué : « C’est une insulte pour tout Libanais. Ça suffit ! » Tous les Libanais sont martyrs et victimes de l’arène régionale d’affrontement.

3. Qu’est-ce que la résistance ? Aucun terme n’est aussi pollué au mépris des martyrs, des résistants authentiques et de tous les Libanais qui vivent dans leur chair les malheurs de la souveraineté bafouée. La définition de la diplomatie libanaise officielle de la résistance (muqâwama) est fort explicite au cours de la rencontre du ministre des Affaires étrangères, M. Farès Boueiz, avec le commandant de la Finul au Liban-Sud, le 3 août 1991, à la suite du redéploiement de l’armée au Liban-Sud : « La résistance (muqâwama) signifie d’abord tout le peuple… Elle est aussi la capacité de l’État à répondre aux besoins des citoyens, sociaux, sanitaires, économiques, éducatifs… et tout ce qui bloque la capacité de l’État à accomplir ce devoir national bloque aussi la capacité du peuple à la résistance et à l’attachement à sa terre. Nous avons dit aussi : la résistance dans son sens général a un caractère politique, et donc pas d’opération militaire légitime si elle ne verse pas dans un cadre politique, et pas de justification à une opération militaire sans objectif politique (…). De là toute opération qui ne cadre pas avec la visée politique de l’État qui est le représentant légitime du peuple (…) ne sert pas la cause. De là aussi toute action et toute manœuvre militaire doit s’harmoniser et se conformer avec – et participer – un état national général de résistance (muqâwama wataniyya ‘âma) concrétisé dans les domaines politiques, économiques, sociaux et éducatifs. Il n’y a donc pas résistance circonscrite à un seul élément exclusif. Nous sommes attachés davantage par rapport à tout autre temps au droit du Liban à la résistance contre l’occupation israélienne. Cependant ce droit n’est le monopole de personne. Ce droit relève de l’État représentant officiel du peuple libanais et de la patrie libanaise, seul responsable des conséquences générales et de la situation générale pour affronter l’occupation » (cité par Zafer el-Hassan, al-Diplomâssiya al-Lubnâniyya : mu’ayasha shakhsiyya (La diplomatie libanaise : expérience vécue), Beyrouth, Dar an-Nahar, 10 vol., 2011). L’affirmation « armée, peuple et résistance » a été brandie pour couvrir des décisions unilatérales, contrairement à la définition même de résistance et à la souveraineté de l’État.

4. Société spartiate sans résistance. Le désastre dans le Liban d’aujourd’hui permet de dégager trois perspectives : a) il brise la capacité de résistance du peuple libanais appauvri et occupé ; b) il transforme le Liban avec des violations de la Constitution en arène de conflits internationaux ; c) il limite la résistance à une dimension militaire.

Avec la stratégie de défense, le Liban souhaite-t-il devenir une société spartiate contre l’ennemi sioniste avec un arsenal militaire supersophistiqué et postnucléaire capable d’anéantir l’ennemi ? Ici nous rapportons les propos de l’imam Moussa Sadr, Libanais, arabe et chiite authentique. « La paix au Liban est la meilleure forme de guerre contre Israël… » (Masîrat al-Imâm Moussa al-Sadr (Itinéraire de l’Imam Moussa al-Sadr), Beyrouth, Dar Bilal, 12 vol., vol. 7, p. 98). Le combat du Liban contre le sionisme est militaire et culturel.

5. Ni débat public ni sport saisonnier de dialogue sur la stratégie de défense. Les problèmes de l’armée et de la défense relèvent de la sécurité de l’État. Ils ne doivent jamais être étalés publiquement du fait même qu’il s’agit de secrets d’État.

Antoine MESSARRA

Ancien membre du Conseil

constitutionnel, 2009-2019

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