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Idées - Point de vue

Les approximations d’Éric Zemmour sur le Liban

Les approximations d’Éric Zemmour sur le Liban

Le candidat à l’élection présidentielle française Éric Zemmour. Photo AFP

À la question d’un journaliste de la chaîne française C8 qui lui demandait, en décembre dernier, si le président Macron avait constaté l’échec du multiconfessionnalisme au Liban et qu’on devrait en faire de même du multiculturalisme en France, Éric Zemmour répond par l’affirmative – ajoutant que sa candidature à la présidentielle visait justement à « conjurer ce destin maudit » fait d’« affrontements communautaires et de misère ». Une approximation douteuse tant les deux situations sont différentes. Le multiconfessionnalisme du Liban est la cohabitation de groupes religieux différents dans un même État, groupes présents sur son territoire depuis au moins quinze siècles. Malgré les dissensions et parfois les guerres entres ces composantes – quel pays n’en a pas connu sur une période aussi longue?–, il s’est établi un socle culturel commun et bien des valeurs essentielles partagées (telles que l’hospitalité, la solidarité familiale et intergénérationnelle…). Le multiculturalisme qui se manifeste aujourd’hui de facto en France est lui issu d’une émigration d’abord européenne, ensuite nord-africaine – cette dernière ne prenant véritablement son essor qu’au début du siècle passé, charriant tout le ressentiment historique de la colonisation.

Document contesté

Pour défendre sa thèse, le propagandiste réécrit l’histoire du Liban en affirmant que la France a souhaité depuis saint Louis que ce soit une entité chrétienne et que la démographie musulmane en a eu raison. Monsieur Zemmour justifie notamment l’ancienneté de ces propos par une lettre que saint Louis aurait adressée à « l’émir » des maronites et aux autorités ecclésiastiques en 1250. Or, authenticité est jusqu’à ce jour fortement contestée (lire Youssef Mouawad, Maronites dans l’Histoire, L’Orient des livres, 2017). Il est tout à fait courant dans les pratiques politiques de forger, a posteriori, des documents pour justifier une politique. Je rappelle ici les centaines de hadiths au service du pouvoir califal et du clergé imputé au prophète de l’islam, dont les islamologues Jammal al-Banna (Débarrasser Boukhari et Mouslem des hadiths inutiles » (en arabe), al-Intichar al-Arabi, 2011) et Rachid Ayla (L’authentique de Boukhari, la fin d’une légende (en arabe), Dar al-Wattan, 2017) ont démontré l’impossibilité que l’envoyé de Dieu ait pu les émettre.

À supposer que cette lettre ait existé, il faut se remémorer ces quelques réalités des croisades dont saint Louis fut l’une des figures de proue. L’Europe chrétienne au Moyen Âge sombre dans l’obscurantisme religieux, et la peur d’un Dieu terrible intolérant et violent. Au nom de ce Dieu et pour libérer la Terre sainte, il fallait engager des expéditions guerrières. Certes, il y eut beaucoup de croisés sincères qui crurent à l’intention première, mais la politique était bien la première motivation de la guerre. Le pape, devenu souverain terrestre contrairement aux enseignements du Christ, était en concurrence avec les différents rois qui voyaient de leur côté leur autorité sans cesse menacée sur leurs terres par les seigneurs féodaux. La perspective de créer des principautés outre-mer pour orienter ailleurs cette concurrence interne pouvait donc être une tentation. Il reste que, comme l’a magistralement rappelé Amin Maalouf (Les Croisades vues par les Arabes, Soumeya Ferro-Luzzi, 1983), les croisés se comportèrent comme des barbares en terre conquise : notamment à Jérusalem, ils passèrent au fil de l’épée musulmans comme chrétiens, et même Constantinople, saccagée en 1204. Les princes croisés se battirent aussi entre eux en Orient et n’eurent aucun scrupule à s’allier avec des princes musulmans contre d’autres chrétiens.

Saint Louis fut peut-être sincère avec les chrétiens du Liban, il n’en reste pas moins qu’en les ralliant à sa guerre et lorsque les croisades prirent fin, ces derniers payèrent le prix fort de cette alliance. Il suffit de se remémorer leurs massacres, ainsi que ceux des chiites et des druzes au Kesrouan par les Mamelouks, les deux premiers ayant été accusés de s’être coalisés avec les croisés qui les abandonnèrent sans la moindre protection. Huit siècles plus tard, nous ne retenons toujours pas la leçon de l’inclination à chercher des appuis à l’extérieur.

Ambivalence

Ensuite, monsieur Zemmour évoque la protection des chrétiens par Napoléon III qui envoie une force expéditionnaire au Liban après les massacres de 1860. Or, les causes de ces massacres sont à rechercher aussi bien du côté des tensions entre les chrétiens et les druzes – autant pour des raisons communautaires que de transformations démographiques et socio-économiques. Ce qui les provoqua tout autant fut la réaction de l’Empire ottoman aux ingérences des nations européennes dans ses affaires, chaque nation ayant choisi d’établir des relations avec une des communautés au Liban comme porte d’entrée sur le flan de l’empire et si peu pour la protéger.

Quant à la France, qui, en 1920, aurait accordé le Liban aux chrétiens et à une minorité de musulmans, monsieur Zemmour tombe également dans une certaine approximation. Certes, les chrétiens étaient une majorité et obtinrent par ce fait un avantage sur les musulmans dans la répartition des charges. Mais outre le fait que cette réalité démographique s’imposait à elle, que monsieur Zemmour occulte les conséquences sur cet avantage démographique de la décision française d’adjoindre – sur insistance du patriarche Hoayek – à la montagne le Sud, les villes de Tripoli et de Saïda, le Akkar, la Bekaa, Ouest et Nord, à majorité musulmane, pour former le Grand Liban. De même, il minore significativement la complexité et les contradictions des autorités françaises du début du XXe siècle qui ont activement soutenu les autorités religieuses en Orient tout en étant très majoritairement pétries des idéaux anticléricaux et francs-maçons dans l’Hexagone. Une ambivalence qui se retrouve notamment dans la personnalité des différents hauts-commissaires qui se sont succédé au pays du Cèdre : si Henri Gouraud (1919-1922) et Maxime Weygand (1923-1924) étaient de fervents catholiques, c’était tout sauf le cas de Maurice Sarrail (1924-1925), qui refusa notamment de se rendre aux messes à la cathédrale Saint-Louis et au siège du patriarche Arida avec qui il entretenait des relations tendues, sinon d’hostilité.

N’avons-nous pas suffisamment, ici, de populistes instrumentalisant l’histoire du Liban à des fins politiques pour que monsieur Zemmour ne s’invite à la fête ?

Par Amine ISSA, Membre de l’assemblée générale du Bloc national.


À la question d’un journaliste de la chaîne française C8 qui lui demandait, en décembre dernier, si le président Macron avait constaté l’échec du multiconfessionnalisme au Liban et qu’on devrait en faire de même du multiculturalisme en France, Éric Zemmour répond par l’affirmative – ajoutant que sa candidature à la présidentielle visait justement à « conjurer ce...

commentaires (1)

Ce type est un danger pour la france. Il soulève des soucis réels certes mais sa conception de l’histoire, des solutions à apporter voire sa vision des choses est HORRIBLE. Il a un complexe qui s’appelle Islam. C’est un cas pour des psychiatres ou psychologues. Ils furent chassés de l’Algérie à l’époque ou quittèrent mais il a gardé une dent contre les musulmans en général à cause de ce traumatisme de l’exil. Du coup, il confond islam et intégristes. Il confond et mixe les histoires des peuples comme ceux du liban et les immigrés en Europe. Les chrétiens / musulmans et juifs du liban sont des autochtones et ils étaient là depuis des siècles. Ils n’ont pas besoin d’intégration. D’ailleurs, ce type parle d’ASSIMILATION!!!! Hallucinant… faut vraiment être intégriste dans ses idées pour apprécier ce discours négationniste.

radiosatellite.online

18 h 30, le 15 janvier 2022

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Commentaires (1)

  • Ce type est un danger pour la france. Il soulève des soucis réels certes mais sa conception de l’histoire, des solutions à apporter voire sa vision des choses est HORRIBLE. Il a un complexe qui s’appelle Islam. C’est un cas pour des psychiatres ou psychologues. Ils furent chassés de l’Algérie à l’époque ou quittèrent mais il a gardé une dent contre les musulmans en général à cause de ce traumatisme de l’exil. Du coup, il confond islam et intégristes. Il confond et mixe les histoires des peuples comme ceux du liban et les immigrés en Europe. Les chrétiens / musulmans et juifs du liban sont des autochtones et ils étaient là depuis des siècles. Ils n’ont pas besoin d’intégration. D’ailleurs, ce type parle d’ASSIMILATION!!!! Hallucinant… faut vraiment être intégriste dans ses idées pour apprécier ce discours négationniste.

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    18 h 30, le 15 janvier 2022

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