Critiques littéraires Bande dessinée

Alice Guy, la femme du cinéma naissant

Alice Guy, la femme du cinéma naissant

Alice Guy de Catel et J. L. Bocquet, Casterman, 2021, 400 p.

Il est des périodes durant lesquelles les innovations techniques ou technologiques semblent enfanter d’un monde nouveau. Nous l’avons vécu avec la révolution numérique.

Ce fut également le cas lorsque la seconde moitié du XIXe siècle et le début du XXe vécurent l’invention et le déploiement de moyens d’expression visuels nouveaux : la photographie, le cinéma et l’animation. Si cette période d’intenses innovations a été possible, c’est grâce à un petit nombre de personnes qui avaient une particularité commune : celle d’être portées autant vers la création artistique que vers la technique et les sciences. C’est Nicéphore Niepce qui expérimenta les réactions chimiques nécessaires à l’invention de la photographie, c’est Émile Reynaud qui perfectionna les mécanismes permettant de mettre des dessins en mouvement, mais ce sont aussi les frères Lumière qui portaient si bien leur nom lorsqu’ils furent parmi les précurseurs du cinéma.

Le souvenir et l’histoire de cette période fertile retient particulièrement ces visages… tous masculins! Or au milieu de cette effervescence, une figure féminine avait marqué son temps : Alice Guy. Au sein des studios Gaumont qui furent de l’aventure de la démocratisation du cinéma, Alice Guy entra comme secrétaire de direction. Animée par un esprit d’initiative hors normes, elle réalisera, produira, scénarisera ensuite plus de 300 films. Sa carrière durant, elle côtoiera les Méliès, Chaplin ou Keaton. De la Gaumont, elle fera le chemin vers l’Amérique où elle ouvrira sa propre maison de production.

Pour raconter sa vie de l’enfance à sa fulgurante ascension, qui de mieux que le duo formé par les auteurs de BD Catel et Bocquet ? Ces deux-là se sont lancés, depuis bientôt quinze ans, dans une série de vastes biographies de femmes. Voyageant à travers les époques, ils ont successivement dépeint les destins de Kiki de Montparnasse, Olympe de Gouges puis Joséphine Baker. Alice Guy, leur nouvelle biographie, s’inscrit parfaitement dans cette lignée.

Comme à leur habitude, Catel et Bocquet s’appuient sur une documentation sans faille et structurent leur récit par petites scènes qui sautent d’une année à l’autre et condensent, dans des situations marquantes, tous les enjeux de chaque période de la vie d’Alice Guy.

La révolution du cinéma à laquelle elle participe est décrite de manière touchante dans l’une de ces courtes scènes : perdant sa grand-mère quelques jours avant la mise en vente et la démocratisation des caméras produites par la Gaumont, Alice se fait la reflexion qu’à quelques jours près, elle aurait pu enregistrer les images de son sourire et les revoir pour le restant de la vie.

Cette manière d’immortaliser par l’image des vies éphémères était au centre des considérations des inventeurs des premières caméras. Une mission forte en symboles, qui allait de pair avec une autre, presque opposée dans l’esprit mais qui la complétait parfaitement : celle de proposer un réel divertissement destiné au large public. Une double mission qui, en BD, est aussi celle de Catel et Bocquet.


Alice Guy de Catel et J. L. Bocquet, Casterman, 2021, 400 p.Il est des périodes durant lesquelles les innovations techniques ou technologiques semblent enfanter d’un monde nouveau. Nous l’avons vécu avec la révolution numérique.Ce fut également le cas lorsque la seconde moitié du XIXe siècle et le début du XXe vécurent l’invention et le déploiement de moyens d’expression...

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