Depuis l’annonce du retour de Saad Hariri au Liban dans les prochains jours et les informations sur des préparatifs pour l’accueillir qui vont bon train autour de son domicile au centre-ville de Beyrouth, le monde politique attend la décision qu’il pourrait annoncer. Pour certains, le seul fait que le chef du courant du Futur rentre au Liban est le signe qu’il compte participer aux prochaines législatives en mai prochain. Pour d’autres, au contraire, il viendrait pour tenir des réunions avec les membres de sa formation politique et du groupe parlementaire qu’il préside, pour les informer justement de sa décision de ne pas participer aux élections.
En attendant de savoir vers laquelle de ces deux options penche Saad Hariri, des voix ont commencé ces deux derniers jours à réclamer sa participation aux prochaines législatives. Il y a eu d’abord une déclaration du président de la Chambre Nabih Berry, qui a estimé que si Saad Hariri ne participe pas aux élections cela pourrait poser un grave problème de représentation au sein de la communauté sunnite et, par conséquent, porter un coup à la démocratie consensuelle en vigueur depuis plusieurs décennies et à l’esprit même du pacte national. Même son de cloche chez le Parti socialiste progressiste et son chef Walid Joumblatt qui a, lui aussi, pressé Saad Hariri de participer aux élections. D’ailleurs, selon des informations véhiculées par les proches des deux camps, ceux-ci auraient envoyé des messages clairs aux dirigeants saoudiens pour leur demander de lever le veto imposé à Saad Hariri afin qu’il puisse participer en force au scrutin. Toujours selon les mêmes informations, la participation de Saad Hariri serait importante aussi bien pour le mouvement Amal que pour le PSP dans plusieurs circonscriptions mixtes à Beyrouth, au Sud et dans la Békaa, où tous les deux ont besoin des voix sunnites pour augmenter le nombre de sièges qui seront attribués à leurs listes. La baisse de la participation des électeurs sunnites ou le fait que leurs voix soient dispersées pourraient modifier le paysage électoral dans plus d’une circonscription. Or, dans les circonstances actuelles et face à la confusion générale qui règne au niveau des participants et des listes, Amal et le PSP préfèrent compter sur une alliance solide avec le courant du Futur et son chef. C’est même plus nécessaire que jamais tant que l’on ignore encore quelles seront les alliances du Hezbollah et à qui il compte donner le surplus de ses voix préférentielles.
Dans ce paysage compliqué, où beaucoup de données sont encore inconnues et où les partis traditionnels craignent l’arrivée des forces dites du changement – qu’il s’agisse de groupes de la société civile ou de nouvelles formations politiques –, Amal et le PSP estiment avoir besoin du parti haririen pour conserver leurs groupes parlementaires respectifs et éviter d’être affaiblis de façon considérable au cours des prochaines élections.C’est dans ce contexte qu’un scénario circule déjà dans les coulisses politiques, selon des sources concordantes. Il consisterait à reporter le scrutin électoral sous prétexte que les conditions de la protection du tissu social libanais ne sont pas réunies. Ce scénario se base sur les arguments suivants : la diversité libanaise et la représentation équitable de toutes les communautés font partie de l’essence-même de l’existence du Liban et du modèle qu’il se vante d’offrir au monde. Par conséquent, si une composante essentielle du pays qui représente, selon les statistiques effectuées, la moitié des électeurs sunnites (à savoir le courant du Futur) renonce à participer aux élections, cela signifiera que la représentation de cette communauté ne sera pas équitable au sein du nouveau Parlement. Par conséquent, le président de la Chambre pourrait décider de renoncer à participer au scrutin, lui et le mouvement Amal en guise de solidarité avec le courant du Futur. D’autres partis politiques, comme par exemple le PSP, pourraient suivre, et les élections législatives prévues le 15 mai seraient alors reportées d’un commun accord entre plusieurs parties politiques, en raison du défaut de représentation équitable et pour éviter de plus grandes divisions internes.
Ce scénario pourrait paraître aujourd’hui un peu farfelu et plusieurs détails sont encore imprécis, notamment au sujet de la procédure qui devrait être suivie pour annoncer le report, mais il semble déjà étudié. Pour certains, il s’agit d’une menace brandie face aux parties internationales et régionales qui présentent les prochaines élections législatives comme un rendez-vous déterminant pour l’avenir du pays afin de les pousser à éliminer les obstacles qui se dressent face à la participation de Saad Hariri et de son camp. Mais pour d’autres, il s’agit du moyen trouvé pour reporter des élections qui pourraient ne pas être en faveur des partis politiques traditionnels. Il faut rappeler à cet égard qu’en 1992, les élections législatives s’étaient déroulées alors que les partis politiques les plus représentatifs sur la scène chrétienne avaient boycotté le scrutin, avec l’approbation de Bkerké. Malgré cela, le scrutin n’avait pas été annulé et le Parlement ainsi élu était resté en place jusqu’à la fin de son mandat en 1996. Il faut dire qu’à l’époque, le Liban était placé sous la tutelle syrienne qui prenait pratiquement toutes les décisions politiques majeures.
Aujourd’hui, l’idée du non-respect de l’esprit du pacte national et de l’absence de représentativité équitable d’une importante communauté pourrait donc être invoquée pour aboutir au report du scrutin. Elle pourrait aussi servir de prétexte pour retarder un scrutin dont les résultats ne conviendraient pas à certaines parties.


Le cynisme de " les forces dites du changement" ,croyez moi ce sont les insurgés du 17 octobre et EUX SEULS qui feront le Liban de demain.Ne vous en déplaise!!!!!!!
22 h 43, le 05 janvier 2022