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Lifestyle - Design

La mosquée Chakib Arslan, dans le Chouf, remporte un prix international d’architecture

Le bâtiment conçu par Makram al-Kadi et Ziad Jamaleddine, dans le village de Moukhtara, au Chouf, est une commande de Walid Joumblatt.

La mosquée Chakib Arslan, dans le Chouf, remporte un prix international d’architecture

Vue intérieure de la mosquée, un mélange de traditionnel et de modernité. Photo Iwan Baan

Cofondateur du bureau LEFT New York-Beyrouth et professeur à l’Université américaine de Beyrouth, le Libanais Makram el-Kadi a remporté le prix triennal Abdellatif al-Fozan pour l’architecture des mosquées, qui récompense l’innovation dans l’architecture des édifices religieux musulmans. Sur les 200 projets de mosquées présentés et issus de 43 pays répartis sur trois continents, sept ont été considérés comme marquants par le jury. Parmi eux, la mosquée Chakib Arslan, du nom du grand-père maternel de Walid Joumblatt, et grande figure de la Nahda (la Renaissance arabe). Les résultats du prix ont été supervisés par un jury de l’Union internationale des architectes composé de spécialistes en architecture, urbanisme, philosophie et sociologie, qui ont évalué les rapports techniques des mosquées nominées. Alors que cette troisième édition était placée sous le thème Architecture des mosquées au XXIe siècle, el-Kadi a été récompensé pour avoir célébré « l’éthique de la modernité » en offrant une architecture expérimentale qui n’a rien d’un édifice bâti sur le modèle traditionnel cube-dôme-minaret. « Le Coran n’ayant pas dit comment doit être conçue une mosquée, sa typologie n’a rien de sacré », précise-t-il.

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Une mosquée d’avant-garde en pays druze

Le Chouf a compté, historiquement, des églises, des mosquées et une synagogue. Au XIXe siècle, le village de Moukhtara en abritait aussi. Le leader druze de l’époque, Bachir Joumblatt, avait construit à la fois l’église Notre-Dame de Moukhtara (restaurée en août 2016) et une mosquée, qui fut détruite dans la première moitié du XIXe siècle par l’émir Bachir II Chéhab, à la suite de tensions politiques entre les deux familles. Reconstruite en 2017 sur un nouveau site attenant au palais de Moukhtara, la mosquée Chakib Arslan a été conçue comme un lieu de prière unique en son genre, largement couvert par la presse internationale.

Un nouveau look qui respecte la tradition

Aménagée au sein d’une vieille bâtisse voûtée de 100 m2, la mosquée est enrobée d’une structure architecturale composée de fines plaques d’acier blanches, à la forme d’un voile pointé vers le ciel. Le mot Allah (Dieu) est inscrit au sommet de la structure. Vu de biais, « il devient transparent, telle une émanation de l’idée immatérielle et ineffable de Dieu ». Vu de face, « Allah est lu sous une forme solide affirmative, une interprétation moderne de la calligraphie ». En contrebas de la structure, s’ajoute le mot al-Insan (l’être humain). Ici, l’architecte fait référence au livre Humanisme et Islam du célèbre islamologue algérien Mohammad Arkoun (1928-2010), considéré comme l’un des plus brillants intellectuels arabes de sa génération, qui a dénoncé les divers « bricolages idéologiques » et les stratégies de prise du pouvoir et de mobilisation des foules. « Marquer ces mots rappelle le rôle des penseurs musulmans dans l’émergence de la philosophie humaniste », souligne Makram el-Kadi, précisant que « dans la salle de prière, nous avons également inscrit l’expression Iqraa (Lire) ordre donné par Dieu au prophète Mohammad, qui est une injonction à l’esprit critique selon le philosophe et anthropologue tunisien du Coran Youssef Seddik ». Auteur de Nous n’avons jamais lu le Coran, Seddik plaide en faveur d’une lecture contextuelle du Coran et non d’un métarécit à énoncer aveuglément. L’architecte fait observer d’autre part que « l’enveloppe poreuse structurée autour du couplage des deux mots, Dieu/être humain, relie visuellement l’espace public de la rue à l’espace religieux intérieur, qui dans les mosquées traditionnelles est généralement hermétiquement clos ». À l’intérieur de la vieille bâtisse, les surfaces concaves des voûtes ont été peintes à la chaux. Un puits de lumière traverse le plafond et apporte un éclairage naturel, tout en concentrant son éclat sur le mihrab en acier inoxydable poli et la direction du mur de la qibla vers La Mecque. Sur le sol s’étale un étonnant tapis aux motifs abstraits noirs et blancs, qui représente l’onde musicale de la récitation du Coran. Il a été réalisé par deux artistes : Lawrence Abu Hamdan et Nisrine Khodr. Le design épuré respecte la tradition tout en se donnant un nouveau look pour le XXIe siècle.

Façade extérieure de la mosquée Chakib Arslan dans le Chouf. Photo Ieva Saudargaite

Le philanthrope saoudien

La remise du prix s’est déroulée le 16 décembre à Médine en présence de plusieurs membres de la famille royale saoudienne, notamment le prince Sultan ben Salman ben Abdulaziz, conseiller spécial du gardien des deux saintes mosquées, le prince Faisal ben Salman, gouverneur de la région de Médine, du fondateur du prix, le philanthrope saoudien cheikh Abdellatif al-Fozan, homme d’affaires impliqué dans divers secteurs de la fabrication industrielle. Il figure dans la liste prestigieuse 2020 des Arabes les plus influents en matière d’événements liés au développement durable et à la promotion de la responsabilité sociale, en répondant aux besoins des individus et des familles. Étaient présents également son fils Abdullah ben Abdul Latif al-Fozan, président du conseil d’administration d’al-Fozan et du comité exécutif du prix, en plus de nombreuses personnalités et d’un groupe d’architectes, d’experts et de spécialistes des sciences liées à l’architecture des mosquées de différents pays du monde.

Makram el-Kadi à la remise des prix à Médine, le 16 décembre. Photo tirée de la page Facebook du prix triennal Abdellatif al-Fozan

BIO EXPRESS

Makram el-Kadi est diplômé d’architecture de l’Université américaine de Beyrouth et d’une maîtrise en architecture de la Parsons School of Design en 1999. Il a travaillé dans les bureaux de Fumihiko Maki au Japon, avant de rejoindre Steven Holl Architects avec lequel il a collaboré pendant cinq ans dans le cadre de grands projets internationaux tels que la construction de la Marina de Beyrouth dans le centre-ville de Beyrouth. Il a également planché chez Richard Meier, Peter Eisenman et Charles Gwathmey sur la proposition du concept du site du World Trade Center, appelé Memorial Square, ainsi que sur le Natural History Museum de Los Angeles County. En 2005, Ziad Jamaleddine et lui fondent LEFT Architects à New York et un deuxième bureau à Beyrouth. Ils conçoivent des projets résidentiels et culturels à New York, à Beyrouth, en Arabie saoudite et au Koweït. Leurs travaux ont fait l’objet de nombreux articles, notamment dans Home & Garden du New York Times. L’entreprise, qui a décroché le Emerging Voices Award 2010 of the Architectural League of New York, compte à son actif l’aménagement du loft de Jeffrey Green, président d’Evergreen Architectural Arts (vouée à la restauration et la préservation du patrimoine historique à travers les États-Unis) à Manhattan, mais aussi des publications et une série d’ateliers de recherche menés au sein de plusieurs universités aux États-Unis, notamment Yale, UPenn, Cornell University et Columbia GSAPP, (Graduate School of Architecture, Planning and Preservation), et a été commissionné en 2019, par le ministère libanais de la Culture, pour représenter le Liban à la XXIIe Triennale di Milano.

Cofondateur du bureau LEFT New York-Beyrouth et professeur à l’Université américaine de Beyrouth, le Libanais Makram el-Kadi a remporté le prix triennal Abdellatif al-Fozan pour l’architecture des mosquées, qui récompense l’innovation dans l’architecture des édifices religieux musulmans. Sur les 200 projets de mosquées présentés et issus de 43 pays répartis sur trois...
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