Rita-Maria Ibrahim recevant le prix des mains du président de l’AUB Fadlo Khoury. Photo DR
En 1921, l’Université américaine de Beyrouth intégrait pour la première fois une étudiante dans son système éducatif après que le droit à l’enseignement universitaire avait été réservé pendant longtemps aux seuls garçons. À l’occasion de ce centenaire, la direction de l’université a organisé cette année un concours de dissertation pour les étudiants de toutes les facultés sur la difficulté d’être une femme au Liban et dans les pays du Sud, comme thème du prix annuel Founders Day.
Pour son essai intitulé « La malédiction d’être une femme », Rita-Maria Ibrahim, étudiante en 2e année de littérature anglaise, a obtenu le 1er prix lors d’une cérémonie organisée le 6 décembre à l’Assembly Hall. Une jeune Pakistanaise, Yalda Nejah, s’est hissée à la 2e place, tandis que c’est un garçon, Hussein Moussa, qui a décroché le 3e prix.
Dans sa réflexion, Rita-Maria Ibrahim déplore d’emblée l’inégalité entre l’homme et la femme. Elle revient sur des séquences de son enfance au cours de laquelle on lui a appris à « se faire aussi petite que possible ». « On n’apprend pas aux hommes à se contrôler, on apprend aux femmes à se minimiser », regrette-t-elle, évoquant les enseignements acquis : « Ne pas sortir seule la nuit, ne pas s’habiller de façon provocante, ne pas élever la voix, ne pas exprimer des opinions trop controversées... C’est pour te protéger, disait ma mère. Je l’ai crue et j’ai donc obéi. »
Mais c’était peine perdue pour la petite fille. « Quand j’ai eu douze ans, j’ai été agressée sexuellement », révèle-t-elle avec autant d’audace que de pudeur. « De honte, je me suis emmurée dans le silence pendant des années. J’étais convaincue que c’était de ma faute, que j’étais trop sociable et extravertie, que la jupe de mon uniforme scolaire aurait dû être un peu plus en dessous des genoux et que, d’une manière ou d’une autre, j’avais initié quelque chose, même si je n’en avais pas l’intention », confie-t-elle toute en sensibilité.
Et Rita-Maria d’aborder plus généralement les conditions éducatives, sociales, économiques et professionnelles dont continuent de pâtir les femmes. « On a longtemps refusé aux femmes le droit à l’éducation de peur qu’elles n’apprennent à penser par elles-mêmes. (…) Même aujourd’hui, en 2021, en particulier au Liban et dans les pays du Sud, l’écart de rémunération entre hommes et femmes est étonnamment persistant. Celles-ci sont en outre gravement sous-représentées dans de nombreuses entreprises. »
La jeune étudiante évoque en outre les problèmes qu’endurent les femmes sur leur lieu de travail où, relève-t-elle, « des cas d’agression sont signalés quotidiennement ».
Rita-Maria fait part enfin des résolutions qu’elle a prises face à la tendance d’une partie de la société « à sous-estimer la femme et la considérer comme un objet ». « Je me suis fixé comme objectif d’apprendre, de m’éduquer et d’éduquer les autres, d’avoir des opinions, d’exprimer ma liberté, d’approuver et de désapprouver, et de prendre autant de place que possible. »


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