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Lifestyle - Un peu plus

Un Liban fractionné

Un Liban fractionné

Photo Mohammad Yassine

Le Liban a toujours été une mosaïque mêlant différentes cultures, différentes sectes, différentes histoires. Comme une espèce de Rubik’s Cube qui, après moult mouvements, finissait par être harmonieux et cohérent. Six côtés de six couleurs distinctes. Distinctes mais homogènes. Ce contraste a été sa richesse depuis la nuit des temps, tant les Libanais savaient valser ensemble. Cette danse a longtemps été notre symbole et une référence pour les autres nations. Cohabitation, métissage, choc et brassage des cultures, autant de termes pour définir notre pays. Mais cette richesse n’existe plus. De cette union, il ne reste quasiment plus rien. Plus encore, elle a laissé place à la division. Nous sommes définitivement divisés. Et à tous les points de vue.

Le peuple est éclaté en mille morceaux ; l’opposition est scindée en deux, voire en trois ; les expatriés sont fragmentés ; et tout ça fait le jeu du régime qui se délecte de la réussite de sa stratégie légendaire : diviser pour mieux régner. Nous sommes leurs pions et notre individualisme, nos griefs, notre incapacité à discuter avec les autres ont sonné le glas de notre libanité. Pourtant, nous y avons cru, il y a deux octobres. Nous avons cru en un Liban qui, malgré ses disparités, pouvait n’être qu’un. Nous avons effacé durant quelques semaines nos différences, nos confessions. Nos régions se sont (re)trouvées. Nous nous sommes tenu la main, avons porté haut les couleurs de nos pays, puis, comme un feu follet, notre unité s’est brisée. Et nous voilà revenus, tout penauds, à la case départ.

Mais plus rien n’est surprenant. On savait que ça allait arriver. Et c’est à la fois triste et pathétique. Le peuple n’a personne à qui s’accrocher, à part son zaïm qui lui donne son indispensable bouchée de pain et l’endoctrinement qu’il faut pour lui faire comprendre qu’il ne peut se passer de lui et qu’une nouvelle guerre civile est à nos portes. Ce zaïm qui l’a affamé, appauvri et mis à genoux. À terre, un homme ne peut se battre et encore moins penser à cette liberté qu’il mérite tant. Comment le faire d’ailleurs, quand le quotidien n’est plus que survie? Quand on ne sait pas de quoi sera fait le lendemain. Quand on n’a pas les moyens de nourrir sa famille, de joindre les deux bouts, de scolariser ses enfants. On ne peut rien reprocher à ce peuple. On ne peut que lui pardonner. Et le jour des élections, quand ces Libanais-là auront à choisir entre l’inconnu et ceux qui leur envoient du lait pour les enfants, on se taira. Parce qu’on n’aura pas le doit de leur en tenir rigueur. Parce que nous avons failli à notre responsabilité. Non pas en ne leur offrant aucune aide, nous l’avons fait ; mais parce que nous n’avons pas su protéger notre unité.

Ironiquement, certains partis de l’opposition sont opposés les uns aux autres. Entre ego et activisme puriste, ils ont divorcé, s’accusant de part et d’autre de trahison à travers certaines alliances ou d’idéologies d’un temps révolu dans un pays qui n’en est pas là. Gauche, centre, droite, extrêmes, anciens partis qui ont surfé sur la vague de la révolution, ça tire dans tous les sens. Comme si nous nous comparions aux véritables démocraties et autres républiques ou les différences en matière de pensées politiques ont des raisons d’être. Nous n’avons pas encore le luxe de nous séparer au stade où nous sommes. Nous nous frottons contre des monstres, et même si nos visions diffèrent, nous aurions dû rester de connivence pour les abattre. Nos divergences, on en reparlera plus tard, le cul confortablement installé sur des sièges parlementaires. Mais non, on préfère se disputer comme des gamins dans une cour de récréation. Preuve en est, les élections du syndicat des avocats. Preuve en est, les discours haineux et les coups bas. Et le jour des élections, ceux qui rêvent de changement ne sauront pas choisir. Et nous ne pourrons pas le leur reprocher.

Quant aux expats, que dire ? Sur le million d’électeurs potentiels, seuls 25 % se sont enregistrés. Oui, c’est très bien. Oui, c’est mieux qu’il y a quatre ans. Mais non, ce n’est pas assez. Et oui, c’est trop peu. Nous nous sommes extasiés sur les chiffres après avoir supplié les réfractaires que nous connaissions à coups de campagnes sur les réseaux sociaux. Les expats désireux de voir leur pays se relever se sont coupés en quatre pour aider et rassembler le plus grand nombre de votants. Mais les autres… les autres. Même si partir sans se retourner était leur seul salut, ils ont abandonné ceux qui n’ont pas eu la chance de larguer les amarres, ceux qui sont pris en otages. Et le jour des élections, on ne pourra que le leur reprocher.

Il ne nous reste que très peu de temps. Et pas seulement concernant les élections. Il ne nous reste que très peu de temps pour nous rallier. Tous. Après, il sera trop tard, et on aura enterré le Liban. Et on ne pourra que se le reprocher.

Chroniqueuse, Médéa Azouri anime depuis plus d’un an avec Mouin Jaber « Sarde After Dinner », un podcast où ils discutent librement et sans censure d’un large éventail de sujets, avec des invités de tous les horizons. Tous les dimanches à 20h, heure de Beyrouth. Épisode du 7 novembre avec Nabil Ismail sur la guerre du Liban : https://youtu.be/922bW-qAc54


Le Liban a toujours été une mosaïque mêlant différentes cultures, différentes sectes, différentes histoires. Comme une espèce de Rubik’s Cube qui, après moult mouvements, finissait par être harmonieux et cohérent. Six côtés de six couleurs distinctes. Distinctes mais homogènes. Ce contraste a été sa richesse depuis la nuit des temps, tant les Libanais savaient valser ensemble....

commentaires (3)

IL Y A POSSIBILITE D,UN LIBAN DU VIVRE ENSEMBLE UNI SI LES MERCENAIRES CHIITES QUITTENT LE PAYS ET LE RESTE DES CHIITES LIBANAIS FASSE ALLEGEANCE UNIQUEMENT AU LIBAN LEUR PATRIE. MEME ALLEGEANCE AUSSI PAR TOUTES LES AUTRES COMMUNAUTES.

CENSURE + CARENCE + BOURDES = FUITE DES ABONNES.

14 h 44, le 26 novembre 2021

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Commentaires (3)

  • IL Y A POSSIBILITE D,UN LIBAN DU VIVRE ENSEMBLE UNI SI LES MERCENAIRES CHIITES QUITTENT LE PAYS ET LE RESTE DES CHIITES LIBANAIS FASSE ALLEGEANCE UNIQUEMENT AU LIBAN LEUR PATRIE. MEME ALLEGEANCE AUSSI PAR TOUTES LES AUTRES COMMUNAUTES.

    CENSURE + CARENCE + BOURDES = FUITE DES ABONNES.

    14 h 44, le 26 novembre 2021

  • Sur le million d’électeurs potentiels, seuls 25 % se sont enregistrés. Les expats désireux de voir leur pays se relever se sont coupés en quatre pour aider et rassembler le plus grand nombre de votants. Le compte est bon ! 1/4=25%

    Alibi Natus

    12 h 07, le 26 novembre 2021

  • Excellent article et combien juste , malheureusement

    charles s gennaoui

    10 h 09, le 26 novembre 2021

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