Critiques littéraires Bande dessinée

Jean-Paul Eid, l'émotion à vif

Le Petit Astronaute de Jean-Paul Eid, La Pastèque, 2021, 156 p.

Moins connue que les bandes dessinées françaises ou belges, la bande dessinée canadienne a su, au fil des décennies, créer un environnement éditorial pérenne autour d’auteurs phares et d’une jeune génération dynamique. Aux côtés de Michel Rabagliati et son personnage de Paul, véritable phénomène éditorial, d’autres auteurs peuvent se targuer d’avoir su, à Montréal, mener une carrière longue, murie et ponctuée d’albums marquants. Jean-Paul Eid, qui sort cette année son premier album d’inspiration autobiographique, Le Petit Astronaute, est de ceux-là.

Né au Liban, Jean-Paul Eid a suivi ses parents au Canada dès l’âge de deux ans. Faute d’occasion et sans réels souvenirs ou attaches l’y poussant, il n’était plus revenu au Liban depuis. C’est désormais chose faite, puisqu’il faisait partie de la délégation canadienne qui a fait le voyage à l’occasion du Beyrouth BD Festival, qui s’est tenu en octobre. Débutant sa carrière, comme beaucoup de ses collègues québécois, dans la revue Croc, aujourd’hui disparue, Jean-Paul Eid a ensuite pris le chemin des albums uniques, avec des récits longs, touchant à des registres de genre, mais toujours centrés sur des personnages chargés en émotions.

Avec Le Petit Astronaute, il fait aujourd’hui un pas de plus vers l’intime, en proposant un récit profondément lié à son expérience familiale. Jean-Paul Eid est le père d’un enfant touché par une paralysie cérébrale. Depuis plus de vingts ans, cette réalité fait partie de son quotidien. Le moment lui a paru bon, aujourd’hui, pour partager son expérience. Dans Le Petit Astronaute, il change les noms, se donne les libertés de la fiction, mais s’appuie largement sur son vécu pour mettre en scène la naissance et les premières années d’un enfant portant ce handicap : Tom.

Le récit joue sur plusieurs registres : celui, intime, du cocon familial, est présent à chaque scène ; celui, social, du rapport qu’entretiennent les autres avec la différence, s’y immisce régulièrement. L’album aborde d’ailleurs ce rapport à la société de manière particulièrement frontale lorsque la famille se voit confrontée à la difficulté de trouver une place en garderie à leur fils.

Pourtant, quel que soit l’angle choisi, il s’agit avant tout d’un album baigné dans l’affection. L’affection parentale, mais surtout celle de la grande soeur de Tom qui vit tout cela par le seul prisme de l’émotion. C’est justement son regard, chargé d’une bienveillance d’enfant puis d’adolescente, que Jean-Paul Eid choisit de mettre en avant. La grande soeur est la narratrice, et l’histoire est racontée en flash-backs, alors qu’elle revisite, nostalgique, la maison qui fut celle de sa famille durant les premières années de Tom. Un exemple parmi d’autres de ce que la fiction peut amener à un récit d’inspiration autobiographique.

Touchant de bout en bout, l’album parle au coeur autant qu’il porte à refléchir. Il y a dans Le Petit Astronaute une bouleversante implication de l’auteur mais aussi la distance nécessaire (la fiction, le point de vue, la mise en scène) pour que le récit, au-delà du témoignage, soit une belle histoire. De celles qui restent.



Le Petit Astronaute de Jean-Paul Eid, La Pastèque, 2021, 156 p.Moins connue que les bandes dessinées françaises ou belges, la bande dessinée canadienne a su, au fil des décennies, créer un environnement éditorial pérenne autour d’auteurs phares et d’une jeune génération dynamique. Aux côtés de Michel Rabagliati et son personnage de Paul, véritable phénomène éditorial,...

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