Rechercher
Rechercher

Lifestyle - Design

Ces petites bêtes qui font du bien là où ça fait mal

Ces petites bêtes qui font du bien là où ça fait mal

Le bestiaire de bronze de Henry Dakak Jr. Photo Lara Zankhoul

Tout passant qui longe la rue Abdel Wahab el-Inglizi à Achrafieh ne peut manquer de s’arrêter devant cette vitrine où se promènent en liberté d’étranges et fascinantes bêtes dorées. Scarabées, papillons, abeilles, grenouilles, fourmis, serpents… Ils grimpent aux pieds de petites tables de bronze, se posent sur le bord d’une coupelle, jouent les vanités au bout d’un pendentif, en bagues ou en broches. « Ces animaux nous font du bien, dit Henry Dakak Jr., gestionnaire de patrimoine averti, doublé d’un historien de l’art. J’ai voulu les immortaliser, attirer l’attention sur leur beauté. » L’artiste a trouvé le moyen de libérer ses muses tout en gérant en atelier l’entreprise de sa famille spécialisée dans la conception et la fabrication de meubles décoratifs. Le bronze – notamment doré – la résine et le verre sont ses outils favoris.


Le bestiaire de bronze de Henry Dakak Jr. Photo Lara Zankhoul

« Ma famille a toujours été une source d’inspiration, en particulier mon grand-père, un ingénieur talentueux », ajoute le créateur, tignasse blonde et regard océan qui insiste sur sa passion fondatrice pour le cinéma. Il aurait voulu être réalisateur, mais, à défaut, il réinvestit avec talent son amour du septième art dans des mises en scène que rendent possible le terrain de jeu illimité de l’usine familiale dans laquelle il forge ses décors et donne forme et vie à ses chimères. Il apprend le métier sur le tas, avec les artisans de la maison, et finit par lancer sa propre entreprise, HHD Henry Dakak Jr., une signature qui va parallèlement se faire connaître dans les foires artistiques telles que Beirut Art Fair. Au-delà de la boutique, véritable cabinet de curiosités lové dans ce secteur marqué par l’esthétique Art déco du mandat français, son enseigne est justement à la croisée des arts décoratifs, de l’objet au meuble, en passant par la haute joaillerie. Veillant avec un souci maniaque sur la production et les finitions de ses objets, Henry Dakak Jr. a réussi en toute discrétion à laisser son empreinte sur tous les azimuts : de Beyrouth à Genève, Paris, Londres, Los Angeles, où il réalise, en plus de semer ses petites bêtes, de magnifiques projets d’aménagement d’intérieur.

Mais à cet artiste habité, à défaut de tourner ses films, il faut un autre regard.


Le bestiaire de bronze de Henry Dakak Jr. Photo Lara Zankhoul

Aussi s’entoure-t-il de talents divers, artistes, photographes, architectes, souvent des jeunes dont il contribue à lancer la carrière. Pour donner vie à son précieux bestiaire, il s’adresse cette fois à l’objectif de Lara Zankhoul, une artiste polyvalente et interdisciplinaire qui se sert de sa caméra pour ouvrir les yeux du spectateur aux réalités qui lui échappent, notamment dans les domaines social et simplement humain. À l’image brute, cette autodidacte ajoute des récits picturaux qui transcendent la simple documentation. Son univers, qui floute les frontières entre réel et surréel, rejoint celui de HHD, avec un goût de la mise en scène qui fait vibrer ses objets et les anime d’une vie nouvelle.


Le bestiaire de bronze de Henry Dakak Jr. Photo Lara Zankhoul

Les papillons vont se poser sur la tête et au creux du cou entouré de gaze noire d’un modèle nimbé d’une lumière chaude qui sature la couleur de ses cheveux roux. Ailleurs, on retrouvera la jeune femme aux cheveux de feu, aux cils glacés de rimmel blanc, en grande confidence avec des abeilles, quand ce ne sont pas des grenouilles en mal de prince charmant qui se posent sur son visage.

« Un baiser, mais à tout prendre, qu’est-ce ? Un mot d’amour qui fait un bruit d’abeille », écrit Edmond Rostand dans son Cyrano. Henry Dakkak Jr. lui-même accueille à son oreille une fourmi d’or qui semble lui raconter quelque secret. Le serpent vert-de-gris, Lara Zankhoul le confronte avec une pomme fraîche, rouge à faire mal, histoire de faire surgir la légende, fût-elle biblique, dans le bronze inanimé. Ainsi de suite, la pomme croquée offrira sa chair à une colonie de fourmis d’or, la libellule se posera sur l’eau d’une surface de bronze dorée par un crépuscule artificiel.

Lire aussi

Le printemps-été 2022 de Sandra Mansour à l’ombre de l’heure bleue

Voilà ces « animaux qui nous font du bien », invités dans un script dont ils n’ont pas appris le premier mot, un film peut-être noir, une fantasmagorie délicate, à la fois réelle et irréelle où vie et mort se répondent.

Les deux artistes nous apprennent au final que tout est dans notre regard et qu’il suffit de penser au bien ou au mal pour voir l’un ou l’autre surgir devant nos yeux dans une même image à double sens. Une belle collection à découvrir à la boutique HHD, rue Abdel Wahab el-Inglizi, à Achrafieh.

Tout passant qui longe la rue Abdel Wahab el-Inglizi à Achrafieh ne peut manquer de s’arrêter devant cette vitrine où se promènent en liberté d’étranges et fascinantes bêtes dorées. Scarabées, papillons, abeilles, grenouilles, fourmis, serpents… Ils grimpent aux pieds de petites tables de bronze, se posent sur le bord d’une coupelle, jouent les vanités au bout d’un pendentif, en bagues ou en broches. « Ces animaux nous font du bien, dit Henry Dakak Jr., gestionnaire de patrimoine averti, doublé d’un historien de l’art. J’ai voulu les immortaliser, attirer l’attention sur leur beauté. » L’artiste a trouvé le moyen de libérer ses muses tout en gérant en atelier l’entreprise de sa famille spécialisée dans la conception et la fabrication de meubles décoratifs. Le bronze – notamment doré...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut