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Moyen-Orient - Nucléaire Iranien

La situation se débloque, mais le plus dur reste à faire

Après des mois d’atermoiements, la République islamique s’est enfin engagée à reprendre indirectement les discussions avec les États-Unis, fin novembre.

La situation se débloque, mais le plus dur reste à faire

Le vice-ministre iranien des Affaires étrangères Ali Bagheri (à droite) accueillant le secrétaire général adjoint du Service européen pour l’action extérieure (SEAE), Enrique Mora, à ​​Téhéran, la capitale de la République islamique, le 14 octobre 2021. AFP

Oui, non, peut-être et puis oui. Après des mois de tergiversations au cours desquelles la République islamique a joué les divas au point d’agacer – voire d’alarmer – ses interlocuteurs européens, elle a finalement accepté de reprendre les négociations sur le nucléaire, qui plus est, en proposant un calendrier. « Nous avons eu un dialogue sérieux et constructif avec @enriquemora_ sur les éléments essentiels pour des négociations réussies. Nous nous sommes mis d’accord pour commencer les pourparlers avant la fin du mois de novembre », a publié mercredi sur Twitter le négociateur en chef iranien Ali Bagheri Kani après une réunion avec des officiels de l’Union européenne (UE) à Bruxelles. Une date qui pourrait avoir été minutieusement calculée afin de coïncider avec une rencontre du conseil des gouverneurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), l’organisme de l’ONU chargé de surveiller les sites nucléaires iraniens. Pour la République islamique, les enjeux de cet événement sont cruciaux puisque l’AIEA devra décider s’il faut sanctionner Téhéran à cause de son refus persistant d’autoriser les inspecteurs à accéder à certains sites nucléaires sur son territoire.

Impasse

L’annonce de Ali Bagheri Kani est une bonne nouvelle pour l’administration américaine menée par le président Joe Biden qui a érigé la reprise des pourparlers avec l’Iran au rang de priorité de la politique US dans la région, dans un contexte général marqué par le désengagement. Or Washington ne savait plus où donner de la tête depuis l’arrivée au pouvoir de l’ultraconservateur Ebrahim Raïssi à l’issue du scrutin présidentiel iranien de juin. Si bien qu’il a, au cours de ces dernières semaines, averti réfléchir à un « plan B » au cas où Téhéran rechignerait à revenir à la table des négociations pour sauver l’accord sur le nucléaire de 2015. Signé sous le mandat de Barack Obama, ce plan d’action global (JCPOA) visait à restreindre drastiquement les activités nucléaires de Téhéran en échange d’un allégement des sanctions économiques à son encontre. Mais, en 2018, le président Donald Trump s’était retiré de manière unilatérale de l’accord, entraînant la mise en œuvre d’une pression maximale, à savoir la réintroduction des mesures punitives contre la République islamique d’abord, puis leur renforcement. En réaction, celle-ci s’est défait de la majeure partie de ses engagements. L’Iran produit aujourd’hui de l’uranium hautement enrichi à 60 %, se rapprochant, pour les observateurs, dangereusement des 90 % nécessaires à la production d’une arme. La République islamique œuvre également à peaufiner des centrifugeuses avancées capables de faire tourner l’uranium enrichi plus rapidement que celles autorisées par le JCPOA, ce qui lui permettrait de réduire le temps nécessaire à la production de combustible nucléaire. En visite à New York à la fin du mois de septembre, le nouveau ministre iranien des Affaires étrangères Hossein Amir-Abdollahian – proche des gardiens de la révolution – n’avait fait montre d’aucune volonté sérieuse d’accélérer la cadence. Ni proposé de date pour la reprise des pourparlers ; ni donné son accord pour qu’elles reprennent là où elles s’étaient arrêtées il y a près de quatre mois, après six cycles de discussions amorcés en avril, qui, pourtant, semblaient prometteurs.

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À l’époque, les protagonistes principaux avaient souligné l’importance des progrès accomplis, l’ancien président iranien Hassan Rohani évoquait de « grandes étapes » franchies ; la Maison-Blanche se montrait prudente mais positive ; Enrique Mora, coordonnateur de l’UE pour les négociations indirectes entre Téhéran et Washington, n’hésitait pas à se dire « convaincu qu’il y aura un accord final ». Un vent d’optimisme vite balayé par des inquiétudes de plus en plus vives liées aux atermoiements de la nouvelle administration iranienne, de ses provocations destinées à montrer les muscles et, en coulisses, à préparer le terrain pour, éventuellement, s’engager en position de force face aux États-Unis et aux entremetteurs européens du P4 + 1, à savoir les membres du Conseil de sécurité de l’ONU, auxquels s’ajoute l’Allemagne. Car jamais il n’a réellement été question pour Téhéran d’abandonner complètement l’idée d’un accord avec les Occidentaux. Pour la simple et bonne raison que l’état calamiteux de son économie ne le lui permet pas. La politique de pression maximale imposée par Donald Trump à son égard l’a toutefois renforcée dans sa conviction qu’il ne peut pas faire confiance à Washington.

Dans ces circonstances, les annonces récentes relatives à une reprise des négociations fin novembre, constituent, pour leurs partisans, une avancée mais ne sont pas non plus propices aux réjouissances. Hossein Amir-Abdollahian a déclaré mercredi ne pas vouloir reprendre les pourparlers là où ils s’étaient arrêtés en juin, qualifiant cette séquence d’impasse. Le ton est donné depuis longtemps. Les discussions seront longues et difficiles. Selon une note du Eurasia Group publiée mercredi, « une reprise de l’accord nucléaire iranien est peu probable l’année prochaine, car la montée en puissance rapide du nucléaire iranien et les exigences maximalistes rendront probablement l’accord de 2015 hors de propos ». Les auteurs évaluent la probabilité d’arriver à un accord en 2022 à 30 %.

Empoisonné

La réactivation du JCPOA est aujourd’hui confrontée à une série de défis alimentés par l’intransigeance iranienne et les desiderata des alliés de Washington au Moyen-Orient, à commencer par Israël et l’Arabie saoudite. Parce que ce sont les États-Unis qui se sont retirés de l’accord, la République islamique considère qu’ils doivent faire le premier pas. « Téhéran aimerait que Washington lève les sanctions et que l’Iran vérifie ensuite qu’elles ont bel et bien été levées avant d’annuler l’accélération du programme nucléaire », explique Sanam Vakil, directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord au centre de réflexion Chatham House. « De plus, les Iraniens veulent des garanties que si les États-Unis se retirent à nouveau du JCPOA dans le cadre d’une nouvelle administration, les autres signataires de l’accord le protégeront économiquement. L’Iran veut en somme s’assurer que son économie ne sera pas soumise à des situations de yo-yo comme ce fut le cas avec la politique de pression maximale. »

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Côté américain, on veut faire de la réactivation du JCPOA un point de départ plutôt qu’une fin afin d’« allonger et de renforcer » – selon les termes de la diplomatie américaine – ses contours et son contenu et prendre en compte des problématiques qui, aujourd’hui, revêtent un caractère particulièrement sensible pour Tel-Aviv et Riyad. Il en va ainsi du programme balistique iranien d’une part et du réseau régional de supplétifs de la République islamique d’autre part. Deux lignes absolument infranchissables pour l’Iran. Les responsables iraniens font par ailleurs monter les enchères en appelant désormais à une levée complète des sanctions, y compris de celles qui ne sont pas liées au nucléaire mais à des sujets tels que les droits humains. « L’administration Trump a imposé des sanctions empoisonnées, désignant par exemple les gardiens de la révolution comme une organisation terroriste. Cela n’a rien à voir avec le nucléaire. Mais l’administration Biden se retrouve les poings liés concernant la levée de toutes les sanctions mises en œuvre depuis 2018 », estime Sanam Vakil.

Oui, non, peut-être et puis oui. Après des mois de tergiversations au cours desquelles la République islamique a joué les divas au point d’agacer – voire d’alarmer – ses interlocuteurs européens, elle a finalement accepté de reprendre les négociations sur le nucléaire, qui plus est, en proposant un calendrier. « Nous avons eu un dialogue sérieux et constructif avec @enriquemora_ sur les éléments essentiels pour des négociations réussies. Nous nous sommes mis d’accord pour commencer les pourparlers avant la fin du mois de novembre », a publié mercredi sur Twitter le négociateur en chef iranien Ali Bagheri Kani après une réunion avec des officiels de l’Union européenne (UE) à Bruxelles. Une date qui pourrait avoir été minutieusement calculée afin de coïncider avec une rencontre du conseil des...
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