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Moyen-Orient - Entretien

Le CICR « lutte bec et ongles pour que l’espace humanitaire ne soit pas politisé »

De passage à Beyrouth la semaine dernière, le directeur pour le Moyen-Orient du Comité international de la Croix-Rouge, Fabrizio Carboni, a fait le point dans une interview avec « L’Orient-Le Jour » sur les activités de l’organisation dans la région et les défis auxquels elle fait face.

Le CICR « lutte bec et ongles pour que l’espace humanitaire ne soit pas politisé »

Le directeur régional du Comité international de la Croix-Rouge, Fabrizio Carboni. Photo AFP

Du Liban à l’Afghanistan en passant par la Syrie et le Yémen, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) est sur tous les fronts. De par ses missions, il doit ainsi collaborer avec tous les acteurs sur le terrain. Qu’il s’agisse de gouvernements, de milices, de groupes rebelles ou terroristes, le CICR doit pouvoir parler avec tout le monde. Interrogé par L’Orient-Le Jour lors de son passage à Beyrouth, le chargé de l’organisation pour le Moyen-Orient, Fabrizio Carboni, fait le point sur les défis auxquels elle fait face dans la région.

Le CICR revendique sa volonté de « parler à tout le monde » dans les zones de conflit. Quelles sont les raisons ?

Il y va d’abord de la sécurité de nos équipes. Nous travaillons généralement sans escorte. Les acteurs locaux savent que notre mission est seulement humanitaire. Nous sommes un acteur neutre, indépendant et impartial. Notre dialogue ne donne pas une valeur politique à ceux avec qui nous discutons. Notre objectif est également d’amener les parties à respecter le droit des conflits armés, à l’instar de leur responsabilité à l’égard des personnes détenues ou blessées, ou pour la protection de la population civile sous leur contrôle.

Comment cela s’applique-t-il sur le terrain ?

Nous l’avons démontré, par exemple, après la chute de Baghouz en Syrie, le dernier territoire tenu par l’État islamique (en mars 2019). Des dizaines de milliers de personnes installées dans les camps étaient considérées par certains comme des pestiférés, comme au-delà de l’humanité. C’est dans ces moments-là que nous devons démontrer qu’il y a un minimum d’humanité, peu importe ce que l’individu a fait, y compris pour ceux qui sont considérés comme l’incarnation du mal sur terre. À partir du moment où les acteurs concernés sont parties à un conflit, ils ont un impact sur les personnes civiles ou arrêtées et nous parlons avec eux. Les populations ont des besoins, elles doivent recevoir de l’eau, de la nourriture, des soins de santé et nous leur demandons des garanties sécuritaires. En Afghanistan, nous avons eu la garantie que nous pourrions continuer à travailler avec des femmes par exemple (suite à la chute de Kaboul en août dernier).

En Syrie, le régime syrien a également été longtemps marginalisé par les Occidentaux et les Arabes, tandis que l’ONU a souvent été accusée de faire le jeu du régime. Comment le CICR a-t-il fait face à cette situation ?

La Syrie est le contexte le plus politisé de l’histoire récente. En tant qu’humanitaires, nous avons dû lutter et nous luttons toujours bec et ongles pour que notre espace humanitaire ne soit pas politisé. Notre combat était quotidien pour faire passer les camions de médicaments ou autres. Il y a eu une faillite collective de la part des acteurs politiques qui n’ont rien respecté.


Pour mémoire

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Le Yémen est aujourd’hui l’une des pires crises humanitaires dans le monde. Que faites-vous dans ce pays ?

La situation au Yémen est inextricable, sachant que la guerre n’est qu’une dimension de la crise humanitaire. Il y a aussi une crise climatique, économique et sanitaire, alors que le système de santé est complètement défaillant. Même si le conflit s’arrêtait demain, le Yémen serait toujours face à des défis dantesques. Nous essayons d’être présents sur l’ensemble du territoire et les lignes de front, à l’instar de Ma’rib actuellement. Mais nous ne devons pas uniquement être dans l’urgence, car il y a en outre tout un travail structurel à long terme sur les infrastructures d’eau ou encore les lieux de détention. C’est l’une des grandes évolutions du travail humanitaire : nous restons en moyenne entre 30 et 40 ans dans un pays. Il faut tenir compte des systèmes qui s’écroulent, ce qui aurait encore plus de conséquences dramatiques. Au Yémen, c’est le cas concernant le choléra, la malnutrition…

Au Liban, le CICR et la Croix-Rouge libanaise (CRL) ont notamment été au centre de la distribution d’aide après la double explosion du 4 août 2020, alors que les donateurs refusaient de passer par l’État, accusé d’être corrompu... Quels sont les liens entre le CICR et le Liban ?

La relation entre le CICR, la Croix-Rouge libanaise et les Libanais est une histoire unique. J’ai travaillé dans beaucoup de pays et je ne crois pas qu’il y ait une autre population qui ait cette relation presque intime avec nos valeurs. Cela n’a rien de religieux : nous pouvons aller à Tripoli, Saïda ou Baalbeck, les Libanais comprennent le besoin d’avoir des acteurs neutres et qui n’ont aucun objectif politique dans un environnement aussi fracturé. Bien que nous puissions parler de plein de choses qui ne vont pas au Liban, nous pouvons aussi célébrer quelques succès, à l’image du CICR, au sein duquel travaillent 5 % d’étrangers, tandis que le reste du personnel est constitué de locaux. Nous pouvons également mentionner le travail incroyable effectué à l’hôpital Rafic Hariri à Beyrouth. Il y a 5 ans, c’était une catastrophe en termes de transparence ou de qualité des soins. Aujourd’hui, il s’agit de l’hôpital de référence concernant les soins relatifs au coronavirus.


Du Liban à l’Afghanistan en passant par la Syrie et le Yémen, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) est sur tous les fronts. De par ses missions, il doit ainsi collaborer avec tous les acteurs sur le terrain. Qu’il s’agisse de gouvernements, de milices, de groupes rebelles ou terroristes, le CICR doit pouvoir parler avec tout le monde. Interrogé par L’Orient-Le Jour lors...

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