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Politique - Analyse

Ce que l’opposition libanaise doit retenir des élections irakiennes

Le faible taux de participation, la victoire de Moqtada Sadr, la défaite de l’Iran ou encore la percée des groupes issus de la société civile sont autant de leçons pour le pays du Cèdre.

Ce que l’opposition libanaise doit retenir des élections irakiennes

Une femme passant devant une affiche du clerc chiite Moqtada Sadr, grand vainqueur des élections législatives, à Bagdad. Wissam al-Okaïli/Reuters

Les élections sont un moyen et non une fin. Elles peuvent être un outil essentiel au service d’une transition politique tout comme un instrument permettant de conforter, voire de réhabiliter, le pouvoir en place, en particulier dans un contexte où toutes les parties ne jouent pas à armes égales. Ces deux dynamiques ne sont pas nécessairement contradictoires, comme l’ont prouvé les élections législatives qui se sont tenues dimanche en Irak et qui ont abouti à la fois au renforcement de certaines forces traditionnelles et à l’émergence de nouveaux acteurs. Même dans un moment révolutionnaire, ce n’est pas forcément tout ou rien : telle est la principale leçon que l’opposition libanaise devrait retenir des élections en Irak. Les deux pays ont connu des trajectoires similaires au cours de ces dernières années, si bien que le scrutin irakien, malgré les différences de contexte qu’il ne faut pas sous-estimer, peut livrer plusieurs enseignements des plus intéressants.

Abstention massive ?

Le premier, c’est qu’un soulèvement populaire massif ne se traduit pas nécessairement par une forte mobilisation au moment des élections. À l’instar du Liban, l’Irak a connu un fort mouvement de contestation à l’automne 2019, où des centaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue pour réclamer la « chute du régime ». Les élections de dimanche ont pourtant été marquées par un très fort taux d’abstention, puisque seuls 41 % des électeurs inscrits ont participé au scrutin. L’ombre des assassinats politiques (35 depuis 2020) et enlèvements justifie notamment cette désertion des urnes, alors qu’une partie des candidats issus de la société civile avaient décidé de boycotter l’élection dans ce climat de peur et d’insécurité.

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Mais cela n’explique pas tout. De nombreux Irakiens considèrent que les élections ne changeront rien à la trajectoire que prend le pays depuis des années, compte tenu de la force des milices, du verrouillage du système ou encore des enjeux géopolitiques. Le Liban n’est pas à l’abri de connaître le même sort lors des prochaines législatives qui devraient se tenir le 27 mars 2022. Le taux d’abstention se situe généralement au-delà de 45 % au pays du Cèdre, et l’on pourrait penser que les événements récents encourageront davantage d’électeurs à se rendre aux urnes. Mais c’est la logique inverse qui pourrait s’imposer. Aux habituels abstentionnistes pourraient s’ajouter ceux qui considèrent que les conditions du changement ne sont pas réunies, ceux qui sont définitivement dégoûtés par la politique libanaise ou ceux qui ne peuvent plus profiter du clientélisme, en raison du manque de moyens de leurs zaïms. Dans un récent sondage réalisé par le National Democratic Institute, 45 % des personnes interrogées affirment qu’elles n’iront pas voter, tandis que 17 % disent qu’elles n’ont pas encore pris leur décision à ce sujet. Comparaison n’est pas raison, bien sûr, mais les élections estudiantines qui se sont tenues à la LAU la semaine dernière ont été marquées par un taux de participation de 49 % contre 62 % l’année précédente, et par un retour en puissance des partis traditionnels. Un fort taux d’abstention risque en effet de faire le jeu des vieux partis dont les machines électorales sont beaucoup plus rodées à l’exercice.

Un Sadr libanais ?

Le deuxième enseignement, c’est que les dividendes du soulèvement populaire peuvent être cueillis par des formations traditionnelles. Moqtada Sadr, le grand gagnant du scrutin irakien, est aussi l’un des hommes les plus forts du pays depuis des années. Mais les sadristes, qui ont largement participé aux mobilisations populaires, ont toujours gardé un pied dans le pouvoir et l’autre dans l’opposition. Cette stratégie, combinée à des moyens beaucoup plus importants que les autres formations issues de la rue, ont permis à la formation d’élargir sa base électorale en récoltant probablement une partie des voix contestataires. Y aura-t-il un Sadr libanais ? Le système ne le permet pas a priori. Mais Samir Geagea est sans doute celui dont la stratégie est la plus proche de celle du trublion chiite. Le leader des Forces libanaises tente de jouer sur deux tableaux à la fois depuis plusieurs mois : il veut incarner la principale force chrétienne dans une logique traditionnelle et essaye en même temps de tendre la main à la société civile pour prendre la tête de l’opposition au pouvoir. Là encore, l’organisation du parti et l’envergure de son chef pourraient lui permettre d’attirer une partie des voix contestataires, au-delà de son électorat traditionnel. Surtout si les formations issues de la société civile arrivent sur la ligne de départ en rangs trop dispersés et avec une ligne manquant de clarté. À ce titre, leur incapacité à s’entendre sur un candidat unique pour l’élection du prochain bâtonnier de Beyrouth donne une idée de l’ampleur de la tâche.

Une surprise pour le Hezbollah ?

Le troisième enseignement, c’est la défaite de l’Iran. L’Irak est le pays arabe où l’interférence iranienne est le plus assumée, mais aussi celui où elle est le plus contestée. « L’Iran dehors » était l’un des principaux slogans du soulèvement d’octobre 2019, en particulier dans les provinces chiites du sud du pays. L’alliance du Fateh – bras politique des milices pro-Iran – a subi un revers majeur, tandis que tous les alliés de Téhéran, à l’exception de l’ancien Premier ministre Nouri el-Maliki, ont perdu des points. Le Hezbollah dispose d’une tout autre aura au sein de la communauté chiite libanaise et n’a jamais été aussi sérieusement contesté. Mais le parti de Hassan Nasrallah a tout de même de quoi s’inquiéter en regardant les résultats du scrutin irakien, d’autant qu’une partie de sa rue lui reproche ses alliances politiques et son interventionnisme dans le monde arabe. Est-ce que cela peut se traduire dans les urnes alors que le Hezbollah fait tourner la machine clientéliste à plein régime depuis des mois ? S’il ne parvient pas à verrouiller les élections en amont, en « dissuadant » les listes menaçantes, il pourrait, lui aussi, ne pas être à l’abri de certaines surprises.

Définir une ligne claire

Le quatrième et dernier enseignement est la percée des listes issues de la société civile. Malgré l’abstention, malgré le fait que la majorité des formations nées de l’intifada avaient décidé de boycotter l’élection, celles qui se sont présentées, à commencer par le mouvement Emtidad conduit par le pharmacologue Ala’ Rikabi, ont tout de même récolté au moins huit sièges. Cela prouve que ces formations peuvent avoir leur mot à dire, même dans un système extrêmement verrouillé et dans un contexte défavorable. Au Liban, les partis de l’opposition doivent sérieusement s’activer s’ils veulent avoir une chance de peser dans le prochain scrutin. Il s’agit de définir une ligne politique claire et assumée, au-delà du dégagisme et, sans renier celle-ci, de construire l’alliance la plus large possible. Le temps presse.

Les élections sont un moyen et non une fin. Elles peuvent être un outil essentiel au service d’une transition politique tout comme un instrument permettant de conforter, voire de réhabiliter, le pouvoir en place, en particulier dans un contexte où toutes les parties ne jouent pas à armes égales. Ces deux dynamiques ne sont pas nécessairement contradictoires, comme l’ont prouvé les...
commentaires (3)

Les médias ont le plus grand rôle à jouer pour propager les messages de l’opposition gratuitement et continuellement sans plus attendre. Il faut que les libanais se rendent compte tous les jours des pièges et des manigances des mafieux au pouvoir pour les éviter et le seul moyen de les dégager seraient les urnes. Même les chiites devraient se mobiliser massivement pour se débarrasser de ce tortionnaire qui les martyrise en les transformant en bouc émissaires et en chair à canons avec ses guerres improvisées pour sauver un pays étranger et qui dans un autre domaine favorise les familles partisanes à celles qui s’opposent à son diktat et finissent par perdre de vue leurs enfants faute d’horizons et d’avenir en s’expatriant puisque les emplois et les postes qui reviennent de droit aux gens qualifiés se retrouvent occupés par des incultes parce que partisans du vendu qui n’a rien à cirer de leur avenir malgré leur compétence. Cette révolution devrait avoir lieu dans toutes les régions libanaises parce que les prétendus défenseurs des chrétiens ont adopté exactement les mêmes tactiques que leurs alliés vendus pour parvenir à garder leurs postes au pouvoir. Et pour cela il faut que les libanais soient informés et mobilisés jusqu’à ce que ça rentre de l’importance de leur voix qui feront toute la différence. Vous voulez une vie décente? Votez. Vous voulez un état et une souveraineté? Votez. Un tsunami de votes contestataire doit emporter ces malotrus. Le pouvoir c’est le peuple.

Sissi zayyat

16 h 52, le 13 octobre 2021

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Commentaires (3)

  • Les médias ont le plus grand rôle à jouer pour propager les messages de l’opposition gratuitement et continuellement sans plus attendre. Il faut que les libanais se rendent compte tous les jours des pièges et des manigances des mafieux au pouvoir pour les éviter et le seul moyen de les dégager seraient les urnes. Même les chiites devraient se mobiliser massivement pour se débarrasser de ce tortionnaire qui les martyrise en les transformant en bouc émissaires et en chair à canons avec ses guerres improvisées pour sauver un pays étranger et qui dans un autre domaine favorise les familles partisanes à celles qui s’opposent à son diktat et finissent par perdre de vue leurs enfants faute d’horizons et d’avenir en s’expatriant puisque les emplois et les postes qui reviennent de droit aux gens qualifiés se retrouvent occupés par des incultes parce que partisans du vendu qui n’a rien à cirer de leur avenir malgré leur compétence. Cette révolution devrait avoir lieu dans toutes les régions libanaises parce que les prétendus défenseurs des chrétiens ont adopté exactement les mêmes tactiques que leurs alliés vendus pour parvenir à garder leurs postes au pouvoir. Et pour cela il faut que les libanais soient informés et mobilisés jusqu’à ce que ça rentre de l’importance de leur voix qui feront toute la différence. Vous voulez une vie décente? Votez. Vous voulez un état et une souveraineté? Votez. Un tsunami de votes contestataire doit emporter ces malotrus. Le pouvoir c’est le peuple.

    Sissi zayyat

    16 h 52, le 13 octobre 2021

  • Effectivement les élections libanaises peuvent bénéficier aux FL de la même façon que les éléections iraquiennes ont bénéficié au courant Sadr. Ceci dit Moqtada el Sadr est une girouette alors que Samir Geagea est un homme de principes. Moqdata el Sadr a mis un pied conséquent dans le pouvoir iraquien pour ne pas avoir à confronter l'Axe safavide tout en gardant certaines distances avec lui, Samir Geagea avait mis un tout petit pied dans le pouvoir libanais (les M&Ms Militia and Mafia n'ont laissé que des miettes aux FL) pour mieux confronter l'Axe safavide, par l'enterrement de la loi électorale Rustom Ghazalé dite de 2000 et par une prestation exemplaire de ses ministres. Et de plus sans l'accord de Meerab c'est Frangié qui aurait été président et c'est Aoun et surtout Bassil qui auraient eu toute la latitude pour jouer la girouette et eux pour le coup ils auraient fait exactement comme Moqtada el Sadr.

    Citoyen libanais

    14 h 08, le 13 octobre 2021

  • on va certainement m'en vouloir mais c'est comme ca :ce qui a fait la victoire des anti iraniens en Iraq est que le peuple a souffert dans chaire comme rarement un autre peuple l'aura souffert, alors que le peuple libanais lui a SURTOUT souffert dans sa poche -en tous cas beaucoup plus que dans sa chaire-excepte les victimes du 4 aout 2020 - cette difference a fait que le sursaut nationaliste des irakiens a pris le dessus , le peuple a BOUGE et CHOISI . nous autres libanais bougeront nous de la meme facon ?

    Gaby SIOUFI

    07 h 21, le 13 octobre 2021

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