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Aventure et art de vivre selon Michèle et Antonio

Aventure et art de vivre selon Michèle et Antonio

Antonio de Michèle Standjofski, Des ronds dans l’O, 2021, 224 p.

Après Toutes les mers, paru en 2017 et dans lequel elle entamait une exploration de son histoire personnelle et familiale, Michèle Standjofski poursuit sur sa lancée avec un nouvel album, centré cette fois-ci sur le parcours de son arrière-grand-père : Antonio. Et quel arrière-grand-père…

De Naples à Constantinople en passant par Beyrouth, Antonio saisit au vol toute occasion de vivre une belle aventure. Une nature qui l’entraîne tour à tour dans la cour d’un sultan, sur les champs de bataille comme cuisinier de guerre (« vous aimez les pâtes ? Parfait, il ne fait que ça »), combattre les crocodiles à mains nues... Des crocodiles ? Pardon, cet épisode fait peut-être partie de ceux qu’il invente, pour brouiller les pistes. Ou peut-être pas : Antonio se garde bien de tracer trop précisément la frontière entre les histoires vécues et celles qui n’attendent qu’à l’être un jour.

Voilà donc une raconteuse d’histoire de métier et de passion rendant hommage à celui parmi ses aïeux dont c’était la nature, et dont elle redécouvre le parcours à travers une plongée dans les archives familiales.

Le XXe siècle que Michèle Standjofski met en scène pour l’occasion laisse également la porte ouverte à l’imagination. Très documenté, il est pourtant représenté par des compositions tout en respirations, qui laissent au lecteur la possibilité de broder et d’y poser sa propre Méditerranée rêvée.

Dans ce XXe siècle, Antonio fait semblant d’être impliqué dans les affaires du monde, mais, au fond, fait feu de tout bois. Le sultan lui confie une mission ? Ç’aurait pu être un roi, un prince ou l’Empereur de Chine, qu’importe, tant que c’est une bonne histoire à vivre.

Pour dire son destin, Michèle Standjofski se révèle être une excellente dialoguiste. Autour d’Antonio, se tissent des liens filiaux, d’amitié et d’amour. Et pour animer cette famille de cœur, les mots ne sont jamais neutres : les personnages jouent sans cesse d’un sens de la répartie qui semble être leur seconde nature.

Cet art du dialogue est d’autant plus nécessaire que dans cet album, le temps passe parfois rapidement. Chaque réplique porte ainsi en elle l’état d’esprit d’une période et définit la position que prend chacun face au monde à ce moment-là... Tout cela en réussissant à donner aux échanges un ton naturel et pris sur le vif. Une réussite !

Michèle Standjofski aime ses personnages, mais pas seulement parce qu’ils sont des membres de sa famille. Très clairement, elle se les réapproprie, en fait des personnages typés, iconiques. Elle les anime avec la complicité de celle qui semble dire à chaque page : merci d’avoir été comme ça.

Savoir extraire de toute situation ce qui fait une bonne histoire, utiliser son sens de l’imagination pour saupoudrer cette réalité de petites touches de ce qu’on aime (ce qu’on aime ou ce qu’on est, c’est kif kif), servir le tout aux gens qui nous entourent comme un bon plat chaud tout juste sorti du four : y’a-t-il plus bel art de vivre ? Un art de vivre qui a désormais un prénom. Ou deux. Michèle et Antonio.



Antonio de Michèle Standjofski, Des ronds dans l’O, 2021, 224 p.Après Toutes les mers, paru en 2017 et dans lequel elle entamait une exploration de son histoire personnelle et familiale, Michèle Standjofski poursuit sur sa lancée avec un nouvel album, centré cette fois-ci sur le parcours de son arrière-grand-père : Antonio. Et quel arrière-grand-père…De Naples à Constantinople en...

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