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Lifestyle - Mode

Ahmed Amer imagine « l’été d’après »

Le créateur, dont chaque collection est un moment d’empathie doublé d’un cri contre les injustices, livre une collection estivale où « été » ne rime plus avec « légèreté ». Son style se définit par des formes minimales, pleine couleur, sans distinction de genre, ornées de broderies linéaires de personnages et de visages expressifs.


Ahmed Amer imagine « l’été d’après »

Collection « The Summer After » par Ahmed Amer. Photos ©Ahmed Amer

Venu de l’architecture d’intérieur, Ahmed Amer a commencé sa carrière en tant qu’illustrateur avant de céder à sa passion pour la mode. Il reçoit sa formation à Creative Space Beirut, une école de mode gratuite fondée à Beyrouth par Sarah Hermez avec l’aide de Caroline Simonelli. Depuis ses débuts, en 2017, il se sert du vêtement et de l’illustration pour créer des collections-manifestes qui dénoncent tantôt la maltraitance infligée à la terre et tantôt la corruption et la mal-gouvernance qui ont conduit à l’effondrement du Liban.


Collection « The Summer After » par Ahmed Amer. Photos ©Ahmed Amer

Décloisonner les genres

Après une collection postexplosion nommée Hugs et dédiée à la consolation, réalisée à partir de chutes de tissus Pierre Frey rescapées de l’espace détruit de Maison Titus à Gemmayzé, Ahmed Amer revient avec une nouvelle ligne estivale conçue en collaboration avec Heba Nahlé, son ancienne collègue de Creative Space. « Il s’agit d’une collection d’été avec des volumes minimaux, des illustrations en blocs, une palette de couleurs estivales lumineuses », nous explique le créateur. Les textures, naturelles, se déclinent en cotons et lins confortables, toujours issus de stocks. Ahmed Amer, comme la plupart des créateurs de sa génération, veille à ne pas cloisonner ses collections dans le binôme masculin/féminin. Chez lui, tout va spontanément à tout le monde et chacun trouve son bonheur comme il l’entend.


Collection « The Summer After » par Ahmed Amer. Photos ©Ahmed Amer

Ramasser les morceaux et avancer

« Il m’est apparu que nos étés à Beyrouth ne seraient plus les mêmes. Essayer de rester créatif dans une ville où tout fonctionne contre vous a été une véritable montagne russe ces dernières année, confie Amer. Au moment de lancer le processus de cette nouvelle collection, alors que je rassemblais mes forces, mon courage et la détermination nécessaire au parcours qui va de la conception à la réalisation, tout m’a paru très clair ». « L’été n’est plus le même », ajoute-t-il. Depuis la tragédie qui a frappé Beyrouth l’année dernière, il lui semble que plus jamais un été ne ressemblera à celui qui le précède. « Il y aura toujours un avant et un après chaque été », explique-t-il : « Un “avant” menant à une date fatidique qui alimente notre terreur existentielle, et un “après” cette date, où l’on est rongé par l’incertitude. » Les interrogations sont les mêmes pour tout le monde, constate Amer : « Où allons-nous à partir de là ? Comment ramasser les morceaux et avancer ? Peut-on seulement le faire ? »


Collection « The Summer After » par Ahmed Amer. Photos ©Ahmed Amer

Les couleurs n’arrivent pas toutes seules

Pour Ahmed Amer, ramasser les morceaux d’une vie, c’est avant tout s’efforcer de se remettre au travail : « Mon travail a toujours été ma réalité alternative, mon escapade, un endroit où je vais me cacher et créer », affirme-t-il. Le travail qui lui est mécanisme d’adaptation et processus de guérison est aussi un indicateur de son état émotionnel. « À mesure que ma sérotonine remonte, mes lignes vibrent et s’affinent. En revanche, à mesure que mon anxiété grandit – et elle n’a cessé de grandir tout au long de cette année surréaliste –, les formes et les lignes s’amplifient », constate-t-il. Il dit alors se sentir étranger dans les lieux qu’il s’est construits, tant physiques que mentaux, et qu’il lui faut désormais reconstruire. « De gros blocs m’empêchent de bouger librement, rendent la respiration plus difficile », confie le créateur, qui ne veut cependant pas croire que cela soit « la fin » : « Il y a de l’espoir. Il doit y avoir de l’espoir. Les couleurs n’arrivent pas toutes seules. Ou peut-être qu’elles le font ? C’est peut-être un déni. Et peut-être, pour le moment, il n’y a rien de mal à cela. »


Collection « The Summer After » par Ahmed Amer. Photos ©Ahmed Amer

Ambiguïté des illustrations

Une collection estivale ordinaire, « mainstream » comme on dit, ce sont des imprimés hawaïens, des couleurs vives, des attitudes nonchalantes, un esprit solaire, des évocations de baignades sensuelles… Chez Ahmed Amer, on est dans un Été d’après, nom de sa nouvelle collection un rien dystopique. Ici on trouvera, indifféremment masculin ou féminin, un ensemble en coton rose avec un motif coulissant dans le dos qui permet de raccourcir ou d’allonger le gilet à loisir. Sur le devant, un motif en gris d’une personne allongée serrant un coussin – pas tout à fait le dessin habituel d’une silhouette confiante étendue sous un cocotier…

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Sur un tee-shirt, on devine la forme stylisée d’un couple, peut-être une mère à l’enfant, emboîtés l’un dans l’autre dans une attitude de protection. Ailleurs, on voit bien un palmier, mais la silhouette qu’il abrite exprime un mouvement indéfinissable, entre course et envol. Sur un short en lin beige, on voit des formes noires, anthropomorphes, tomber comme des feuilles d’automne. À l’épaule d’une chemise d’un beau bleu Méditerranée, trois vagues et des bras : est-ce quelqu’un qui nage ou quelqu’un qui se noie ? Sur un autre tee-shirt, trois femmes comme on en voyait parfois aux balcons du vieux Beyrouth. Commentent-elles le spectacle de la rue ? Filent-elles nos destins, Parques sans qualités et sans importance ?


Collection « The Summer After » par Ahmed Amer. Photos ©Ahmed Amer

Cette collection étrange et attachante a donc été réalisée à quatre mains, en collaboration avec Heba Nahlé. « Elle est allée à Milan, je suis resté à Beyrouth, et quelques années plus tard, il nous a semblé logique de collaborer sur ce projet », précise Ahmed Amer. « C’était notre façon d’essayer de guérir à nouveau. Nous espérons que vous aussi, vous avez quelque chose qui vous aide à guérir. Bienvenue dans L’été d’après », sourit-il.


Venu de l’architecture d’intérieur, Ahmed Amer a commencé sa carrière en tant qu’illustrateur avant de céder à sa passion pour la mode. Il reçoit sa formation à Creative Space Beirut, une école de mode gratuite fondée à Beyrouth par Sarah Hermez avec l’aide de Caroline Simonelli. Depuis ses débuts, en 2017, il se sert du vêtement et de l’illustration pour créer des...

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