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Monde - Éclairage

De Louis Pasteur à Bill Gates, comment le mouvement antivaccin a séduit l’Occident

Depuis le début de la pandémie, une partie de l’opinion publique mondiale, particulièrement mobilisée dans les pays du « Nord », relaye des rumeurs, des contre-vérités et des vérités partielles quant à l’efficacité, l’utilité ou la dangerosité des vaccins contre le Covid-19.


De Louis Pasteur à Bill Gates, comment le mouvement antivaccin a séduit l’Occident

Une manifestation contre la vaccination obligatoire à New York, le 25 août 2021. Angela Weiss/AFP

Le vaccin contre le Covid-19 contient-il de l’aluminium ? Certains vaccins nuisent-ils à la fertilité? Les risques d’AVC ou de thrombose augmentent-ils avec la prise du vaccin ? Bill Gates tente-t-il d’« implanter des puces 5G » ? Le vaccin est-il dangereux, inutile ou bien inefficace ?

Depuis le début de la pandémie, des internautes, des manifestants, mais parfois aussi des célébrités, des journalistes ou des universitaires, s’en donnent à cœur joie pour relayer toute sorte de rumeurs, de contre-vérités ou de vérités partielles, qui se contredisent parfois entre elles. Ces attitudes, qui condamnent les « Big Pharma », les « Big Tech » ou plus généralement les élites, sont en partie nourries par un « désir de non-conformisme », note Tara Haelle, auteure deVaccination Investigation: The History and Science of Vaccines (2018).

Considéré comme une tendance marginale au début de la pandémie, la force de mobilisation du « sentiment antivaccin » surprend par son ampleur. « Il existe désormais partout dans le monde, fruit d’un privilège ou conséquence d’une ignorance », explique Tara Haelle. En Italie, au Royaume-Uni, en Pologne, en Grèce ou encore en Afrique du Sud, des foules se mobilisent afin de protester contre « la tyrannie sanitaire », « les crimes de guerre contre l’humanité » ou les « laboratoires à rats ». En France, 237 000 personnes descendent manifester au plus fort de la mobilisation. Ici et là, des violences sont dirigées contre des membres du personnel médical ou autres. À Los Angeles, un homme est poignardé et un journaliste attaqué, tandis que dans l’État du Tennessee, une responsable en charge est congédiée par sa direction à la mi-juillet pour avoir soutenu une campagne de vaccination en direction des jeunes.

La polémique Wakefield

Ce scepticisme n’a rien de nouveau. Le mouvement antivaccin est aussi vieux que le vaccin lui-même, créé par Edward Jenner à la fin du XVIIIe siècle. « Des polémiques entretenues par la presse et soutenues par des figures politiques, allant parfois jusqu’à des violences verbales ou physiques, existent dès Pasteur, au moment du débat sur le vaccin contre la rage », rappelle Laurent-Henri Vignaud, historien des sciences à l’université de Bourgogne, et coauteur avec Françoise Salvadori d’Antivax : la résistance aux vaccins du XVIIIe siècle à nos jours (Vendémiaire, 2019). « Cette idée du citoyen opprimé a donc toujours existé, puisque le vaccin est une médecine d’État qui, pour être efficace, nécessite d’être collective », poursuit ce dernier.

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Mais si le mouvement d’aujourd’hui n’est pas né de la dernière pluie, il prospère à la faveur d’évolutions et d’événements plus contemporains. En 1998, une polémique autour d’Andrew Wakefield, un chercheur britannique ayant établi un lien entre vaccination et autisme, met le feu aux poudres. « En France, l’opinion publique est relativement vierge de ces idées, réservées à un petit nombre de militants historiques, jusqu’à la fin des années 90 », fait remarquer Laurent-Henri Vignaud, pour qui la séquence marque le coup d’envoi des débats publics autour de la vaccination contre l’hépatite B en 1998 et la crise de la grippe A en 2009. Petit à petit, la controverse se diffuse au rythme des politiques publiques, mais aussi de l’internet et des réseaux sociaux.

Aux États-Unis, le mouvement s’est greffé à d’autres courants préexistants et à une tradition de défiance vis-à-vis de la science. Avec le « Tea Party » (mouvement contestataire républicain des années 2010), « tout est devenu affaire de liberté », explique Tara Haelle. Alors « quand les militants antivaccins ont commencé à emprunter cette rhétorique, leur capacité à atteindre le public a explosé », poursuit cette dernière.

C’est le début de « l’hésitation vaccinale, selon les termes choisis par l’OMS, ou encore ce que l’on nomme le vaccino-scepticisme », commente Laurent-Henri Vignaud. Entre 2014 et 2018, les autorités commencent à réaliser le prix collectif du mouvement lorsque le boycott des vaccins contre la rougeole produit une flambée de nouveaux cas.

Dans certains pays d’Afrique, du Moyen-Orient ou d’Asie, ce scepticisme trouve également un certain écho : que ce soit pour des raisons religieuses, culturelles, par désinformation ou par méfiance envers ce qui vient de l’étranger, les arguments antivaccins y remportent l’adhésion d’une partie de la population. Mais dans certains de ces pays, notamment africains et asiatiques, l’expérience passée en matière de lutte contre les épidémies joue un rôle non négligeable. « Les habitants n’ont pas le luxe de rejeter le vaccin : ils ont vu de leurs propres yeux les effets dévastateurs que peut avoir ce genre de maladies », observe Tara Haelle. Mais même lorsqu’elles existent, les réticences individuelles au vaccin n’y ont jamais atteint le niveau d’organisation et de violence qu’ont acquis les mouvements antivax dans le « Nord » qui, même s’ils ne sont pas représentatifs d’une majorité, sont particulièrement bruyants.

Défendre ses droits, c’est refuser la piqûre

Comment expliquer ce surinvestissement ? « Les régimes politiques » de ces pays le permettent, remarque Laurent-Henri Vignaud. L’espace d’expression, les priorités ne sont certes pas les mêmes à New York, à Manille ou à Beyrouth. Mais la mesure des libertés publiques ne suffit pas à expliquer l’étendue du phénomène.

Pour comprendre son succès, il faut revenir sur la nature des arguments mobilisés. Laurent-Henri Vignaud identifie deux sortes de discours. « Le premier est politique, il tourne autour de l’obligation vaccinale. » Les débats législatifs autour d’une vaccination imposée par l’État secouent les sociétés occidentales depuis près d’un siècle et demi. L’argument se décline selon plusieurs modalités : les antivaccins, les antimasques, les anticonfinement. Mais tous ont en commun de placer la liberté individuelle au centre de leurs revendications.

« Le second discours, que je nommerais alterscientifique, conteste l’usage du vaccin sur le terrain même de son utilité médicale et de sa validité scientifique », poursuit Laurent-Henri Vignaud. Ce sont tous ceux qui étayent leur rejet du vaccin avec des exemples et des statistiques à l’appui. Un pompier mort d’un AVC, un étudiant en médecine mort d’une thrombose : le lien de cause à effet entre le vaccin et la mort n’a pas été démontré, mais les rumeurs ne s’encombrent pas de ce genre de détail.

L’organisation américaine Children’s Health Defense, qui défend la « désobéissance civile contre le vaccin », est une illustration de ce militantisme agressif qui tente de convaincre par le fait. Le site de l’organisation, qui remet en question « la science des masques », affirme que « 623 343 cas d’effets secondaires » et « 13 627 décès » auraient été rapportés auprès de l’agence nationale en charge entre décembre 2020 et août 2021.

Tous les chiffres ne sont pas faux et les cas mentionnés ne sont pas tous fictifs. C’est ce qui rend ce genre d’argumentaire particulièrement difficile à déboulonner : il comporte une part de vrai. Il y a d’abord les cas (rares) de thromboses provoquées par le vaccin AstraZenca, dont l’usage a ensuite été réduit dans certains pays. Il y a ensuite les symptômes déclarés, ainsi que les décès, qui surviennent effectivement après une vaccination mais dont rien ne prouve qu’ils sont en lien avec celle-ci.

Reste à savoir ce qui dans les valeurs, l’histoire ou l’inconscient collectif nourrit ce genre de thèses, malgré les dangers collectifs qu’elles comportent. Pour Laurent-Henri Vignaud, deux éléments particulièrement prononcés dans les sociétés démocratiques occidentales se conjuguent pour l’expliquer. « D’une part, cette tradition de la contestation, qui peut-être vient remplir un vide idéologique : défendre ses droits ce n’est plus faire allégeance au marxisme, mais refuser la piqûre! » « Le second élément est propre aux sociétés post-1968 : on éduque les citoyens au doute, à la critique et à la suspicion vis-à-vis de l’autorité, y compris celle de la science », poursuit l’auteur, pour qui ce « syndrome Hiroshima » infuse un climat de méfiance dès le plus jeune âge.

Le vaccin contre le Covid-19 contient-il de l’aluminium ? Certains vaccins nuisent-ils à la fertilité? Les risques d’AVC ou de thrombose augmentent-ils avec la prise du vaccin ? Bill Gates tente-t-il d’« implanter des puces 5G » ? Le vaccin est-il dangereux, inutile ou bien inefficace ? Depuis le début de la pandémie, des internautes, des manifestants, mais parfois aussi des célébrités, des journalistes ou des universitaires, s’en donnent à cœur joie pour relayer toute sorte de rumeurs, de contre-vérités ou de vérités partielles, qui se contredisent parfois entre elles. Ces attitudes, qui condamnent les « Big Pharma », les « Big Tech » ou plus généralement les élites, sont en partie nourries par un « désir de non-conformisme », note Tara Haelle, auteure...
commentaires (3)

Toute molécule, tout vaccin peut avoir des effets indésirables mais il faut se garder de se nourrir d’histoires individuelles, ce qui est parfaitement légitime d’ailleurs. Plus de 3 milliards de doses de vaccins ont déjà été administrées dans le monde fin juin 2021 et à cette même date il y avait déjà presque 4 millions de décès…je m’arrête là.

Karam Georges

16 h 43, le 03 septembre 2021

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Commentaires (3)

  • Toute molécule, tout vaccin peut avoir des effets indésirables mais il faut se garder de se nourrir d’histoires individuelles, ce qui est parfaitement légitime d’ailleurs. Plus de 3 milliards de doses de vaccins ont déjà été administrées dans le monde fin juin 2021 et à cette même date il y avait déjà presque 4 millions de décès…je m’arrête là.

    Karam Georges

    16 h 43, le 03 septembre 2021

  • Hmm! serait ce une idee saugrenue que de voir en des laboratoires internationaux l'origine de covid-19 , suivi par -on en sommes nous -? 4 e variante ? a lire les montants ASTRONOMIQUES gagnes par eux je dirais que non, ce n'est pas saugrenu de douter d'eux. absolument pas.

    Gaby SIOUFI

    10 h 22, le 03 septembre 2021

  • POUR LES LARORATOIRES ET MANUFACTURES DE CES VACCINS NOUS SOMMES LES COBAYES. SIX MOIS APRES J,AI D,ETRANGES EFFETS DITS SECONDAIRES MAIS SERIEUX. MAUX DE TETES ET DES YEUX. PERTE DE STABILITE. IMMENSE FATIGUE. ENVIE DE DORMIR TOUTE LA JOURNEE. ET BIEN D,AUTRES. JE REFUSERAI DE FAIRE LA TROISIEME DOSE BOOSTER DONT ILS PARLENT. DE PROCHES PARENTS SONT MORTS DANS LES 20 JOURS APRES LEUR VACCINATION.

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    07 h 03, le 03 septembre 2021

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