Anna Vanrechem, 14 ans, et un talent littéraire certain. Photo DR
Elle pourrait se situer dans la lignée d’une Françoise Sagan, mais son Bonjour tristesse à elle est né de sa peine immense pour ce qu’a subi Beyrouth le 4 août 2020. Anna Vanrechem, 14 ans, fille de notre ancienne collaboratrice Karine Safa, a participé il y a quelques mois à un concours de nouvelles en France. Et son talent n’est pas passé inaperçu. Repérée par la romancière, éditrice et critique littéraire Anne Goscinny, marraine et membre du jury de la 8e édition du prix littéraire de l’Institut La Tour à Paris, elle a décroché le prix d’excellence de ce concours de nouvelles couru par des centaines de jeunes plumes chaque deux ans.
Anna a reçu cette distinction exceptionnelle (qui lui a été attribuée en sus des prix de bronze, d’argent et d’or traditionnellement décernés aux trois premiers lauréats) pour Beyrouth mon amour, son récit inspiré de la terrible double explosion au port qui a dévasté la moitié de la capitale libanaise… Et bouleversé son cœur de jeune fille aussi sensible que férue de littérature et d’écriture (la référence à Hiroshima mon amour de Marguerite Duras est d’ailleurs évidente). « C’est pour toucher le cœur des Libanais », dit-elle, qu’elle a écrit sa nouvelle. Construite autour d’un personnage de fiction qui pourrait être son double, son œuvre hyperréaliste est largement nourrie des témoignages recueillis auprès des membres de sa famille au Liban ainsi que dans la presse. Elle y décrit, en quelques pages d’une vérité et d’une empathie admirables, la déflagration, le choc, la blessure, le paysage apocalyptique d’une ville terrassée par l’horreur… Mais aussi cette magnifique force d’entraide qui s’est instantanément mise en place entre les habitants victimes de cette catastrophe.
« À travers le personnage de Nour, j’ai voulu transmettre mon espoir que Beyrouth se relève et montrer que même dans une pareille tragédie, les hommes peuvent faire de leurs différences une force prodigieuse et rebâtir ensemble un pays encore plus beau », indique la jeune auteure dont la nouvelle a été publiée dans un recueil rassemblant les textes lauréats de cette 8e édition intitulé « Ensemble ».
Anna Vanrechem lors de la remise de son prix. Photo DR
« Ce texte est de loin le meilleur »
Lors de la remise du prix à l’Institut La Tour, le jury a salué « à l’unanimité » le talent de la jeune Franco-Libanaise, relevant en particulier « la qualité de son écriture, la sensibilité et la grande maturité de son texte ». Après en avoir lu un extrait au public présent, Anne Goscinny a déclaré pour sa part avoir « été bouleversée, troublée par cette nouvelle. Je l’ai relue peut-être dix fois en me demandant qui était cet ovni. Ce texte est de loin le meilleur », a assuré, pleine d’enthousiasme, la fille du célèbre scénariste de bandes dessinées René Goscinny.
« Tout y est. Le personnage est parfaitement décrit, tout comme l’urgence, le chaos, la panique (…) Sincérité, vocabulaire, idée, la proportion est parfaite entre fiction et réalité. Je ne sais pas si vous voulez faire de l’écriture votre métier – auquel cas je n’ai plus qu’à vous remettre mon stylo et mon ordinateur. La seule chose que je peux dire, c’est que votre nouvelle est remarquable », a conclu avec enthousiasme Anne Goscinny. Avant de remettre à la jeune lauréate la collection complète des albums d’Astérix.
Anna Vanrechem : une graine d’écrivaine qui, du haut de ses 14 ans, contribue déjà à sensibiliser ses lecteurs à la tragédie libanaise. À suivre…




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19 h 00, le 30 août 2021