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Moyen-Orient - Au Moyen-Orient, ces personnages oubliés

Samira Moussa, pionnière de la recherche sur le nucléaire

Le nom de ces « personnages oubliés » ne vous dit peut-être rien, mais ces hommes et ces femmes issus de la région ont, d’une manière ou d’une autre, marqué l’histoire du Proche-Orient, chacun dans son domaine. Issus de familles royales ou simples personnages de l’ombre, leurs parcours de vie atypiques inspirent fascination et admiration. D’un joueur d’échecs alépin à une scientifique égyptienne, « L’Orient-Le Jour » propose ainsi une série de six portraits publiés chaque jour au cours de cette semaine. Aujourd’hui, la chercheuse nucléaire Samira Moussa (5/6).

Samira Moussa, pionnière de la recherche sur le nucléaire

Samira Moussa est morte à l’âge de 35 ans.

3 mars 1917. À Sinbo el-Kubra, village situé dans le gouvernorat de Gharbia en Égypte, une petite fille vient au monde peu de temps avant que sa mère ne la quitte, des suites d’un cancer. Son père, Hajj Moussa Ali, est un notable local qui la biberonne dès son plus jeune âge aux livres et à la politique. Le pays est en effervescence : en 1919 éclate la révolution contre l’occupation britannique de l’Égypte et du Soudan, avec à sa tête Saad Zaghloul Pacha. À la mort de ce dernier en 1927, les fellahs de la province se pressent à la porte de Hajj Moussa Ali pour s’informer au sujet du décès de leur héros, natif de surcroît de la même province.

Imitant son père, la jeune Samira Moussa leur relate les circonstances de sa disparition, lit la presse aux visiteurs. Très tôt, l’enfant se distingue par une vivacité d’esprit et des capacités intellectuelles hors du commun. Et elle sera aidée en chemin vers l’accomplissement de ses ambitions par Hajj Moussa Ali, activiste et fervent partisan de l’éducation des filles, à une époque où les normes traditionnelles restaient à cet égard dominantes. C’est pour elle qu’il prend la décision de déménager au Caire, d’investir son argent dans un petit hôtel de la région d’al-Hussein, afin que la petite puisse suivre les cours dispensés à l’école élémentaire Qasr al-Chawk, l’un des établissements les plus anciens de la capitale.

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Après de brillantes études primaires et secondaires à l’issue desquelles Samira Moussa devient la première femme à sortir major du baccalauréat, elle entre à l’université où elle se consacre à l’étude de la radiation avant d’obtenir son diplôme en 1939 et d’amorcer une carrière dans l’enseignement. Malgré ses mentions d’excellence, malgré ses grades d’honneur, son parcours est semé d’embûches. L’Université du Caire était alors dominée par les Anglais et le poste de professeure assistante qu’elle convoitait lui aurait été refusé par l’administration si le doyen de l’institution – celui que l’on surnommait l’« Einstein des Arabes » – Ali Moustapha Mosharafa, n’avait fait pression pour qu’il lui soit accordé. Samira Moussa ne compte pas pourtant s’arrêter là. Un stage en Angleterre et la voilà pleinement investie dans la préparation d’un doctorat qu’elle achève après deux années de thèse. Nouveau record, elle devient ainsi la première Égyptienne docteure. Son travail, pour le moins révolutionnaire, contribue à rendre moins chères les applications médicales de la technologie nucléaire, telle que les rayons X. Elle-même disait œuvrer à « rendre le traitement nucléaire aussi bon marché que l’aspirine ». La jeune femme bâtit aussi sa renommée dans les milieux scientifiques, grâce à sa découverte d’une équation permettant la fragmentation de métaux à bas prix comme le cuivre, ouvrant la voie à la création de bombes moins chères à partir de matériaux plus accessibles.

En parallèle, alors que la Seconde Guerre mondiale s’était achevée par le bombardement atomique des villes japonaises de Hiroshima et de Nagasaki – au moins 200 000 morts – Samira Moussa est déterminée à montrer au monde qu’un usage non seulement pacifique mais aussi positif de la technologie nucléaire était possible.

Le nucléaire pour la paix

Elle contribue alors activement à l’organisation en 1952 de la conférence « L’énergie atomique pour la paix » qui se tient en Angleterre. Celle-ci appelle les gouvernements à établir des conseils consultatifs qui réglementeraient l’industrie tout en protégeant des risques pour la sécurité. Un événement de grande portée puisqu’un an plus tard, en pleine guerre froide, le président américain Dwight Eisenhower prononce son célèbre discours, « Des atomes pour la paix », à l’Assemblée générale de l’ONU.

Très vite, Samira Moussa tape dans l’œil de l’Université Saint-Louis, dans le Missouri, qui lui accorde une bourse du Fullbright Atomic Program. La chercheuse devient la première étrangère à collaborer sur la technologie nucléaire américaine. Il lui sera même permis de visiter les installations atomiques des États-Unis. Durant ce séjour, elle reçoit plusieurs offres de résidence, mais décline à chaque fois. Sa science, elle veut la mettre au service de son pays natal. « J’ai pu visiter des centrales nucléaires en Amérique, et quand je reviendrai en Égypte, je serai d’un grand service pour mon pays et pourrai servir la cause de la paix », écrit-elle dans la dernière lettre adressée à son père.

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Quelques jours avant la date du retour, Samira Moussa est invitée – croit-elle – à visiter une installation californienne. Elle n’arrivera jamais à destination. Selon certaines versions, la voiture qui roulait le long de la côte pacifique a brusquement fait une embardée et chuté par dessus bord. Selon d’autres, un véhicule aurait percuté celui où elle siégeait, le propulsant dans les tréfonds d’une vallée. Samira Moussa n’avait alors que 35 ans.

La mort de la physicienne le 5 août 1952 reste jusqu’aujourd’hui cernée de flou. Était-ce un accident ou un assassinat ? Les doutes ont été nourris par la disparition du chauffeur dont aucune trace n’a été retrouvée. De forts soupçons pèsent sur le Mossad, accusé d’avoir voulu empêcher Le Caire d’acquérir la bombe atomique, quatre ans seulement après la création d’Israël. Les rumeurs avancent que les services de renseignements israéliens auraient pu mener leur entreprise à bout grâce à une artiste égyptienne de confession juive, Raqiah Ibrahim. Grand nom du cinéma des années 40 – qui reste notamment gravé dans les mémoires pour une scène hilarante aux côtés de Abdel Wahab dans le film Une balle dans le cœur (1944) – elle aurait profité de son amitié avec Samira Moussa pour l’entraîner dans un guet-apens. C’est ce qu’avance par exemple le journal Akhbar al-Yom, proche du régime égyptien, dans un article publié fin juin 2021, se faisant l’écho des rumeurs et des bruits de l’époque : « Raqiah Ibrahim a préféré sa croyance en l’État d’Israël à son affiliation à sa patrie. » Un tumulte galvanisé alors par la mort deux ans plus tôt du mentor de la scientifique, Ali Moustafa Mosharafa, dans des circonstances assez troubles. Les uns pointent une crise cardiaque, d’autres – bien que l’homme ait été un opposant notoire à tout usage militaire du nucléaire – le Mossad, et d’autres encore... le roi Farouk.

3 mars 1917. À Sinbo el-Kubra, village situé dans le gouvernorat de Gharbia en Égypte, une petite fille vient au monde peu de temps avant que sa mère ne la quitte, des suites d’un cancer. Son père, Hajj Moussa Ali, est un notable local qui la biberonne dès son plus jeune âge aux livres et à la politique. Le pays est en effervescence : en 1919 éclate la révolution contre...
commentaires (1)

elle n'a pas été ni la première ni la dernière hélas.... d'autres très connu aussi ont péri dans des circonstances non élucidés, et sans aucune réaction des régimes arabes..... rappelons qu'un irakien a été assassiné à paris, qu'un libanais a eu le même sort a Londres, et la liste est longue..... sans parler de l'aventure des fusées libanaises des années 60.....

HIJAZI ABDULRAHIM

19 h 06, le 29 août 2021

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Commentaires (1)

  • elle n'a pas été ni la première ni la dernière hélas.... d'autres très connu aussi ont péri dans des circonstances non élucidés, et sans aucune réaction des régimes arabes..... rappelons qu'un irakien a été assassiné à paris, qu'un libanais a eu le même sort a Londres, et la liste est longue..... sans parler de l'aventure des fusées libanaises des années 60.....

    HIJAZI ABDULRAHIM

    19 h 06, le 29 août 2021

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