Des manifestants rassemblées devant le siège des services de renseignement des Forces de sécurité intérieure (FSI, police) à Achrafieh, le mardi 16 août 2021. Photo Lyana Alameddine
Après la convocation de plusieurs activistes accusés d'avoir pris d'assaut l'appartement du député Tarek Merhebi dans la foulée du drame survenu dimanche au Akkar, au Liban-Nord, des dizaines de protestataires se sont mobilisés mardi devant le siège des services de renseignement des Forces de sécurité intérieure (FSI, police) à Achrafieh, afin de crier leur colère et demander leur libération.
Suite à l’explosion d’un réservoir d’essence dans le village de Tleil dans la nuit de samedi à dimanche, qui a fait au moins 29 morts et quelque 80 blessés, un groupe de manifestants se revendiquant du mouvement de contestation du 17 Octobre s’était dirigé vers l’appartement de Tarek Merhebi. Une vidéo largement diffusée sur les réseaux sociaux montre qu'ils ont pris d'assaut et vandalisé son domicile. Réagissant à cette effraction, l’avocat du député, Sleiman Merhebi, avait déposé plainte contre les jeunes activistes pour le vol présumé de 13 000 dollars, de plusieurs cartes bancaires, d’un disque dur et d'"objets de valeur". Une accusation dont les prévenus se défendent, rappelant la portée uniquement politique de leur geste. Trois jeunes activistes convoqués lundi par les services de renseignements des FSI sont toujours en détention provisoire. Il s'agit de Khodr Eido, Majed Ramadan et Wassim Dennaoui. Un quatrième, Ahmad Ghannam, avait été libéré en fin de soirée. Treize autres personnes, notamment William Noun, dont le frère avait été tué dans les explosions au port de Beyrouth et qui avait déjà été brièvement arrêté dimanche, sont pour leur part convoquées ce mardi.
"Nous voulons venger les victimes des explosions au port de Beyrouth", a précisé William Noun avant sa deuxième comparution, selon des propos rapportés par la chaîne locale MTV. Le jeune homme a appelé les Libanais à descendre dans la rue et à manifester devant les domiciles des dirigeants politiques".
"Nous n'avons pas peur", a scandé un manifestant présent sur les lieux, mettant en garde contre une escalade de leur mouvement si les personnes convoquées étaient maintenues en détention à l'issue de leur interrogatoire. "Nous voulons que justice soit rendue. Qui a tué Joe Noun ?", pouvait-on lire sur une pancarte que tenait un protestataire.
"Nous ne voulons plus de réformes, nous voulons changer toute la classe politique", a lancé un vieil homme, alors que la foule scandait des slogans antipouvoir. Paul Najjar, dont la fille a également été tuée dans le drame du 4 août 2020, a précisé que "les familles des victimes des explosions au port de Beyrouth et les familles des victimes de l'explosion au Akkar forment désormais une seule famille". "Elles font face au même drame et ont le même souci : punir les responsables de la mort de leurs proches".
C'est également pour protester contre ce coup de filet de la police contre les activistes, notamment la deuxième convocation de William Noun, que des manifestants avaient bloqué l'autoroute de Jbeil au niveau de Halate plus tôt dans la matinée, rapporte l'Agence nationale d'information (Ani, officielle). "William Noun représente tous les jeunes du Liban", a souligné un manifestant.
Dans une déclaration à L'Orient-Le Jour, l'avocat de Tarek Merhebi, Sleimane Merhebi, a affirmé "comprendre la colère des manifestants", mais ne "pouvoir tolérer le vol". "Il y avait des caméras de surveillance dans la maison" du député qui prouvent qu'il y a bien eu un vol, a-t-il ajouté, soulignant que la carte de crédit subtilisée a été utilisée après l'incident. "Nous savons que la plupart des personnes présentes dans l'appartement ne sont pour rien dans ce vol, mais il y a parmi elles un +intrus+ et nous demandons aux autres de ne pas le couvrir", a-t-il ajouté, refusant de dire s'il savait de qui il s'agissait. L'avocat a encore indiqué que le député "refuse que tant de militants soient traités injustement à cause d'un seul individu" et qu'il devrait faire une déclaration en ce sens dans le courant de la journée.
Jusqu'à présent, tous les activistes convoqués nient que l'un d'eux soit impliqué dans un vol.

