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La lettre aux abonnés

Impuissants, les Libanais ?

Chère abonnée, cher abonné,

Quand elle a envoyé son premier message, lundi à 18h31, le générateur de son immeuble était arrêté. Il va sans dire qu’il n’y avait pas d’électricité de l’Etat. Il n’y avait rien donc. Chaque jour, plusieurs fois par jour, pour « reposer » la grosse machine, pour limiter, aussi, la consommation de mazout, le moteur de son immeuble est mis à l’arrêt, selon des tranches horaires bien établies, le matin, en soirée, la nuit aussi. Quand elle a envoyé son premier message lundi à 18h31, elle était dans le noir et la touffeur d’un mois d’août à Beyrouth depuis trente et une minutes déjà. Elle le resterait jusqu’à 19h30. La tranche du soir. Ce message était une image : l’affiche de « Cléo de 5 à 7 », le film d’Agnès Varda sorti en 1962. Avec la mention suivante : « Après Cléo de 5 à 7... » L’on n’a même pas eu le temps de se demander ce que signifiait ce message -son envie de revoir le film, de lancer un ciné-club ?-, qu’un second message arrivait. A 18h32 donc. Une image, de nouveau. Un rectangle tout noir en fait, légendé ainsi : « Carla de 18h à 19h30. »

Il faut bien l’avouer, on a ri.

On a moins ri quand, quelques heures après l’annonce par la Banque du Liban de la levée des subventions sur les carburants, il a dit : « Tu vas voir, tu vas voir, ça va devenir dangereux maintenant. Ça va être l’enfer, la criminalité, dans la rue, partout, va augmenter. Ils vont arrêter des voitures, des camions d’essence, d’eau, tout, voler les gens dans la rue ». Il fallait qu’il ventile. Quelques heures plus tôt, c’est son ami d’enfance qui ventilait son angoisse avec lui devant une bière. « Je ne sais plus quoi faire, partir ou rester, investir ou tout solder ? » Après une gorgée de bière, il avait enchaîné : « Et puis partir pour aller où, comment, pour faire quoi ? ». Et il avait ajouté : « Mais je n’ai pas envie de partir moi. C’est dans ce pays de m… que se trouvent ma famille, mes amis. Pourquoi je devrais partir ? »

Sur Twitter, un expert écrivait, cette semaine, qu’il était proprement scandaleux et criminel de lever les subventions, aussi dysfonctionnelles soient elles, car elles le sont, en sus d’être inefficaces et inéquitables, sans avoir instauré, au préalable, des filets sociaux. Par exemple, la carte d’approvisionnement.

Tout. Tout ce qu’il faut faire pour rater chaque virage qui mettrait le Liban sur la voie du redressement, la palanquée d’irresponsables qui tiennent encore les rênes de ce pays à terre le fait. De temporisation en retards, de tergiversations absconses en déclarations et actions au mieux irresponsables au pire criminelles… Ils font tout.

A chaque jour qui passe, chaque heure dans le noir, dans la file d’attente devant une station-service, à chaque minute sans internet, à chaque nuit sans sommeil à penser à l’avenir, l’éducation des enfants, la santé d’une mère, la recherche de médicaments, à chaque minute dans cet enfer, reviennent nous hanter les mots de la Banque mondiale en décembre 2020 : « Alors que le Liban connaît une grave crise économique depuis un an, l'absence délibérée d'action politique efficace de la part des autorités fait subir à l'économie une dépression pénible et prolongée ». « Les dirigeants libanais semblent faire le pari du pourrissement. Je le regrette. Je pense que c’est une faute historique et morale », disait aussi Emmanuel Macron le 4 août dernier.

Tout, les irresponsables, à l’échelle de l’histoire, font tout pour que ce soit un peuple à genoux qui arrive aux législatives de mai 2022, prêt à saisir la première main politique offrant un tant soit peu d’aide.

Malgré tout, malgré tous ces vents contraires, il n’est pas encore dit, il n’est pas encore écrit, que cette stratégie fonctionnera. Le peuple libanais est écrasé, hébété, humilié, mais il a déjà montré qu’il est capable de sursauts. « Impuissants, nous les regardons couler le navire, téléguidés par des amirautés lointaines et non moins vaines », écrivait cette semaine Fifi Abou Dib. Puis elle ajoutait : « Impuissants ? »

Émilie Sueur

Rédactrice en chef de L’Orient-Le Jour


Chère abonnée, cher abonné,Quand elle a envoyé son premier message, lundi à 18h31, le générateur de son immeuble était arrêté. Il va sans dire qu’il n’y avait pas d’électricité de l’Etat. Il n’y avait rien donc. Chaque jour, plusieurs fois par jour, pour « reposer » la grosse machine, pour limiter, aussi, la consommation de mazout, le moteur de son immeuble est mis à...

commentaires (1)

j'eu beau avoir essaye de voir une vue d'ensemble - the large picture - apres la levee des subventions, esperant y voir qqs vanatages mais j'ai vite dechante : en effet je me suis rappele que les crapules irresponsables & leurs associes du prive avaient mille et un tour dans leur manche qui vont quand meme trouver moyen de continuer leur sac de la nation.

Gaby SIOUFI

09 h 23, le 14 août 2021

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Commentaires (1)

  • j'eu beau avoir essaye de voir une vue d'ensemble - the large picture - apres la levee des subventions, esperant y voir qqs vanatages mais j'ai vite dechante : en effet je me suis rappele que les crapules irresponsables & leurs associes du prive avaient mille et un tour dans leur manche qui vont quand meme trouver moyen de continuer leur sac de la nation.

    Gaby SIOUFI

    09 h 23, le 14 août 2021

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