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Société - Commémoration du 4 août

« L’État doit la vérité à tout le Liban », martèle Raï à la messe du port

Le patriarche maronite célèbre dans l’enceinte portuaire une messe en plein air, pour marquer le premier souvenir du drame.


« L’État doit la vérité à tout le Liban », martèle Raï à la messe du port

Les parents des victimes assistant à la messe célébrée par le patriarche Raï dans l’enceinte du port. Anwar Amro/AFP

Pour la première commémoration de l’explosion au port du 4 août 2020, une messe en plein air a été célébrée dans l’enceinte portuaire par le patriarche maronite Béchara Raï, en souvenir d’un drame dont le pays ne s’est pas encore relevé, et face à une enquête qui traîne le pas et que la classe politique cherche à entraver en mettant en avant l’immunité dont jouissent ses membres civils et militaires.

La cérémonie s’est tenue non loin des silos à blé éventrés et à quelques mètres du cratère laissé par l’explosion de centaines de tonnes de nitrate d’ammonium, qui a dévasté de nombreux quartiers de Beyrouth et fait, selon un bilan toujours incertain, 207 morts, 7 disparus et 6 500 blessés, détruisant selon le patriarche « la moitié de la capitale ».

La messe s’est insérée dans une cérémonie qui a commencé par une récitation coranique, une minute de silence à 18h07, heure exacte du drame, et une récitation des noms des victimes. Béchara Raï, qui a présidé l’office divin, était entouré du patriarche syriaque-catholique et de plus d’une centaine d’évêques et de prêtres. Trois chorales, celle de l’Université Saint-Esprit de Kaslik, celle des grecs-orthodoxes et celle des arméniens-catholiques, ont servi la messe. Un bref passage d’une escadrille de l’armée de l’air libanaise et d’un groupe d’hélicoptères au-dessus du port a également marqué le début de la cérémonie.

Dans une homélie très attendue, le patriarche maronite s’est fait applaudir à trois reprises par une assistance faite pour plus de moitié de parents de victimes. Les premiers applaudissements ont éclaté quand il a affirmé que « toutes les immunités doivent tomber devant le sang des martyrs ». Les seconds quand il a dit que les marchandages pour la formation du gouvernement, alors que le peuple ploie sous le fardeau de la crise, sont « typiques de ce qui se passe dans les pays occupés et sous tutelle ». « C’est le sort de tout peuple sous tutelle, affublé d’une classe politique qui ne sert que ses propres intérêts et lâché par ses élites qui ont émigré », a-t-il encore souligné.

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Les troisièmes applaudissements ont crépité quand, après avoir parlé de la conférence internationale de soutien au Liban qui se tenait à Paris, il a tonné : « La communauté internationale est plus sensible aux épreuves des Libanais que les dirigeants libanais eux-mêmes. »

S’exprimant devant un millier de personnes, le patriarche a été un peu long pour une foule fatiguée par un soleil de plomb. « L’État ne doit pas la vérité seulement aux familles des victimes, mais à tout le Liban », a-t-il martelé, devant une assistance où ne se trouvait aucun officiel, sinon le nonce apostolique, Mgr Josef Spiteri.

Dans son homélie, Mgr Raï a tenté d’insuffler un nouveau courage à ses auditeurs, qu’il savait las et découragés. Il a donc été très positif sur les résultats potentiels de la conférence d’aide au Liban organisée par la France ainsi que sur de prochains développements internationaux dont il n’a pas précisé la nature. Après avoir lu intégralement le message que le pape a adressé au pays, pour ce jour, il a exhorté à y voir une bonne nouvelle et proposé à ses auditeurs de ne pas faire de ce souvenir « un jour de colère », mais d’espérance et d’attachement au Liban et à ne pas le déserter.

Le patriarche maronite, dont l’arrivée a été retardée dix minutes, a eu un mot pour les forces armées, appelant les manifestants à les respecter, à ne pas faire usage de mots offensants et à ne pas dégrader les édifices publics. « La défaite commence dans les cœurs », a-t-il lancé.

« Nous voulons le changement par la voie démocratique », a également déclaré Béchara Raï, invitant ses auditeurs à faire preuve de discernement aux prochaines élections législatives (printemps 2022), sachant que la Chambre qui sera alors élue aura elle-même à élire le prochain président de la République.

Ils ont dit...

– Emmanuel Macron, président français : « Un an après le drame, le Liban peut continuer à compter sur la solidarité de la France. »

– Anne Grillo, ambassadrice de France, sur Twitter : « Aujourd’hui, mes pensées vont aux victimes injustement emportées. Pour faire le deuil, les Libanais ont besoin que la justice soit rendue. »

– Nagib Mikati, Premier ministre désigné : « Nous nous tenons aux côtés des familles des victimes (...) pour que justice soit faite et que la vérité soit révélée. Nous appelons chacun à coopérer avec la justice afin (...) que tous ceux qui ont participé à ce crime contre la patrie et le peuple soient punis. »

– Gebran Bassil, député et chef du Courant patriotique libre, dans un tweet : « Il y a un an, le port a explosé, le visage de Beyrouth a changé et la vie des Libanais a été chamboulée (...) Se cacher derrière les immunités est une conspiration menée contre la vérité, et sans la vérité, il n’y aura pas de salut. »

– Le Parti socialiste progressiste (PSP) du leader druze Walid Joumblatt dans un communiqué : « Nous réitérons notre position en faveur de la levée de l’immunité de tous les responsables visés par l’enquête, du haut de la pyramide jusqu’au plus petit fonctionnaire, sans distinction ni tergiversations. »

– Samir Geagea, chef des Forces libanaises (FL), dans un communiqué : « Il n’y aura aucune immunité pour quiconque s’avère impliqué dans les explosions au port de Beyrouth. Nous réclamons immédiatement la levée de l’immunité de tout responsable inculpé par le juge d’instruction que nous soutenons. (...) Ceux qui réclament la justice doivent soutenir le juge dans ses requêtes (...) au lieu d’entraver son travail (…) Nous appelons le chef du Parlement, Nabih Berry, à organiser, le plus rapidement possible, une séance parlementaire consacrée à la levée des immunités. »

– Walid Boukhari, ambassadeur d’Arabie saoudite, sur Twitter : « Nous soulignons l’importance de mener une enquête internationale transparente et indépendante pour dévoiler les causes qui ont conduit à la terrible explosion au port de Beyrouth. »

– Le général Joseph Aoun, commandant en chef de l’armée, sur Twitter : « Le 4 août dernier, le sang des militaires et des civils s’est mêlé, lors de l’explosion qui a fait trembler le monde entier. Toutes mes condoléances aux familles des martyrs. J’espère que le sang versé portera l’espoir d’une résurrection du Liban et incitera à ce que justice soit faite. »

– Les évêques maronites réunis sous la présidence du patriarche Bécharra Raï : « Nous appelons avec insistance à faciliter le travail de la justice en levant les immunités des députés, anciens ministres, officiers et fonctionnaires poursuivis dans le cadre de l’enquête. Connaître la vérité est le droit des citoyens. Nous demandons au pouvoir politique de protéger l’indépendance de la justice en promulguant des lois garantissant la séparation des pouvoirs, et de cesser de s’ingérer dans le travail de la justice afin de protéger son intégrité. Personne n’est au-dessus de la loi. »

– Samy Gemayel, chef du parti Kataëb, au cours d’une cérémonie au siège du parti à Saïfi en mémoire des victimes : « Comment peuvent-ils encore gouverner, assis sur leurs sièges et continuer à nous mentir ? Comment le nitrate d’ammonium est-il arrivé à Beyrouth ? Qui l’a envoyé et qui en était le destinataire? Pourquoi est-il resté huit ans dans le port sans que personne ne l’évacue ? Pourquoi seulement 550 tonnes sur les 2 750 déchargées du navire ont-elles explosé ? Comment le reste de ces matières a-t-il pu quitter le port ? Le Hezbollah a-t-il utilisé le hangar 12 pour y entreposer des explosifs, en connivence avec l’État libanais? A-t-il fourni ces matières au régime syrien qui les aurait utilisées pour bombarder son peuple ? Nous réclamons des réponses à toutes ces questions et que les immunités de tous les responsables qui étaient au courant (de la présence du nitrate d’ammonium dans le port) soient levées, qu’ils dirigent des institutions sécuritaires, qu’ils soient ministres ou présidents, en exercice ou non. »


Pour la première commémoration de l’explosion au port du 4 août 2020, une messe en plein air a été célébrée dans l’enceinte portuaire par le patriarche maronite Béchara Raï, en souvenir d’un drame dont le pays ne s’est pas encore relevé, et face à une enquête qui traîne le pas et que la classe politique cherche à entraver en mettant en avant l’immunité dont jouissent...

commentaires (6)

Je n’ai pas compris par ailleurs, ce ridicule salut hitlérien pour recevoir le patriarche . Un peu de modestie svp !

Wow

13 h 25, le 05 août 2021

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Commentaires (6)

  • Je n’ai pas compris par ailleurs, ce ridicule salut hitlérien pour recevoir le patriarche . Un peu de modestie svp !

    Wow

    13 h 25, le 05 août 2021

  • Tiède et peureux !

    Wow

    12 h 49, le 05 août 2021

  • Monseigneur, Come on! Ca ne se fera pas par magie. Ce que nous vivons sont les conséquences de l’inconséquence des propos tenus par les uns et les autres, veux la memes qui défendent la cause de notre pays.

    Sissi zayyat

    11 h 25, le 05 août 2021

  • le fin mot de tout ce beau discours de mgr.Rai est un appel a un changement DEMOCRATIQUE. C'est bien ca, changement democratique. c a d que Rai nous demande patience nous promet donc la salut dans...... 20 ans ? lorsque le parlement aura eu les deux tiers de ses membres des personnes tout ce qu'on espere pour justement reussir un changement. MERCI DE TOUT COEUR.

    Gaby SIOUFI

    09 h 03, le 05 août 2021

  • LORSQUE LA JUSTICE S,AMUSE A POURSUIVRE DES SUBALTERNES ET IGNORE LE PROPRIETAIRE ET L,UTILISATEUR QUI RETIRAIT DES QUANTITES A DES INTERVALLES ET QUI ONT FINIES AUX MAINS DE PARTISANS DANS DES PAYS ETRANGERS ET CONFIRMEES PAR LEURS GOUVERNEMENT... S,ATTEND-ON VRAIMENT A LA JUSTICE ET A LA VERITE ? RAI REVE COMME TOUS D,AILLEURS.

    L,EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    07 h 46, le 05 août 2021

  • Pas de revolution sans sang

    Robert Moumdjian

    03 h 42, le 05 août 2021

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