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Politique - Crise politique

La menace de sanctions européennes se concrétise

L’UE adopte un cadre pour des mesures ciblées, alors que les tractations gouvernementales entre Aoun et Mikati devraient se poursuivre lundi.


La menace de sanctions européennes se concrétise

Le haut-représentant de l’Union européenne, Joseph Borrell, avait fait part au président Michel Aoun, le 19 juin dernier lors d’une visite au Liban, de l’inquiétude européenne face au blocage politique, et à l’aggravation de la crise économique et sociale au Liban. Photo d'archives Dalati et Nohra

Le Conseil européen a annoncé hier avoir adopté un cadre pour des sanctions ciblées contre des personnes ou entités au Liban ayant porté atteinte à la démocratie ou à l’État de droit, ce qui signifie, en d’autres termes, que l’Union européenne s’est dotée aujourd’hui d’un outil juridique sur base duquel elle pourra imposer des sanctions contre des personnalités tenues pour responsables du blocage des processus devant aider le Liban à sortir de sa crise, qu’il s’agisse de la formation d’un gouvernement ou de la mise en œuvre de réformes sérieuses exigées notamment par la communauté internationale pour soutenir un redressement du pays. La décision européenne est intervenue au moment où la France réaffirmait qu’elle était « prête à accroître, avec ses partenaires européens et internationaux, les pressions sur les responsables politiques libanais » pour une formation rapide d’un gouvernement.

C’est donc sous une menace de sanctions européennes devenue plus concrète que le président Michel Aoun et le Premier ministre désigné Nagib Mikati reprendront à partir de lundi leurs pourparlers au sujet de la composition du gouvernement, et plus particulièrement des portefeuilles de l’Intérieur et de la Justice, que le camp présidentiel voudrait s’attribuer, alors que M. Mikati insiste pour les confier à des personnalités indépendantes. Le camp du chef de l’État souhaite notamment nommer un maronite à la tête de l’Intérieur, le ministère qui devra préparer et gérer les législatives et les municipales de 2022, suivant un principe de rotation qu’il voudrait étendre à tous les ministères, les Finances compris. Il s’agit là d’un second sujet de discorde entre Michel Aoun et Nagib Mikati qui est, lui, favorable à un maintien en l’état de la répartition confessionnelle au niveau des portefeuilles ministériels pour éviter surtout un problème au niveau de l’attribution du ministère des Finances, auquel le tandem chiite, et plus particulièrement le président de la Chambre Nabih Berry, s’accroche.

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Au cas où MM. Mikati et Aoun ne parviendraient pas à s’entendre, les pressions internationales exercées sur les dirigeants libanais appelés à former un cabinet sans tarder devraient ainsi s’exacerber. Dans ce contexte, une source européenne contactée par L’Orient-Le Jour précise que le « cadre légal » approuvé hier à Bruxelles « sera suivi d’une seconde phase de discussions portant sur les noms des personnalités ciblées par ces mesures ». La source précise toutefois que les noms de celles-ci « ne seront pas rendus publics ».

Ce qu’il faut savoir sur le mécanisme adopté

Le cadre en question a été adopté à l’unanimité par le Conseil européen « pour faire face à la situation au Liban ». « Ce cadre prévoit la possibilité d’imposer des sanctions à l’encontre de personnes et d’entités ayant porté atteinte à la démocratie ou à l’État de droit au Liban », peut-on lire dans le communiqué officiel de l’UE. Le texte explique par la suite les « agissements » que l’UE considère comme passibles de sanctions :

- Entraver ou compromettre le processus politique démocratique en faisant obstacle de manière persistante à la formation d’un gouvernement, ou en entravant ou compromettant gravement la tenue d’élections.

- Entraver ou compromettre l’application de plans approuvés par des autorités libanaises et soutenus par des acteurs internationaux concernés, y compris l’UE, pour améliorer la responsabilité et la bonne gouvernance dans le secteur public ou la mise en œuvre de réformes économiques essentielles, y compris dans les secteurs bancaire et financier, et y compris l’adoption d’une législation transparente et non discriminatoire en matière d’exportation de capitaux.

- Commettre des manquements financiers graves concernant des fonds publics, dans la mesure où les actes concernés sont couverts par la Convention des Nations unies contre la corruption et l’exportation non autorisée de capitaux .

Le texte précise ensuite que « les sanctions consistent en une interdiction de pénétrer sur le territoire de l’UE, et un gel des avoirs pour les personnes et les entités ». « En outre, il est interdit aux personnes et aux entités de l’UE de mettre des fonds à la disposition des personnes et des entités inscrites sur la liste », ajoute-t-il.

« Différents instruments »

Le communiqué rappelle par la suite le contexte dans lequel intervient cette annonce. « Le 7 décembre 2020, le Conseil a adopté des conclusions dans lesquelles il constatait avec une inquiétude croissante que la grave crise financière, économique, sociale et politique qui s’est installée au Liban avait continué de s’aggraver au cours des mois précédents et que c’était avant tout la population libanaise qui souffrait des difficultés grandissantes du pays. Le Conseil soulignait qu’il était urgent et nécessaire que les autorités libanaises mettent en œuvre des réformes afin de rétablir la confiance de la communauté internationale. Le Conseil appelait par ailleurs l’ensemble des parties prenantes et des forces politiques libanaises à soutenir la formation d’urgence d’un gouvernement au Liban axé sur une mission, crédible et comptable de ses actes, qui soit en mesure de mettre en œuvre les réformes nécessaires. Depuis lors, le Conseil a exprimé à maintes reprises la vive préoccupation que lui inspire la détérioration de la situation au Liban. Malgré les appels répétés adressés aux forces politiques et aux parties prenantes libanaises pour qu’elles agissent dans l’intérêt national et ne retardent pas davantage la formation d’un gouvernement pleinement habilité et capable de répondre aux besoins urgents du pays, ainsi que de mettre en œuvre des réformes indispensables, rien n’avance. Entre-temps, la situation économique, sociale et humanitaire au Liban ne cesse de se détériorer et la population continue de souffrir. »

Pour mémoire

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« L’UE reste déterminée à aider le Liban et sa population à surmonter les difficultés actuelles, et elle est prête à utiliser les différents instruments dont elle dispose pour ce faire. Il est toutefois de la plus haute importance que les dirigeants libanais mettent de côté leurs divergences et agissent ensemble pour former un gouvernement et mettre en œuvre les mesures nécessaires pour guider le pays sur la voie d’une reprise durable. La stabilité et la prospérité du Liban revêtent une importance cruciale pour l’ensemble de la région et pour l’Europe », conclut le texte.

La France « prête à accroître les pressions »

Peu avant l’annonce de l’UE, la France s’est dit « prête à accroître, avec ses partenaires européens et internationaux, les pressions sur les responsables politiques libanais » pour une formation rapide d’un gouvernement. « La formation urgente d’un gouvernement pleinement opérationnel, en mesure de lancer les réformes que la situation exige et qui conditionnent toute aide structurelle, reste la priorité, a déclaré la porte-parole du Quai d’Orsay lors du point de presse. La France appelle l’ensemble des dirigeants libanais à agir en ce sens et en faveur de l’intérêt général le plus rapidement possible. Elle se tient prête à accroître, avec ses partenaires européens et internationaux, les pressions sur les responsables politiques libanais pour y parvenir. »


Le Conseil européen a annoncé hier avoir adopté un cadre pour des sanctions ciblées contre des personnes ou entités au Liban ayant porté atteinte à la démocratie ou à l’État de droit, ce qui signifie, en d’autres termes, que l’Union européenne s’est dotée aujourd’hui d’un outil juridique sur base duquel elle pourra imposer des sanctions contre des personnalités tenues...

commentaires (15)

Depuis le temps que vous menacez !... Ce ne sont pas les menaces que vous devez concrétiser mais les sanctions elles-mêmes.

Robert Malek

20 h 17, le 01 août 2021

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Commentaires (15)

  • Depuis le temps que vous menacez !... Ce ne sont pas les menaces que vous devez concrétiser mais les sanctions elles-mêmes.

    Robert Malek

    20 h 17, le 01 août 2021

  • Les commentaires relèvent, pour la plupart d'une logique complotiste globale tout en se tenant éloignés de toute logique institutionnelle! L'intelligence politique en souffre!

    Beauchard Jacques

    12 h 29, le 01 août 2021

  • La logique se demande, à chaque fois qu’un dégât, une catastrophe ou un crime commis, à qui cela profite. Donc à qui profite cette catastrophe économique et sociale de cet ex-pays prospère et que les démocraties internationales peuvent les sanctionner puisque ils possèdent toutes les infos via leurs services de renseignements. C’est une bonne initiative, mais restent impraticable si c’est contre leurs projets géostratégiques ou celle de leurs amis à qui profitent de ce chaos au Liban.

    DAMMOUS Hanna

    19 h 48, le 31 juillet 2021

  • Menaces jamais mises à exécution, attendez-vous que tout le monde soit mort de faim, de maladie, de privations? Arrêtez vos rodomontades creuses et cessez de vous rendre ridicules, vous n'impressionnez personne!

    Politiquement incorrect(e)

    18 h 20, le 31 juillet 2021

  • Tous les leader des partis au pouvoir sont d'accord pour mener la politique du statu quo car tout changement leur serait néfaste. On a beau crier et s'époumonner que les membres du nouveau gouvernement tant attendu devraient être INDEPENDANTS, et donc pas nommés par ces mêmes partis selon une règle des quotes parts, rien n'y fait. Pas sûr que des sanctions puissent leur faire changer d'avis.

    CAMAYOU

    17 h 13, le 31 juillet 2021

  • SANCTIONS SANCTIONS SANCTIONS NE VOIS TU RIEN VENIR? DANS CENT ANS ET PEUT ÊTRE CAR NOUS AVONS TOUS VU QUE LES SANCTIONS AMÉRICAINES TRÈS FORTES CONTRE BASSIL ET AUTRES N’ONT ABSOLUMENT RIEN FAIT CAR ELLES N’ONT PAS ÉTÉ SUIVIE DE RÉVÉLATION SUR CES ACCUSATIONS QUI AURAIENT DÉVOILÉES L’AMPLEUR ET LES DÉTAILS DE LEURS CORRUPTION AU LIEU DE LEUR PERMETTRE DE DIRE QU’ELLES SONT MOTIVÉES PAR LA POLITIQUE

    LA VERITE

    14 h 24, le 31 juillet 2021

  • Nommez les autrement c’est hautement ridicule et une perte de temps inestimable.

    Wow

    12 h 17, le 31 juillet 2021

  • Soyons clairs. Il ne faut pas beaucoup réfléchir pour savoir qui met des bâtons dans les roues, chaque fois qu'on essaie de former un gouvernement. Et il n'est pas seul.

    Esber

    11 h 23, le 31 juillet 2021

  • WOW ! nous avons gagne . Merci La France. mais dites un peu, faut il serieusement esperer une decision prise unanimement par les 27 membres de l'UE ? je repete, VINT SEPT ! et pourquoi donc ne pas dors et deja publier les noms des crapules visees, qui assurera au moins un point positif aux libanais: leur faire peur ! PS. mais ces sanctions sont elles vraiment assurees de leur faire peur ?

    Gaby SIOUFI

    10 h 49, le 31 juillet 2021

  • Quand on veut frapper un grand coup on ne tergiverse pas ! On ne menace pas sans donner une suite ferme et dure à la fois. Pourquoi ne pas donner les noms des personnes ou entité concernées par les sanctions ? Les dirigeants Libanais si on peut les appeler ainsi, ne comprennent que s’ils sont contraints et forcés. Les calculs des uns et des autres pour s’octroyer tel ou tel maroquin, dans le but de pérenniser les portefeuilles, à telle ou telle communauté religieuse, ne doivent en aucun cas devenir une condition sine qua non pour l’installation d’un gouvernement. Chacun se veut le défendeur de droit d’une communauté, qui est en fait juste un calcul politico-financier, qu’ils veulent s’adjuger ad vitam aeternam. Nous avons une constitution qui est claire, pourquoi chercher midi à quatorze-heure ? A ce rythme-là nous aurons un gouvernement à la Saint Glin-Glin … Et le peuple encore lui ! qui reste stoïque attendant une fin à son calvaire ! Allez Messieurs les décideurs-négociateurs Européens ! un peu de courage et foncez dans le tas pour obtenir un résultat probant. Que Dieu aide le Liban pour son peuple et sa survie.

    Le Point du Jour.

    09 h 55, le 31 juillet 2021

  • L UE. Et la France Se tappent notre tete; Des petites injections de morphine pour notre cancer , alors qu on a grand besoin d une ablation totale de ce cancer Pas de revolution sans sang.?!

    Robert Moumdjian

    09 h 14, le 31 juillet 2021

  • Mon rêve le plus cher que je demande à Saint Charbel, Sainte Rita et même au Père Noël est de voir tous les dirigeants politiques actuels et passés depuis 1988 comparaître devant une cour de justice digne de ce nom, être contraints de rembourser toutes les sommes d’argent public dilapidé et détourné en leur faveur et finalement finir leurs jours derrière les barreaux. Car en tous cas leurs âmes vont brûler en enfer pour toutes les souffrances et humiliations qu’ils ont fait subir à la population libanaise.

    Liberté de Penser

    08 h 57, le 31 juillet 2021

  • DE QUELLES PRESSIONS ON PARLE POUR EMPLOYER LE MOT "ACCROITRE" DIRE ACCROITRE COMME S'IL Y A UN PAQUET DES SANCTIONS EN ACTIVATION. MAIS HÉLAS IL N'Y A RIEN DE TOUT ÇA. C'EST DU PIPO........QUE DU BAVARDAGE. ON CONTINUE À VISAGE DÉCOUVERT DE TRAVAILLER AVEC LES MAFIEUX AU LIBAN. PAUVRE LIBANAIS TU CRÈVES.

    Gebran Eid

    05 h 48, le 31 juillet 2021

  • Bravo! Serrez l'etau! Nos polichinelles de politiciens sans ame ni consciense ont sept vies! Allez minables, continuez vos petits calculs.......Le peuple attend et espere que votre fin est douloureuse (si il y a justice) et proche.....

    Sabri

    05 h 00, le 31 juillet 2021

  • L’Iran ne veut pas que le Liban ait un gouvernement, il fait le jeu d ´ Israël

    Eleni Caridopoulou

    01 h 38, le 31 juillet 2021

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